L'écologie : quand elle arrive en ville
Lancé depuis plus de deux ans sur Rennes et ses environs, le programme d'écologie urbaine Écorurb livre aujourd'hui ses premiers résultats de terrain. Visite d'un des points névralgiques : le parc du Thabor...
En flânant dans les allées du parc du Thabor, à Rennes, vous tomberez sûrement sur un parterre en friche et, dans un coin de mur, sur une station météo. En levant les yeux, vous débusquerez peut-être des nichoirs à étourneaux... Qu'elle est donc la raison d'être de ces éléments de paysage insolites - mais discrets - disséminés entre pataugeoire à cygnes, aire de jeux et roseraie ?
L'une des 16 stations météo automatiques
d'Écorurb se trouve dans le parc du Thabor.
Cette raison s'appelle Écorurb, un des premiers programmes de recherche en Écologie rurale et urbaine, dont le but est d'étudier la place de la nature face à une urbanisation grandissante, comment elle s'y adapte, quel rôle jouent les reliquats de nature en ville et quelles conséquences cela a sur la biodiversité. "Cette question de la place de la faune et de la flore en zones urbaines et périurbaines est très peu traitée en Europe, commence Philippe Clergeau, chercheur à l'Inra et coordinateur du programme. La démarche elle-même est donc déjà assez originale. Autre particularité : elle part d'une demande sociale qui est la gestion des espèces invasives en ville. Et puis, elle est devenue une véritable problématique scientifique, qui regroupe une vingtaine de chercheurs et ingénieurs issus de disciplines différentes". Ces chercheurs sont écologues animal ou végétal, biologistes, géographes, climatologues ou sociologues et travaillent à l'Inra, au CNRS, dans les Universités de Rennes 1 ou Rennes 2. Depuis un an, ils se rendent régulièrement sur 12 sites boisés, choisis le long d'un gradient ville - campagne, du centre ville de Rennes (Parc du Thabor) à la campagne périurbaine (Betton, Saint-Grégoire, Le Rheu), pour réaliser leurs observations et expérimentations. Ces travaux, soutenus par la Ville de Rennes et Rennes Métropole, sont menés en collaboration avec la ville d'Angers et vont s'étaler sur une période de 10 ans.
Des sites boisés ont été choisis sur tout le gradient.
Ici en centre urbain, dans le parc de Thabor.
Météo locale
10 années de relevés météo pour les 16 stations automatiques réparties sur les différents sites. Au bout d'un an de mise en route, des différences de température entre ville et campagne sont déjà établies (2 °C de différence en moyenne la nuit ; 7 °C atteints la nuit du 28 février !), et Hervé Quénol, du laboratoire Costel s'attaque maintenant à une échelle plus fine qui est celle du quartier et de la rue. Le réseau de capteurs est densifié par endroit (notamment au Thabor) et des mesures itinérantes sont entreprises grâce à des capteurs fixés sur des voitures. Le but : voir comment l'Homme modifie le climat à l'échelle locale.
Nichoir à étourneaux.
Rat des villes, rat des champs
Côté animaux, trois groupes très différents par leur type de déplacements sont suivis par Solène Croci en thèse à l'Inra : les insectes, les petits mammifères et les oiseaux. Les premières observations montrent que l'on rencontre les mêmes espèces de coléoptères et de mammifères dans les centres urbains et périurbains, mais que leur variété et le nombre d'individus sont moins importants en ville qu'en périphérie. Ceci est particulièrement criant pour les mammifères. Insectes et mammifères sont en fait totalement isolés de l'environnement périurbain (ils peuvent difficilement sortir du parc). Dans ce contexte, une petite taille semble être un critère d'adaptation au milieu urbain. Des travaux ont d'ailleurs déjà montré que les espèces de carabes de petite taille sont plus abondantes que les espèces de grande taille. Pour les oiseaux, le schéma est différent : si leur nombre est comparable sur les différents secteurs, 32 % des espèces sont absentes du centre urbain. Les espèces qui s'y établissent y trouvent donc les conditions dont elles ont besoin.
C'est tout l'enjeu de la suite des travaux de Solène Croci : "Maintenant que le recensement des animaux est terminé, je vais me pencher sur l'analyse fine des caractéristiques biologiques des animaux vivant en ville, afin de comprendre et de mesurer la pression de sélection exercée par le milieu urbain".
300 m2 de friches au cœur du Thabor
300 m2 de friches au Thabor
Au début de l'expérimentation, la terre a été stérilisée :
les graines ont été détruites sur 5 à 10 cm de profondeur
sur 3 parcelles et sur 15 à 20 cm de profondeur sur 3 autres.
Enfin, en ce qui concerne l'écologie végétale, une zone 300 m2, située au cœur même du parc le plus prestigieux de Rennes, va être laissée à l'abandon... pour mettre en valeur les qualités de recolonisation naturelle des plantes ! Au bout d'une année, on y voit encore clair et Vincent Pélissier en thèse à l'UMR Écobio et responsable de cette expérimentation donne ses premières impressions : "Pour l'instant, la dynamique de recolonisation est la même, que l'on se trouve en ville ou en zone périurbaine, et on retrouve les mêmes espèces dans les deux cas. Il s'agit majoritairement d'espèces communes à fort pouvoir colonisateur". Les végétaux n'y verraient-ils que du feu ? Rendez-vous dans 10 ans.
NB
Contact : Philippe Clergeau, coordinateur du programme Écorurb, philippe.clergeau@rennes.inra.fr
Article publié en Mai 2005
dans Sciences Ouest n°221
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