Le premier ordinateur

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Le premier ordinateur

 


Le premier ordinateur



Le 25 octobre dernier, le professeur Brian Randell était présent à l'Université de Rennes 1, pour y recevoir les insignes de Docteur Honoris Causa. Jean-Pierre Banâtre, Directeur de l'IRISA(1) a profité de cette occasion pour lui demander de présenter les résultats de son enquête sur l'histoire de Colossus, le premier ordinateur, réalisé en 1943.


("Public Record Office Number Fo854 / 234.
Crown Copyright Reserved.")

Le 20 octobre 1975, après un silence de 32 ans, le Gouvernement britannique publie quelques photos de Colossus. Ces documents prouvent que des ordinateurs électroniques, analogiques et programmables ont été construits en Grande-Bretagne pendant la 2ème guerre mondiale, le premier ayant été opérationnel en 1943. Le professeur Max Newmann a formulé les exigences de "Colossus", T.H. Flowers a dirigé l'équipe de développement et la configuration serait inspirée des travaux avant-guerre d'Alan Turing.


Dans le "Dictionnaire des Sciences(2), ouvrage de référence, on peut lire que l'ENIAC, construit en 1946 à l'Université de Pennsylvanie aux Etats-Unis, est le premier ordinateur électronique. Pourtant, 3 ans plus tôt, les Britanniques avaient fabriqué Colossus, un ordinateur électronique de 1 500 lampes, capable d'emmagasiner 5 000 caractères par seconde. Pourquoi Colossus n'a-t-il pas été reconnu comme le premier ordinateur ? Parce que, encore maintenant, les caractéristiques techniques de cette "machine" sont classées "Top Secret".


Bletchley Park

La levée partielle, en octobre 1975, du secret militaire entourant Colossus, a rendu possible l'interview de quelques membres du projet. Le professeur Brian Randell, de l'Université de Newcastle upon Tyne, rassemble les éléments qui lui permettront d'écrire une "Histoire de l'informatique", à partir de ces interviews et des quelques documents officiels publiés en 1975. Il mène une véritable enquête, dont le point de départ s'appelle Alan Turing. Génial mathématicien, Alan Turing travaille aux Etats-Unis en 1939, lorsqu'il est brusquement rappelé à Londres par le Ministère des Communications britannique. Là commence l'énigme : Alan Turing disparaît pour tout le monde, même pour sa famille. Lui et d'autres chercheurs sont confinés dans une propriété à la campagne, à Bletchley Park, pour se consacrer entièrement au décodage des messages de l'armée allemande. Pendant 4 ans, les alliés améliorent leur capacité à déchiffrer les codes, que l'ennemi s'acharne à compliquer grâce à d'ingénieuses machines : les "Enigma".


Le cylindre "brouilleur"

Ces machines de codage sont généralement conçues selon le même principe : deux alphabets s'inscrivent sur les deux faces d'un cylindre, tournant autour d'un axe. A l'intérieur du cylindre en rotation, les connexions se croisent de manière aléatoire, remplaçant chaque lettre du message par une autre. Pour décoder le message final, il faut avoir une copie du cylindre et la faire tourner dans l'autre sens. Le système se complique rapidement, avec la mise en œuvre de machines comportant plusieurs cylindres, tournant indépendamment les uns des autres. La seule solution est finalement d'essayer toutes les combinaisons, jusqu'à obtenir un message cohérent. Pour les services d'espionnage pendant la seconde guerre mondiale, l'idéal serait de disposer d'une machine capable, en 100 fois moins de temps qu'un homme, de tester toutes les combinaisons, en faisant tourner les cylindres dans toutes les positions.
Si le principe de la machine a été pensé par Alan Turing et Max Newmann, l'idée d'utiliser un système de codage binaire revient à une équipe d'ingénieurs dirigée par T.H. Flowers. Ainsi est née la machine de décryptage électronique, opérationnelle en décembre 1943. Les Britanniques ont été les premiers à fabriquer cette machine, Colossus, un monstre à l'époque. Aujourd'hui, sa puissance de calcul n'occuperait qu'un boîtier de la taille d'une montre bracelet.




Notes :

(1) IRISA : Institut de recherche en informatique et systèmes aléatoires.

(2) Dictionnaire des Sciences, éditions Hachette.