La Marine nationale va cartographier un coin de la mer des Antilles
La toute première mission du Pourquoi pas ?, de janvier à mars 2006, est conduite par la Marine nationale. Le navire part aux Antilles françaises, pour cartographier des fonds sous-marins. Les sondeurs high-tech vont être inaugurés : attention, rien ne leur échappe !

« Statistiquement, nous avons des chances de trouver plusieurs épaves ». David Moreau est l'adjoint au directeur de la mission océan Atlantique du Shom, le Service hydrographique et océanographique de la Marine. Il dirige la première mission du Pourquoi pas ? qui vient juste d'embarquer dix hydrographes, du 3 janvier au 30 mars, autour de deux îles antillaises : Saint-Barthélemy et Saint-Martin. « Nous allons mettre à jour la cartographie marine. La dernière mission autour de ces îles remonte aux années 50 et à 1971. Et les isobathes[1], sur la carte actuelle, sont forcément inexactes, car elles ont été interprétées à partir de données éparses ». Avec l'arrivée du Pourquoi pas ?, l'époque des premiers sondeurs acoustiques verticaux est complètement révolue.
Les différents sondeurs du Pourquoi pas ? vont être inaugurés dans ces eaux. Un véritable déploiement technologique : il y a deux sondeurs grand fond, celui à large fauchée (fréquence 12 kHz) pour hydrographier de grandes surfaces sous-marine, dont la largeur est équivalente à 5 fois la profondeur, et celui à petite couverture (24 kHz), dont la résolution plus fine sert à dévoiler des canyons, sur les pentes des talus, ou des montagnes sous-marines, jusqu'à 5 000 m d'eau. Le sondeur petit fond (100 kHz) complète le tableau : à une profondeur de 20 m, aucun objet de 50 cm ne lui échappe.
Zéro hydrographique

L'hydrographe David
Moreau dirige
la tout première
mission du Pourquoi pas ?
Mais comment sonder avec précision quand la mer roule et fait tanguer le navire ? Il ne suffit pas d'analyser l'écho d'un signal, émis par le bateau et renvoyé par le fond. Un système très complexe à base de fibre optique et de gyromètres, baptisé « centrale d'attitude », est associé au sondeur et enregistre les mouvements du bateau pour les corriger en temps réel. La position du navire est d'autre part déterminée par le GPS ; la vitesse du son dans l'eau et la température de l'eau doivent aussi être connues. Et il n'y a pas que le navire qui bouge : la marée aussi monte et descend ! « Toutes les données des sondeurs sont recalées par rapport à un zéro de référence, le zéro hydrographique, détaille David Moreau. Deux marégraphes seront mouillés dans les canaux de Saint-Martin, que nous allons hydrographier totalement ».Pour être complet dans sa couverture, le Shom embarque à bord trois vedettes hydrographiques, de 8 m de long, équipée chacune d'un sondeur petit fond (300 kHz). Indispensable pour connaître les fonds de trois anses de Saint-Martin, et d'une anse de Saint-Barth, qui méritent une attention poussée. Les plongeurs de la mission peuvent aussi vérifier si l'obstruction, qui vient d'être découverte au milieu du chenal, est bien une épave.
Service public

La carte marine autour de Saint-Barth et Saint-Martin est inexacte.
Les données recueillies par la première mission
la rendront beaucoup plus précise.
Toutes ces données acquises sur le terrain seront traitées avant le retour à Brest. « Nous pouvons produire à bord des « minutes », qui sont des projets de cartes marines, sur une zone donnée. Le cartographe de l'Epshom[2] mettra ensuite la carte marine à jour, en compilant les informations ». Certaines isobathes seront par exemple ajustées ou complétées. Créer ce type de cartes, indispensables pour la sécurité nautique, est l'une des missions de service public du Shom. L'autre mission consiste à fournir des données d'environnement aux forces marines françaises, par exemple pour la lutte anti-sous-marins ou les chasseurs de mines. Ce n'est pas l'objet de ce voyage inaugural, dans les eaux pacifiques des Antilles.
NG
[1] Une isobathe est une ligne qui relie les points à la même profondeur. C'est l'équivalent de la courbe de niveau sur une carte terrestre.
[2] Epshom : Etablissement Principal du Shom, à Brest.
Contact : David Moreau, moreau@shom.fr, Tél : 02 98 14 05 47


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