Mystérieuses méduses

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Mystérieuses méduses
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Mystérieuses méduses

© Claude Carré
Hydroméduse Lizzia blondina
 (© Claude Carré)

 

 

La méduse, un animal peu évolué ?

 

Sans squelette, ni cerveau, dépourvue de poumons et de sang, la méduse est un être mou sans queue ni tête, sans droite ni gauche, rangé au début de la classification zoologique, juste après les éponges. Réaction anthropomorphique oblige, la description va être rapide, pensez-vous, si on ajoute à tout cela qu’elle est composée à plus de 98 % d’eau, et bien détrompez-vous ! Ces éléments, ou plutôt ces absences d’éléments, confèrent à la méduse bien des particularités…

Ni vertébré à squelette, ni crustacé à carapace, ni mollusque à coquille, la méduse est simplement formée d’un derme tapissé de muscles circulaires striés au niveau de l’ombrelle* et de muscles radiaux au niveau des tentacules*. Les muscles circulaires sont très puissants et lui permettent de se propulser. En ce qui concerne les tentacules, souvent en multiple de quatre, ils sont extrêmement contractiles et peuvent s’étirer jusqu’à dix fois le diamètre de l’ombrelle.

Pas de cerveau, mais un formidable réseau de cellules nerveuses et de fibres, qui ont même servi de modèle aux scientifiques pour l’étude et la compréhension du passage de l’influx nerveux.

Pas de poumons ni de sang, mais un système de respiration basé sur les échanges gazeux à travers la peau.

Ni droite ni gauche ? Sa symétrie radiaire par rapport à l’axe central qu’est le manubrium*, la distingue des autres animaux à symétrie bilatérale. Mais, si elle n’a pas d’orientation, la méduse possède en revanche des organes de sens : des yeux ou ocelles*, plus ou moins complexes selon l’espèce et des organes d’équilibration, les statocystes, qui captent les changements d’orientation grâce à un système de cellules ciliées. Chez les méduses les plus évoluées, ces deux types d’organes sont regroupés en un organe unique, la rhopalie, qui est même dotée d’une fossette olfactive.

Rangée en début de classification, la méduse a un pouvoir urticant qui lui vaut sa place dans l’embranchement des Cnidaires, du grec « knidé » qui veut dire ortie. Les cellules urticantes sont régulièrement réparties sur l’ectoderme des tentacules ou groupées en bouton, en anneau ou en ligne. Elles sont vitales pour la méduse puisqu’elles constituent son arme de pêche… à la traîne ! mais aussi un moyen de défense efficace pour contrer l’absence de carapace.

Une bouche et un estomac !

La méduse est un animal carnivore. Sa bouche* s’ouvre à l’extrémité libre du manubrium et donne directement accès à la partie centrale de l’estomac*, celui-ci se prolongeant par rayonnement dans l’ombrelle, à l’image des baleines d’un parapluie. Ces prolongements, ou canaux radiaires*, se déversent dans un canal circulaire marginal, faisant le tour de l’ombrelle. Les produits de la digestion circulent des canaux radiaires jusqu’au canal marginal*, puis, le courant s’inverse et les produits d’excrétion sont ramenés vers la bouche par où ils sont expulsés, sous forme de pelotes de muc© Claude Carréus. L’estomac de la méduse est aussi lié à la fonction de reproduction, ce qui est caractéristique des organismes primitifs.

* Voir la photo descriptive.


 

Hydroméduses communes en Méditerranée dont la taille ne dépasse pas quelques millimètres. (© Claude Carré)

 

 

 


 

 

Cycle de vie et reproduction : tout est possible !


© Toba aquarium Japon

Cassiopea est une méduse qui vit fixée et retournée. (© Toba Aquarium Japon)


Cycle de vie comportant deux stades, reproduction sexuée et asexuée, toutes les possibilités sont dans la nature des Cnidaires ! Revue de détails.

 

© Claude Carré

 

 

Pelagia noctiluca libérant ses oeufs
© Claude Carré

 


 

Les méduses sont des animaux sexués. Pour des genres comme Clytia, mâles et femelles libèrent spermatozoïdes et ovules dans l’eau qui vont alors fusionner pour former un œuf. Celui-ci va ensuite libérer une larve appelée planula, qui va tomber au fond de l’eau, se fixer sur des rochers ou tout autre support et se transformer en une tige : le polype ou hydraire. Les polypes sont sexués, il existe des colonies de mâles et de femelles, mais chaque colonie se reproduit par multiplication asexuée et finit par donner, toujours par bourgeonnement, une hydroméduse qui va se détacher. Le cycle est bouclé ! Pour des méduses comme Pelagia, seuls les spermatozoïdes sont libérés dans l’eau. Les femelles les récupèrent et pondent alors des œufs fécondés. Aurelia a encore développé un système différent : les œufs fécondés migrent dans des poches incubatrices situées au niveau des bras oraux, et c’est alors des larves qui sont pondues. Et les exubérances des méduse© Enoshima Aquarium Japons ne s’arrêtent pas là : un cas d’hermaphrodisme a été décrit chez Chrysaora, tandis que le cycle de vie de certains hydraires ne passe jamais par le stade de méduse. On parle alors de phase de régression de la méduse.

 

Stade polypes de Corymorpha. © Enoshima Aquarium – Japon

 


 

Une classification qui fait référence à la mythologie

 

 

© Enoshima Aquarium JaponC’est carl von Linné, le célèbre botaniste suédois, qui, au milieu du XVIIe siècle, regarde et décrit ces animaux en forme de cloche autour de laquelle s’agitent plusieurs tentacules serpentiformes et fait le rapprochement avec Méduse, l’une des trois sœurs Gorgones, filles du montre marin Cétos, souvent représentée avec un visage très rond, entouré de cheveux hérissés de serpents. Le nom de l’animal méduse était né.

 

En 1800, le zoologiste français Georges Cuvier donne le nom Rhizostoma à une méduse « qui a la bouche en forme de racines » et François Péron publie en 1810 une classification complète (il récolte lui-même près de 70 spécimens), qui ne sera pas exploitée avant un siècle. Ce n’est en effet qu’en 1889 que sa nomenclature, faisant référe

© Jacqueline Goy / MNHN

nc© DRe à tous les personnages ayant participé au mythe de la méduse, est finalement comprise et adoptée définitivement. On lui doit ainsi des noms comme Chrysaora, Geryonia, Cassiopea… dédiés à Chryasor, Géryon, Cassiopée…

 

 

 

 


Statue commémorative
de François Péron à l’effigie
de la méduse à la chevelure aux serpents.
© Jacqueline Goy – MNHN

 

 

 


Les méduses en chiffres

 

1 000 espèces.

300 genres.

Taille : de 0,1 mm à 2, 5 m de diamètre et 6 m de haut.

Tentacules : de 1 à 800 (en multiple de 4).

Rencontrées jusqu’à 3 000 m de profondeur, voire plus.

 


 




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