L'éconavigation en vogue
Des projets tentent de réduire l'impact de la conception d'un bateau et de la navigation sur l'environnement.
90% des marchandises transitent par la mer
Sur un bateau comme ailleurs, les rejets peuvent apparaître sous trois formes. Liquides, ce sont les eaux noires (rejets organiques, urine, selles...), les eaux grises ou eaux de lavage et les eaux de cales, souillées par des traces d'hydrocarbures. Les solides sont les mêmes qu'à terre, des emballages principalement. Quant aux rejets gazeux provenant des moteurs, ils sont, a priori, la plus grande source de pollution. « Dans un bateau de commerce, les cuves sont remplies avec du fioul lourd, de mauvaise qualité. Il rejette beaucoup de particules dans l'air. Or 90% des marchandises mondiales transitent par la mer. S'il était possible de diminuer ne serait-ce qu'un peu les rejets des porte-conteneurs, toujours plus grands, l'impact serait déjà énorme. » Même s'il ne représente que 5% de la pollution du secteur - en troisième position derrière le routier, loin devant, et l'aérien -, le transport maritime garde une lourde part de responsabilité.
De la terre à la mer
Réaliste, Marc Bœuf poursuit « on ne pourra pas résoudre tous les problèmes en même temps. Notre objectif est de repérer une source importante de pollution, dont on pressent qu'elle peut trouver une solution concrète rapidement. » Les solutions vont s'appuyer sur l'expérience des partenaires. L'engagement de Veolia, par exemple, société de gestion de l'environnement, permet d'envisager d'adapter à l'espace restreint d'un bateau des solutions maîtrisées à terre. « Nous travaillons avec RWO, une filiale allemande de Veolia, précise Marie-Marguerite Bourbigot, détachée de Veolia au pôle Mer Bretagne. Elle a déjà conçu une station embarquée de traitement des eaux, nous allons tenter de l'améliorer en fonction des besoins. Les exigences sont nombreuses : elle doit être ultracompacte, autonome pour ne pas empiéter sur le temps de travail des marins, résister au tangage, au milieu corrosif... » L'entreprise pourra également mettre à profit son expérience dans le traitement des rejets atmosphériques, la conception de filtres catalyseurs utilisés dans les usines pour retenir les SOx (oxydes de souffre) et NOx (oxyde d'azote). « Il s'agit d'un transfert de technologie de la terre vers la mer », ajoute Marie-Marguerite Bourbigot.
Étudier toutes les possibilités
La même démarche va animer les ingénieurs de l'École des métiers de l'environnement (EME). « C'est un environnement très contraint, confirme Laurence Legal, responsable des relations industrielles à l'EME. Nous avons des compétences techniques en matière de prévention de pollutions et de dépollution, même si nous avons peu d'expérience dans le domaine de la mer. Peut-on envisager de faire du lombricompostage à bord, par exemple ? Le défi technique est intéressant et va profiter à nos étudiants. »Les initiatives du pôle Mer Bretagne concernant l'écoconception se croisent. Le projet d'un logiciel capable de calculer rapidement l'empreinte écologique d'un navire, baptisé Convenav, pourrait faciliter la première phase du projet Nacre. D'autres concernent plus directement la construction du bateau : l'éconavigation touche tous les domaines. De la peinture antisalissure au comportement des usagers en mer, en passant par les matériaux qui composent les diverses parties du bateau. Un océan de possibilités s'ouvre aux chercheurs qui souhaitent participer à la naissance du bateau propre de demain.
CÉLINE DUGUEY
(1)Anciennement Direction des constructions navales (DCN).
(2)Le projet Nacre réunit DCNS, Veolia, la Marine nationale, Louis Dreyfus Armateur, IPL santé environnement, Bertin technologies, l'Ensieta, Genavire, Ifremer, l'École des métiers de l'environnement, l'École nationale de la marine marchande de Nantes.
CONTACTS
Marc Bœuf Tél. 02 98 05 63 17
marc.boeuf@pole-mer-bretagne.com
Marie-Marguerite Bourbigot Tél. 06 18 68 67 89
marie-marguerite.bourbigot@pole-mer-bretagne.com
laurencelegal@ecole-eme.com
Article publié en juillet-août 2008
dans Sciences Ouest n°256
MAGAZINE
Le mensuel
La lettre d'information
La boutique électronique
Le dernier numéro
Précédents numéros
Médecine : des avancées spectaculaires
Hissez les voiles
Bioéthique : l'heure des choix
Espèces de Bretagne
Partout des observateurs
L'innovation est là
Le laser fuse
Vieillir, c'est branché
Prix Bretagne jeune chercheur
2010, l'odysée de la biodiversité
Premiers armoricains
La ville grossit
Les ondes
Biotechnologies
Evolution changez de regard
L'innovation passe au vert
Rennes, la scientifique
Le numérique
Mer et climat
Une année cosmique
L'ADN
L'année de la Terre
L'écohabitat
Les capteurs
L'araignée
L'éconavigation
Archives 1985 - 2008



