Le simulateur de conduite

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Le simulateur de conduite

 


Le simulateur de conduite




Pour le réalisme de la simulation, l'ambiance du poste de conduite est restituée le plus fidèlement possible. Bientôt, les simulateurs seront aussi bruyants et vibrants qu'une locomotive !



Soudain, à la sortie de la courbe, une vache apparaît sur la voie ferrée. Le conducteur de la locomotive sursaute, freine, klaxonne et déclenche l'alarme radio. Une fois le train stoppé, le conducteur descend et allume des fusées pour prévenir un tram arrivant en sens inverse. Ces péripéties se produisent tous les jours à Rennes... sur le simulateur de conduite.

Un agent de conduite possède une somme de connaissances ; la qualité de son travail est avant tout tributaire de son aptitude à transformer ce "savoir" en "savoir-faire". En effet, l'expérience prouve qu'entre les connaissances théoriques et la mise en pratique, il y a souvent un fossé ; la réalisation d'exercices sur le terrain contribue à l'atténuer. Néanmoins, que ce soit en service commercial, ou sur des trains "école", il est quasiment impossible, pour des raisons techniques, réglementaires, de régularité et de sécurité, de recréer en ligne toutes les situations qu'un agent de conduite est susceptible de rencontrer. De plus, le coût de plus en plus élevé du matériel, rend son immobilisation pour des besoins de formation très onéreuse (exemple : rame TGV :
35 000 F/jour, rame Trans-Manche, évaluation 90 : 70 000 F/jour). Le simulateur est donc le seul outil qui permette d'effacer ce genre de difficultés. Il place les agents de conduite dans des conditions proches de la réalité face à des situations délicates, les aide à s'y préparer et à s'y entraîner.
Certaines entreprises (Air-France, EDF...) disposent de simulateurs permettant à leurs pilotes et opérateurs d'apprendre leur métier, ou d'apprendre le pilotage d'un matériel précis. Par exemple, l'utilisation d'un Airbus pour la formation étant prohibitive, les pilotes sont formés et certifiés exclusivement sur simulateur. Il s'agit, il est vrai, de matériel extrêmement sophistiqué et dénommé "Simulateur de mission". La SNCF a opté dans l'immédiat, pour un matériel plus simple, mais bien adapté à ses besoins. Il s'agit d'un "Simulateur de procédures" dont la raison d'être n'est pas l'apprentissage du métier, ou la conduite d'un type particulier de locomotives, mais la mise en pratique de connaissances théoriques, par la simulation de situations inhabituellement rencontrées, et évidemment les plus réalistes possibles.



Déroulement d'une séance

A la circonscription régionale de Rennes, un poste de conduite a été entièrement reconstitué dans une pièce voisine de la salle de cours. Le tableau de bord est équipé de toutes les commandes. Sur le côté du poste, des signaux lumineux, actionnés à distance par l'instructeur, placent l'agent de conduite dans diverses situations. Si les feux sont rouges, il arrête le train, descend sur la voie et téléphone à l'agent de contrôle pour demander des instructions. Le pare-brise est remplacé par un écran, sur lequel défile un vrai paysage, enregistré sur des vidéodisques. A ce film, est superposé un film d'images informatiques, qui modifient la signalisation ou simulent des incidents réels. Chaque séance de formation fait intervenir 4 ou 5 élèves. A tour de rôle, ils vont prendre place aux commandes de la locomotive. Une caméra vidéo retransmet leurs gestes sur un écran placé dans la salle de cours, où l'instructeur et les autres élèves suivent et analysent le trajet réalisé. L'instructeur programme les caractéristiques du train et du trajet et fournit ces données à l'élève : c'est son ordre de mission. Après l'autorisation de départ, l'élève desserre les freins et quitte la gare. Sa vitesse est transmise au lecteur du vidéodisque, qui adapte la vitesse de lecture des images. Le film ayant été enregistré dans une locomotive roulant à 45 km/h, cela donne des images assez impressionnantes lorsque le train roule à 140 km/h. Tous les mouvements des piétons et des voitures sont accélérés en conséquence. Depuis la salle de cours, l'instructeur crée des circonstances, allume des signaux d'avertissement, simule une nappe de brouillard ou ordonne l'arrêt dans une gare. Après l'exercice, l'élève réintègre le groupe et tous analysent alors les péripéties du trajet et les réflexes de l'agent de conduite



Un outil pour tous

Les jeunes en formation ne sont pas les seuls à utiliser le simulateur, tous les agents de conduite viennent chaque année suivre une session d'entraînement. Certains appréhendent ce qu'ils considèrent comme un test d'aptitude, mais Alain Chêné, l'instructeur, veille à ne pas stresser inutilement ces habitués de la voie ferrée. Les péripéties programmées restent réalistes ; il n'est pas question d'accumuler les catastrophes, simplement de recréer des situations accidentelles mais réelles. Il faut éviter d'altérer la confiance de l'agent : le but est de l'entraîner à faire face à des situations exceptionnelles. En visionnant le film de ses performances, l'agent apprécie lui-même son temps de réaction et son aptitude à appliquer les consignes de sécurité.