L'éthique en pratique à Brest

À Brest, l'Université et l'hôpital ont créé un espace de réflexion éthique. Pour informer et amener du concret à la loi.

«Il y a un véritable besoin des professionnels de santé d'être informés, de comprendre les lois de bioéthique et de réfléchir sur leurs enjeux. » Alors, depuis mai 2005, l'Espace éthique de Bretagne occidentale (EEBO) organise des colloques, des conférences, met en place des groupes de réflexion, publie des brochures. « Cela représente une dizaine de manifestations par an, explique Jean-Michel Boles, médecin réanimateur au CHU et directeur de l'EEBO, convaincu que, pour diffuser une culture éthique, il faut une politique de proximité. » Étudier des cas concrets, pour ne pas rester dans le flou des lois.

Dire ce que l'on pense

À cheval entre l'Université et le CHU de Brest, l'espace éthique n'a pas de label officiel. Mais n'est pas non plus officieux : la loi de bioéthique de 2004 prévoit la mise en place de tels espaces de réflexion en région. L'arrêté d'application, lui, n'a jamais vu le jour ! Peu importe, ils sont déjà une vingtaine à ne pas avoir attendu, à Paris, Caen, Angers... Mais pas encore à Rennes. « À Brest, nous sommes une fédération sans personnalité morale, née dans le cadre d'une convention entre le CHU et la faculté de médecine », précise Jean-Michel Boles. Pilier de la structure, le comité scientifique reflète la volonté de mélanger les genres : médecins, cadres infirmiers, psychologue, sociologue, sage-femme, philosophe, spécialiste de droit privé, directeur d'hôpital ou simples citoyens, tous se retrouvent régulièrement pour animer des ateliers de réflexion thématiques. « Le dernier créé porte sur l'enjeu éthique des contraintes budgétaires sur les dépenses de santé hospitalière. Il est indispensable que les professionnels réfléchissent et fassent des propositions sur ce qu'ils sont prêts à accepter ou pas. »

La loi méconnue

« Nous avons aussi travaillé sur le droit des patients, pour traduire les dispositions législatives en procédure institutionnelle. 80% des professionnels connaissent mal les lois. Par exemple, le droit du patient à désigner une personne de confiance, qui pourra l'accompagner lors de rendez-vous s'il le souhaite, et prendre la parole pour exprimer ses volontés s'il ne peut plus le faire lui-même. » Affiches, brochures à destination des patients, formation de 400 personnes en interne. Du concret, toujours ! Et la recette est efficace : le 9 avril dernier, le CHU, et à travers lui son comité d'éthique et l'EEBO, a reçu le prix du jury 2010 des droits des usagers du système de santé(1), mis en place cette année par le ministère de la Santé et des Sports.

Faire changer les mentalités

Pour prendre le manque d'information à la racine, l'EEBO propose des formations - volontaires - aux étudiants en médecine mais aussi des manifestations auprès du grand public. « Il faut faire changer les mentalités, pour faire évoluer certaines pratiques. » La tâche est difficile, surtout auprès de praticiens déjà débordés. « Nous allons inaugurer d'ici fin 2010 un réseau de réflexion éthique en santé en Bretagne occidentale, premier du genre en France, qui réunira des comités d'éthique locaux et mobilisera tous les acteurs : privé, public, médico-social... pour avoir plus d'impact, et toucher d'autres publics : les infirmiers, les libéraux, les paramédicaux, qui se sentent souvent isolés quand ils ne sont pas intégrés à des établissements de santé. »

 

CELINE DUGUEY

 

(1)Dans la catégorie établissement de santé.

 

Contact

Jean-Michel Boles - Tél. 02 98 34 71 81

jean-michel.boles@chu-brest.fr

 

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Article publié en septembre 2010

dans Sciences Ouest n° 279