Olmix valorise les algues vertes

Un nanomatériau 100% naturel

La société Olmix innove à double titre. Le nanomatériau qu'elle a mis au point intéresse les vastes secteurs de l'automobile, des cosmétiques et de la plasturgie. Il ouvre en plus une voie de valorisation des algues vertes.

Christelle Garreau/PBCG

Pour ne pas emporter le sable des plages, les algues vertes
sont nettoyées à l'eau de mer ou à l'eau douce.
Elles sont ensuite hachées avant de passer dans le broyeur
qui les réduira en purée.

Une petite révolution se prépare. Derrière le nom barbare d'amadéite, se cache le nouveau nanomatériau créé par la société Olmix à Bréhan (56). Il est constitué d'une structure d'argile modifiée par des sucres extraits des algues vertes, les ulvanes. Voilà ce qui rend le bébé si beau : il est non seulement innovant, car composé exclusivement de produits naturels, mais il risque en plus d'engloutir les lits d'algues vertes qui couvrent le littoral breton aux beaux jours.

Rester naturel

Christelle Garreau
Hervé Demais

Au départ, il s'agissait de rentabiliser l'unité mise au point pour le traitement des argiles utilisées depuis 1995 pour la fabrication de compléments alimentaires destinés aux bovins, en élargissant les potentialités des argiles traitées. Une des contraintes majeures était de rester dans le credo de l'entreprise « le naturel » et dans des coûts de matière première compatibles avec le marché de l'alimentation animale. L'algue s'est imposée logiquement. Le Ceva  a fourni des extraits de différentes espèces et Olmix les a testé. Personne n'a pensé aux ulves au départ. Après deux ans d'essais, peu concluants, le spectre des extraits est agrandi. Et là enfin, une série de résultats sort du lot : les ulvanes. « Le fait d'intercaler les ulvanes entre les feuillets de l'argile  améliore ses propriétés naturelles. La surface de contact entre la matrice et la charge est multipliée par 40, ce qui augmente le pouvoir de liaison  et ses capacités à booster la catalyse digestive », explique Hervé Demais, directeur du service R&D.

Un marché de 1 000 milliards d'euros

Christelle Garreau
Philippe Le Ray
 
Mais l'intérêt de l'amadéite dépasse le secteur de l'alimentation animale. C'est surtout dans le domaine des nanocomposites que ce nanomatériau est attendu. « L'amadéite permet de transférer aux matériaux auxquels on l'incorpore des propriétés de résistance mécanique, d'étanchéité et de résistance à la chaleur ». D'où l'intérêt des majors de l'industrie de l'automobile, de la plasturgie, de la cosmétique... «  L'État français a fait des nanotechnologies une priorité nationale ! » Le marché brassera près de 1 000 milliards d'euros par an à partir de 2010, avec une croissance de 100% tous les trois ans. 34% de ce marché est constitué par les nanomatériaux. Des rapports  de l'Académie des sciences et de la Digitip  font un état des lieux de l'urgence à ne pas prendre trop de retard dans ce secteur. Et le produit d'Olmix, lui, est plutôt en avance.
« Nous avons trois concurrents, deux Américains et un Allemand, mais leurs produits sont synthétiques. Le nôtre est 100 % naturel avec un procédé de fabrication à l'eau et des propriétés meilleures ! »
Si l'intérêt pour l'amadéite continue de croître au rythme actuel, dans cinq ans, Olmix pourrait avoir consommé toutes les algues vertes de Bretagne (soit 300 000 tonnes annuelles) ! « Mais soyons clairs, précise Philippe Le Ray, directeur général délégué, nous intervenons en prolongement de la politique curative des collectivités locales pour endiguer ce fléau. Cela ne remet pas du tout en cause la politique préventive. Il est clair que le projet est industriel, mais il va aussi favoriser une meilleure compréhension de la physiologie des ulves, indispensable pour prétendre un jour contrôler leur développement ».

CG

Contact : Philippe Le Ray, directeur général délégué, pleray@olmix.com ;
Hervé Demais, chef du service R&D, tél. 02 97 38 81 03

Repères :
Olmix grandit très vite : 3 salariés en 1995, 22 salariés en 2002, 120 aujourd'hui. 7 sites de productions dans le monde (France, Russie, Roumanie). Le site de Bréhan (56) s'agrandit d'un tiers en avril 2006.
Introduit en bourse le 29 mars 2005. Augmentation de capital en juin 2005 : + 6millions d'euros. Chiffre d'affaire prévisionnel 2005 : 28 à 29 millions d'euros.
Brevet mondial pour les nanomatériaux argiles-algues déposé en septembre 2004.
Partenaires scientifiques pour le développement de l'Amadéite : le laboratoire des matériaux à porosité contrôlé de Mulhouse (unité mixte CNRS) et le Ceva de Pleubian (29).


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Article publié en Avril 2006
dans Sciences Ouest n°231
 

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