Des jeux pour tester la sensibilité des citoyens à l'environnement
Comme en chimie, en physique ou en sciences de la vie, l'économie expérimentale est un champ de recherches qui nécessite des expériences en laboratoire. Une pratique relativement récente, qui date des années 90, menée sans blouse ni pipettes, mais sous forme de jeux !

David Masclet, chargé de recherche CNRS et
Elven Priour ingénieur informatique dans la salle du Labex à Rennes.
Incidence de la fiscalité sur le travail, sur le goût du risque chez des travailleurs indépendants, sensibilisation à la protection de l'environnement, mais aussi étude du comportement des internautes sur e-bay, ou encore projet européen concernant le terrorisme et la sécurité dans les compagnies aériennes... « Nous étudions des domaines variés de l'économie grâce à des expériences, qui se pratiquent sous la forme d'un jeu », explique David Masclet, chercheur au Labex , à la faculté de sciences économiques de l'Université de Rennes 1.
D'abord il faut en faire le « design », c'est-à-dire définir très précisément le cadre, rédiger les consignes. C'est la partie la plus délicate. Souvent, il est préférable de sortir l'expérience de son contexte : les participants ne savent pas que le projet concerne la fiscalité ou la sécurité. Parfois, ce n'est pas possible parce que, sans contexte, le jeu n'a pas de sens et le joueur ne comprend pas les consignes. Après le design vient la phase d'informatisation. « Quand le prototype du jeu est prêt, on le teste entre nous, puis avec des participants extérieurs. Et si les joueurs arrivent normalement au bout du jeu, les sessions expérimentales peuvent commencer ». Pour un projet, il faut compter une vingtaine de sessions avec une vingtaine de joueurs à chaque fois.

Dans la salle, équipée de 20 postes informatiques en réseau
reliés à un poste serveur, les participants ont des consignes précises.
Ils ne doivent pas communiquer entre eux.
Les joueurs sont rémunérés
La particularité par rapport à des expériences en psychologie par exemple où l'on peut aussi confiner les participants pour étudier leur comportement, c'est qu'en économie expérimentale les joueurs sont rémunérés. Et qu'ils le sont en fonction de leur façon de jouer ! De manière à ce que leur comportement soit le plus proche possible de celui qu'ils auraient eu en situation réelle. « Nous avons par exemple testé le goût du risque chez les travailleurs indépendants. Ceux qui prennent des risques sont davantage rémunérés mais ils peuvent aussi tout perdre ». Un enseignement ? « Plus le niveau de risque est important, plus les participants développent un comportement prudent. On peut également voir si le joueur fait bien ce qu'il annonce, ce que le travail sur les enquêtes ne permet pas ».
L'autre intérêt de ces expériences en laboratoire sur du multimédia, est que l'on peut tester davantage de théories économiques. Comme les conditions d'expérimentation sont contrôlées, on peut comparer les résultats de différentes équipes du monde entier. On apprend par exemple que le joueur est plus égoïste lorsqu'il s'agit de gain d'argent que d' environnement, ou d'une manière générale d'un jeu de bien public (utilisé pour tester la contribution individuelle à un bien commun).
L'exception Internet
La santé publique ou l'environnement peuvent être considérés comme des biens publics. « Un autre enseignement, que l'on retrouve partout dans le monde, c'est que, dans les jeux séquentiels de bien public en environnement, où les joueurs jouent les uns après les autres et pas simultanément, le comportement du leader est déterminant pour la contribution des joueurs suivants. Le deuxième joueur est toujours un peu moins généreux que le premier et progressivement la générosité des joueurs diminue, jusqu'à devenir nulle ». C'est une constante à une exception près : Internet. Les contributions gratuites sur la toile ne se sont pas taries comme logiquement elles auraient dû le faire. « On peut expliquer partiellement, par la recherche de la notoriété, les contributions qui perdurent quand elles sont à l'origine des logiciels libres par exemple. Mais on n'explique pas la pérennité des contributions totalement anonymes ».
CG
Contacts : David Masclet, tél. 02 23 23 33 18, david.masclet@univ-rennes1.fr
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Article publié en Juillet/Août 2007
dans Sciences Ouest n°245

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