Laboratoire : L'académie des sciences ouvre ses portes à Jacques Lucas

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Laboratoire : L'académie des sciences ouvre ses portes à Jacques Lucas
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La chimie bretonne à l'honneur
L'Académie des sciences ouvre ses portes à Jacques Lucas, père des verres exotiques

Copyright : Nathalie Blanc
Jacques Lucas au pied de la tour de fibrage servant à étirer les fibres optiques.

Pile 30 ans après la découverte des verres fluorés dans son laboratoire, Jacques Lucas entre à l'Académie des sciences. Portrait de ce professeur aujourd'hui émérite, qui bien qu'ayant beaucoup voyagé, n'a jamais vraiment quitté Rennes et son université.

Copyright : Nathalie BlancComme beaucoup de jeunes retraités, Jacques Lucas n'a pas pour autant cessé toute activité professionnelle. Mais aujourd'hui il la déguste et peut se payer le luxe de choisir ses occupations. Car de sollicitations il ne manque pas. Il me reçoit entre deux avions, avant de repartir pour les États-Unis où il est professeur consultant à l'université de Tucson (Arizona) et avant de rejoindre les Pays-Bas pour une réunion au sujet du projet européen Darwin, dirigé par l'Esa et dans lequel le laboratoire "Verres et céramiques" (dont il fut le créateur et le directeur jusqu'en 2002) est impliqué depuis un an et demi pour la conception d'une fibre optique. Jacques Lucas n'arrête pas, et pourtant, il n'y a pas plus rennais que lui.


Un académicien "pur beurre"

Après des études à Rennes et une thèse sur la chimie de l'uranium, il passe deux ans au CEA, à Saclay, dans le cadre de son service national, avant de décrocher, à 29 ans, un poste de professeur pour lequel il a le choix entre Nice, Brest et... Rennes ! De retour dans sa ville d'origine et guidé par l'initiateur de la chimie du solide en France en la personne de Paul Hagenmuller, Jacques Lucas s'intéresse à la chimie des fluorures et crée, au début des années 70, sur le campus de Beaulieu flambant neuf, le "laboratoire de chimie minérale" qui deviendra en 1980 l'actuel laboratoire "Verres et céramiques", aujourd'hui dirigé par Jean-Luc Adam. Sollicité par d'autres universités, Jacques Lucas ne quittera jamais la capitale bretonne où il dit avoir trouvé une qualité de vie et un équilibre ; "Rennes est un prototype idéal !"

Les 4 gros coups du chercheur rennais

Et d'évoquer sa carrière : " J'ai la chance de travailler sur un thème – la science des matériaux-, qui se situe à un carrefour avec plein d'autres disciplines, explique-t-il. Télécommunications, imagerie optique, médecine, environnement,... nous touchons à tout. Notre spécialité au laboratoire, c'est de créer de nouveaux matériaux ! Notre travail va de la conception à l'ingénierie, c'est-à-dire la mise en forme de ces matériaux (pressage, fibrage, ...) en vue de leur utilisation". Et question "nouveaux bébés", Jacques Lucas peut se vanter d'avoir été gâté, même si l'appétit de découverte du chercheur ne semble pas rassasié : "En chimie, le rythme des innovations n'est pas si extraordinaire que cela (NDLR comparé aux domaines des télécommunications et de l'informatique). En 45 années de recherche, le laboratoire a été à l'origine de 4 ou 5 "coups géniaux", ce qui fait une moyenne de 10 ans de maturation par projet". Le premier concerne évidemment la découverte des verres fluorés en collaboration avec Marcel et Michel Poulain, en 1975. "C'était le début des travaux sur les fluorures et cette découverte a vraiment eu lieu à un moment opportun, c'est-à-dire pendant que les théoriciens des télécoms commençaient à se rendre compte que la portée des fibres optiques serait peut-être meilleure avec des verres de fluorures qu'avec des verres de silice. Du coup, ce sont eux qui nous ont lancés !". Alors que le "deuxième coup" restera au stade de la recherche fondamentale (le remplacement de la silice par du bore donnant des verres très instables et pleins de bulles), le troisième conduira par contre à la création de la société Vertex, suite à l'arrivée d'un jeune Chinois, Xiang Hua Zhang, venu faire sa thèse à Rennes (voir encadré). Enfin, le dernier coup, du moins le dernier de Jacques Lucas en tant que directeur du laboratoire, date de 2002 avec la création de vitrocéramiques : des nouveaux matériaux toujours aussi performants au niveau optique, mais dont la particularité, le fait d'être composites, leur confère une résistance exceptionnelle.
Après toutes ces années, Jacques Lucas garde son enthousiasme des premiers jours. Parlant du projet Darwin : "J'espère que ce sera un petit morceau de verre rennais qui ira là-haut !". Quant à son entrée à l'Académie des sciences : "C'est évidemment une belle reconnaissance et cela va aussi permettre de mieux identifier la chimie rennaise. J'ai beaucoup de respect pour cette institution et j'espère qu'elle survivra : pour la science !"

NB

Contact :
Jacques Lucas, tél. : 02 23 23 62 60,
jacques.lucas@univ-rennes1.fr

Copyright : DR
Le laboratoire chimie minérale dans les années 70



 

Verres et céramiques, le parcours relaté

Réseau, puis Sciences Ouest a relaté régulièrement le parcours du laboratoire "Verres et céramiques". Retrouver les principaux articles