Produire du cochon propre

Les systèmes d'élevage passés au crible du diagnostic environnemental

Calculer le coût environnemental d'un système de production agricole, voici de quoi sont capables les chercheurs de l'UMR sol, agronomie et spatialisation de l'Inra de Rennes. Une approche qui trouve un écho au moment où l'institut s'engage dans des démarches de développement durable.

Nathalie Blanc

« Tout le monde connaît les problèmes causés par les élevages de porcs : les rejets de nitrates et les odeurs ! Hayo van der Werf ne s'en cache pas. "Se focaliser par contre sur la réduction de ces deux seuls facteurs serait une erreur, pour qui fait du diagnostic environnemental. Car en tentant de régler ces deux problèmes, on peut en engendrer d'autres ». Arrivé au centre Inra de Rennes en 1997, le chercheur venu des Pays-Bas travaille sur ce thème depuis 2000 au sein de l'UMR sol, agronomie et spatialisation. Les méthodes de diagnostic environnemental, ou écobilans, ont été développées il y a plus de dix ans dans l'industrie. Mais leur application en agriculture est plus récente, surtout en France. « C'est une approche nouvelle, reprend Hayo van der Werf, qui consiste à choisir dès le départ plusieurs critères environnementaux, et pas seulement les nitrates et les odeurs pour reprendre l'exemple des porcs. L'autre spécificité de cette méthode est que l'on prend en compte le cycle de vie complet ». Une exploitation porcine sera ainsi évaluée en calculant non seulement l'impact environnemental de l'exploitation elle-même, mais également l'impact causé par la production des intrants qu'elle utilise : du diesel du tracteur utilisé par l'agriculteur, au transport de la nourriture des animaux et des flux de polluants sortants : production de fumées, d'effluents, de déjections. « Comme dans un bilan ». Plusieurs dizaines de substances polluantes et ressources utilisées peuvent être listées dans cet inventaire. Elles sont alors regroupées par problèmes environnementaux : indicateur de changement climatique, indicateur d'eutrophisation, d'utilisation d'énergies non renouvelables... « L'analyse du cycle de vie est très utile lorsque l'on veut tester différents scénarios", illustre le chercheur. Les premières études menées par Hayo van der Werf et ses collègues ont porté sur la truite, le bar, le chanvre textile et le porc, avec la comparaison de trois types d'élevage : conventionnel, label rouge et biologique. Et surprise : aucun système n'est parfait, tous comportent des points à améliorer.

Nathalie Blanc

Des travaux de ce genre ont déjà été menés en Allemagne, en Grande-Bretagne ou en Suisse, corrélés à l'importance des sujets environnementaux dans ces contrées. « La France est un pays qui fait traditionnellement confiance à la technologie. Mais petit à petit, l'idée que la production animale puisse être liée au développement durable fait son chemin. Mon projet était critiqué au début, mais aujourd'hui on est sollicité. Une troisième personne vient même d'être embauchée dans l'équipe, preuve que nos travaux sont reconnus ! ». Donner aux plantes les nitrates produits par les porcs et éviter ainsi l'apport d'engrais fait partie des pistes de recyclage. Ne resteraient plus que les odeurs !

NB

Contact : Hayo van der Werf, tél. : 02 23 48 57 09, hayo.vanderwerf@rennes.inra.fr


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Article publié en octobre 2006
dans Sciences Ouest n°236
 

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