Laboratoire
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Christophe Bonnet a mesuré le temps passé par la lumière sur une surface Optique : un doctorant répond à une question de Newton
Avant de rebondir sur une surface, la lumière
marque une pause. Newton avait pressenti ce phénomène. Christophe Bonnet vient de le mettre en évidence, de manière expérimentale, au laboratoire de physique des lasers, à lUniversité de Rennes 1. Ce temps de pause est enfin mesuré !
Cétait une vieille question, à laquelle vient de répondre un jeune doctorant. En 1704, en observant le jeu de la lumière à travers des prismes, Newton observe un phénomène inattendu. Dans les conditions de réflexion totale, la lumière sort du verre à sa surface, avant de se réfléchir un peu plus tard vers lintérieur du prisme. La loi de la réflexion de Descartes nest donc pas toujours un phénomène instantané ! Il existe en effet un « délai de Wigner », du nom du prix Nobel de physique hongrois, qui la formalisé dans sa théorie de la diffusion en 1955. Mais ce temps, estimé à quelques femtosecondes (10-15 s), était impossible à mesurer avec les sources lumineuses de lépoque !
« Personne ne lavait fait »
Aujourdhui, certains lasers permettent lémission de bouffées de lumières très brèves, de lordre de 100 femtosecondes. Le délai de Newton-Wigner peut enfin devenir observable ! Il suffit de placer un détecteur sur londe réfléchie pour mesurer le décalage temporel. Mais ce nest pas si simple. « En positionnant le détecteur comme dhabitude, perpendiculairement à londe réfléchie, il y a une compensation automatique du délai, explique Christophe Bonnet, qui a soutenu sa thèse au laboratoire de physique des lasers[1], en septembre dernier (voir schéma). Cest une conséquence de la loi de propagation de la lumière. Nous avons alors eu lidée de placer le détecteur parallèlement à la surface où se produit la réflexion totale ». Et le temps passé le long de linterface est enfin connu. Cest tout simple ! « Personne ne lavait fait », précise Olivier Emile, le directeur de thèse.
Et curieusement, ce nest pas un délai de Wigner qui a été mesuré grâce à ce procédé, mais deux ! Ce délai dépend en effet de la polarisation de londe lumineuse incidente, cest-à-dire de la direction dans laquelle elle oscille, horizontale ou verticale. Des délais de 30 et de 60 femtosecondes ont été mesurés. « Dans les deux cas, plus on se rapproche dun angle critique, plus la lumière passe de temps dans le second milieu, résume Christophe Bonnet. Cest une nouvelle lecture des lois de Descartes, où lon passe continûment des lois de la réflexion totale aux lois de la réfraction » (lire encadré).Plutôt Intéressant, dun point de vue fondamental.
Fibres optiques
Christophe Bonnet a déjà publié des articles, notamment dans Physical review Letters et Physical letters A. Ce dernier a été salué par la presse scientifique internationale. Les applications concrètes devraient aussi être au rendez-vous. « Le brouillage, lié à la polarisation de la lumière, est notamment observé dans les fibres optiques, où lon compte 10 millions de réflexions totales par km. Nous apportons une interprétation à ce phénomène ». En outre, les lois de réflexion et réfraction ne sapplique pas seulement à la lumière à travers un prisme en verre, mais se retrouvent dans de nombreux domaines, notamment les ondes sismiques et les particules massives.
NG
Lidée : changer lorientation du détecteur
Sur ces deux schémas, londe émise est représentée en noir. La réflexion est totale, car langle θ, entre londe et la perpendiculaire de la surface du verre, est supérieur à celui de lincidence critique. Londe réfléchie à lintérieur du verre, cest-à-dire le rayon incident, correspond à la flèche bleue. Le trait rouge correspond à cette onde, ayant subi un retard à la réflexion totale. Ce retard (∆τ) est le délai de Wigner. Sur le schéma 1, le détecteur D est placé perpendiculairement à londe émise. Le temps passé par la lumière en dehors du verre ne peut pas être observé. Mais en plaçant le détecteur parallèlement à la surface, (schéma 2), ce délai ∆τ peut être mesuré.
[1] Laboratoire PALMS, Université de Rennes 1, UMR CNRS 6627.
Contact : Christophe Bonnet, tél. : 02 23 23 61 94, lpl@univ-rennes1.fr, www.palms.univ-rennes1.fr/PHYLAS/
La réflexion totale
Quand une onde lumineuse, dans un bloc de verre, frappe la surface perpendiculairement, le faisceau est transmis en ligne droite. Lorsque langle du rayon incident augmente, langle du faisceau émergent augmente plus vite, jusquà devenir tangent à la surface. Ceci sexplique grâce aux lois de Descartes. Lorsque lon augmente encore cet angle jusquà un angle IC (Incidence critique), la lumière ne peut plus être transmise, elle est alors réfléchie en totalité et reste dans le verre. On appelle ce phénomène la réflexion totale.
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