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Aqueduc de Rennes :
tronçon visible à Mézières-sur-Couesnon.
Le transport de l'eau est une vieille histoire
Rennes et Carhaix, cités d'aqueducs
Quel est le point commun entre Carhaix au IIe siècle et Rennes au milieu du XIXe ? Chacune de ces villes, à son époque, fait un choix technique audacieux : celui de construire un aqueduc pour répondre à ses besoins d'alimentation en eau.
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Aqueduc de Rennes
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Aqueduc de Carhaix
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Deux époques, deux tunnels à parois brutes.
A droite, les bandes ocres représentent la hauteur du fil d'eau lors du fonctionnement.
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À l'époque romaine, Vorgium (Carhaix) était un riche chef-lieu de cité. Afin d'asseoir son prestige par rapport aux autres cités, elle fait édifier un aqueduc. L'eau ainsi acheminée servait aux besoins publics, alimentait les thermes et les bassins d'agrément des monuments.
Or derrière ce prestige ostentatoire se cachent des prouesses techniques. Pour obtenir un volume suffisant, il fallait en effet aller capter l'eau à 12 km, au niveau des sources des crêtes qui dominent la ville au sud-est. L'aqueduc se développe à 20 cm sous terre et sur 27 km de long, ce qui en fait un des plus longs de toute la Gaule. Pour franchir les obstacles naturels, les ingénieurs romains peuvent utiliser des ponts pour franchir les vallées et des tunnels pour passer sous les collines. Mais ces ouvrages sont très onéreux et les choix techniques opérés sont un compromis entre l'efficacité et le coût. Par exemple, pour des raisons d'économie, on remonte systématiquement les vallées encaissées selon leurs courbes de niveau, au prix d'un allongement du conduit de plusieurs kilomètres, plutôt que de faire un pont. Seule la colline de Karloubennec, dont le contournement aurait allongé le parcours de 7 km, a été percée par un tunnel, long de 900 m.
Au final, le premier aqueduc, édifié entre 50 et 120 après J.-C., avait un débit modeste de 1 000 à 2 000 m3 par jour. Pour faire face à la croissance de la ville, il fait place après l'an 180 à la grande canalisation qui achemine alors 6 000 m3 par jour. Elle sera abandonnée avant le milieu du IVe siècle, et Carhaix ne retrouvera l'eau courante qu'en... 1924 !
Le problème de l'approvisionnement en eau se pose à Rennes au milieu du XIXe siècle, non dans une optique de prestige, mais dans un souci de santé publique cette fois. Car l'eau des puits est loin de suffire aux besoins et, à cette époque, les hygiénistes se préoccupent de son insalubrité. En 1863, le maire de Rennes sollicite Jean-Baptiste Martenot, architecte de la ville, qui suggère de capter des eaux de la Minette et de la Loisance situées à 60 km et de les amener par un aqueduc. Le projet ne fait pas l'unanimité parmi les ingénieurs mais le choix de l'aqueduc est finalement préféré à la solution, plus moderne, de l'élévation des eaux à l'aide de machines à vapeur. La logique du prestige d'un tel ouvrage continue à prévaloir et il évite les nuisances que provoque l'usage des machines.
42 km de canalisations
Afin de recueillir une eau pure, des drainages profonds sont effectués dans la zone de captage. Une tranchée est creusée jusqu'à la couche granitique, à une profondeur de 4 à 6 m, sur laquelle plus de 9 km de drains en pierres sèches non jointes sont établis afin de recueillir les eaux souterraines. Le captage est modifié quelques années plus tard : l'aqueduc qui reçoit les eaux est construit en ciment et une partie seulement de sa hauteur est exécutée en pierres sèches, pour empêcher la pénétration des eaux superficielles. Comme à Carhaix, il a fallu passer à deux reprises sous des collines, à 22 m de profondeur avec des tunnels de 1,2 km et 18 m. L'eau captée parcourt 42 km de canalisation pour parvenir jusqu'à la ville. Elle se déverse dans des réservoirs construits sur les hauteurs de Rennes, avec un débit de 12 000 m3 par jour.
L'adduction de la ville en eau est inaugurée le 14 juillet 1882 par Edgar Le Bastard, le maire de l'époque. Mise en service en 1883, elle marque l'entrée dans l'ère de l'eau abondante et peu chère qu'avait initiée les romains quelques 2 000 ans plus tôt.
JC
Contact :
Jérôme Cucarull, historien consultant sur la valorisation du patrimoine, de l'histoire et de la culture techniques et industrielles, tél. : 06 13 63 02 20,
cucarull.scopic@tiscali.fr

Aqueduc de Carhaix : section à pans coupés du premier aqueduc, franchissement en passage inférieur d'un ruisseau.

Une partie de l'alimentation en eau de la ville de Rennes
provient toujours de l'aqueduc qui est régulièrement entretenu.
Ici le remplacement des conduites d'origine par des tuyaux en fonte.
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