Matière noire et... matière grise

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Matière noire et... matière grise
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Matière noire et... matière grise



 
 
L’astrophysicien Michel Crézé a choisi de s’installer à Vannes, au sein de l’université Bretagne sud (UBS). Il y poursuit ses recherches sur la matière noire stellaire et tente de développer un projet de laboratoire interdisciplinaire. Portrait.

  U ne porte sobrement marquée 'Astrophysique'
décorée d’une petite photo du célèbre 'deep field' (ciel profond) saisi par l’œil d’Hubble. Une porte au fond d’un long couloir au cœur de l’université de Vannes. 'Entrez… Entrez… Asseyez-vous, mais excusez-moi… J’en ai pour cinq minutes à peine. Mais j’ai là des données… Et j’ai vraiment hâte de savoir…' Les doigts courent sur le clavier de l’ordinateur, avec fébrilité. Avec impatience, les yeux de Michel Crézé avalent les lignes d’un programme informatique, à la recherche d’un possible 'bogue'. Une dernière touche enfoncée et un diagramme fait de points apparaît. 'Non… Non… Il n’y a sans doute rien dans cette série...' La déception est visible.C’est qu’à 54 ans, ce brillant astrophysicien d’origine Angevine, qui travailla à l’observatoire de Paris, exerça de hautes responsabilités au CNRS, dirigea l’observatoire de Besançon puis celui de Strasbourg, fut l’un des concepteur du satellite Hipparcos (cf. encadré), reste un chercheur passionné et plein de projets. 'Je ne comprends pas la concentration de matière grise, dit-il avec conviction. Elle doit être répartie dans tout le pays, afin de permettre au maximum d’étudiants d’acquérir une qualité fondamentale en science : l’aptitude à chercher dans des domaines non balisés ! Et ça, c’est l’essentiel de ce que nous devons offrir en matière d’enseignement scientifique '. Michel Crézé en a convaincu le Conseil scientifique de l’UBS et plusieurs autres professeurs (biologie, écologie, optique, physique, géologie), qui ont décidé de s’unir au cœur d’un laboratoire actuellement baptisé 'Laboratoire d’accueil'. Toutes ces disciplines faisant appel à la modélisation et à la topologie, Michel Crézé ne désespère pas de convaincre le Laboratoire de mathématiques (cf. notre article) de se joindre à cette équipe.

Côté recherches, Michel Crézé les poursuit sur l’évolution des galaxies et, en particulier, de la nôtre (cf. encadré)… Il mène également depuis quatre ans une recherche avec l’observatoire d’Hawaï : reconnaissance de très 'petites' étoiles (magnitude 25 ou 26 !) possédant un mouvement propre.

JFC




 
 C'est à Vannes que l'astrophysicien Michel Crézé a choisi de s'installer pour poursuivre ses recherches sur l'évolution des galaxies.
  P eu de matière noire dans notre galaxie

Qu’est-ce que cette 'matière noire' ? Si les modèles théoriques sont justes, le Big-Bang aurait produit 80 à 90 % de matière de plus, que celle que nous pouvons observer. C’est cette matière manquante, cachée, et dont on ignore la composition, que traquent avec ardeur les astronomes du monde entier. Michel Crézé vient de publier de passionnants résultats, issus de l’analyse des données d’Hipparcos : il y a beaucoup moins de matière noire au centre de notre galaxie, que supposé. Pour parvenir à ce résultat, il a pris un ensemble d’environ 2 500 étoiles, légèrement plus massives que notre Soleil, réparties dans une sphère de 300 Années lumières (125 parsecs) autour de ce dernier. Il a ensuite calculé le mouvement de ces étoiles, ce qui lui a permis de connaître avec une grande précision les forces de rappel (gravitation) qui s’exercent sur elles. Et donc de déduire, pour chacune, dans quelle sphère elle évolue seule.


  H ipparcos, un grand succès européen



 

 
Lancé lors du vol V33 d’Ariane, le 8 août 1989, Hipparcos avait pour mission de réaliser une cartographie stellaire, environ 50 fois plus précise que tout ce que l’on peut faire depuis le sol. Malgré une défaillance de moteur, qui empêcha de placer le satellite sur l’orbite géostationnaire prévue, la mission qui s’est achevée le 15 août 1993 est un véritable succès. Hipparcos a réalisé un catalogue (17 volumes) de 118 000 étoiles, en calculant avec une précision supérieure à 10 % la distance de chacune : moins de 5 000 distances stellaires étaient connues avant Hipparcos ! À la fin de la mission, chaque étoile a été mesurée 110 fois à environ 30 époques différentes. Soit 120 millions d’observations, 4 millions d’équations et 600 000 inconnues qui permettent d’exprimer chaque étoile, selon cinq paramètres : coordonnées (longitude et latitude), déplacement annuel, ce qui donne la vitesse de déplacement et la distance à laquelle elle se trouve. Michel Crézé travaille à la mise au point de toutes les simulations du catalogue d’entrée.