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Les "femmes de la pêche"
"Derrière chaque grand homme se cache une femme". Françoise-Edmonde Morin est engagée pour la cause féminine dans le milieu, très masculin, de la pêche. Elle-même femme de marin, mais aussi journaliste et présidente de l'association Femmes du littoral de Basse-Normandie, elle fait partie des rares femmes du milieu professionnel des marins pêcheurs nommées Chevalier du mérite maritime. État des lieux pour le moins amer.
"Les activités des femmes dans l'entreprise familiale et en tant que main-d'uvre d'appoint dans l'industrie ne sont généralement ni payées, ni reconnues... Or ces activités deviennent indispensables en périodes de crise, car les femmes constituent alors le ciment des communautés et des familles. C'est la raison pour laquelle nous devons prendre en considération leur rôle dans les études et les décisions relatives au secteur". Cette phrase est celle du commissaire européen Franz Fischler et reflète la situation. En janvier 2003, les femmes de la pêche sont reçues par la Direction générale de la pêche européenne. Elles prennent alors connaissance du rapport Mac Allister qui met des chiffres sur cette réalité.
Les femmes représentent 22% des emplois de la filière à terre (aquaculture, commercialisation ou transformation), soit 84 000 femmes dont la quasi-totalité est affectée à des postes subalternes. Elles constituent 60% de la main-d'uvre dans l'industrie de la transformation et environ 30% dans l'aquaculture. Dans le secteur de la capture, elles représentent 6% des emplois. Pour Françoise-Edmonde Morin, "une modernisation des rapports sociaux au sein de la filière pêche passe en premier lieu par une modernisation et des mesures concrètes. La directive européenne de 1986 demande par exemple aux États membres d'assurer une retraite et le remplacement en cas de maternité. C'est avec cette directive que la loi pêche de 1997 s'est mise en conformité. C'est une loi qui va dans le bon sens, mais qui permet surtout de souligner le retard pris par la filière sur certains points sociaux"... La création de mesures propres aux femmes pourra certainement faire évoluer les choses, mais le malaise est probablement ancré ailleurs.

Plus féminin qu'il n'y paraît
En effet, les femmes marins pêcheurs représentent 2% de la profession et il n'est pas difficile de constater que la filière est considérée comme a priori masculine. Cependant, l'activité serait-elle identique sans l'apport des femmes sur l'exploitation à terre des armements artisanaux ? On estime entre 50 et 60% le nombre d'exploitations soutenues par le travail des compagnes des marins. Ces dernières ne sont bien souvent pas reconnues, ni même incluses dans les statistiques car exerçant dans le cadre des relations conjugales, sans versement de salaire. Les femmes de marin ont été les dernières à obtenir un statut social dit "statut de conjoint collaborateur".
Mais pourquoi ces femmes, qui tiennent la gestion des entreprises de pêche de leur conjoint, acceptent de ne pas être déclarées ni même rémunérées ? Françoise-Edmonde Morin a sa petite idée à ce propos : "Elles acceptent ces conditions car elles mènent une stratégie qui vise avant tout à faire durer l'activité, elles distinguent également peu le couple de l'entreprise et considèrent leur budget de manière globale. Lorsqu'elles sont salariées, le salaire sert à alléger la trésorerie du bateau lors d'une mauvaise passe durant laquelle les revenus seraient insuffisants."
Les femmes pourraient montrer la voie pour pérenniser toute l'activité de pêche en difficulté chronique. En effet, en se posant la question de leur projet de vie, et de leur statut social, elles sont déjà nombreuses à avoir opté pour une diversification de leur activité à terre : petite transformation, commerce, restauration, gîtes... Il reste maintenant aux marins de s'inspirer de cette diversification en mer pour multiplier les sources de revenus de leur bateau. Françoise-Edmonde Morin propose quelques pistes : navette, outils d'investigation scientifique, veille environnementale...
La solution n'est probablement pas très loin... La diversification permettrait aux gens de mer, hommes ou femmes, de garder leur identité, de créer un avenir financier moins incertain, de s'exonérer d'une exploitation trop forte des stocks de poissons. La place et le statut des femmes n'en seraient que plus reconnus et valorisés.
VD
Contact :
Françoise-Edmonde Morin, association Femmes du Littoral basse Normandie,
tél. : 02 31 89 40 86,
edmonde.morin@free.fr
Le thème des femmes de marin ne date évidemment pas d'hier. Le CCSTI de Lorient avait travaillé sur le sujet en 1994, avec madame Geistdoerfer, directeur de recherche au CNRS - Cetam (Centre d'ethnotechnologie en milieux aquatiques), pour en faire une exposition itinérante de 39 panneaux : Femmes de pêcheurs, du mythe aux luttes sociales.
Cartes postales anciennes, photos, témoignages, décrivent ainsi les fonctions techniques, sociales et économiques des femmes dans le milieu marin. Et si le décor a changé, si la technologie a parfois modifié le travail des femmes, certaines revendications sont par contre toujours d'actualité.
Rens. et location :
CCSTI de Lorient, tél. : 02 97 84 87 37,
www.ccstilorient.org/
Un bulletin de 75 pages sur le même thème est également disponible, indépendamment de l'exposition. 7,50 .
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