Une maladie suivie en images


Médecins et informaticiens utilisent un IRM superpuissant pour étudier le développement de la sclérose en plaques.


IRM de cerveau présentant une sclérose en plaque

A gauche : sclérose en plaques. Avant injection
du produit Uspio, des lésions de la substance blanche
apparaissent sombres à l'IRM.
A droite : Après injection d'Uspio, une des lésions
apparaît plus claire à l'IRM. Cela traduit la présence de
macrophages, révélateurs de la sclérose en plaques.
Ce n'est par le cas pour l'autre lésion.
© DR

 

 

 

C’est une petite marque sur l’IRM d’un cerveau. Une rayure dans la substance blanche à peine visible sur l’image. Et pourtant, cette lésion peut être le premier indice de l’apparition d’une sclérose en plaques. Pour étudier ces signes précurseurs, les scientifiques de la plate-forme Neurinfo ont lancé le projet Uspio, du nom d’un composé riche en fer qui va leur servir de marqueur. « Injecté au patient, ce composé est assimilé par les macrophages, explique Nicolas Wiest-Daesslé, ingénieur de recherche sur le projet. Ce sont des cellules qui se multiplient lors de maladies auto-immunes, comme la sclérose en plaques, et qui sont ici révélatrices de la lésion. » Et comme l’IRM repère bien le fer, les images vont révéler la présence ou non de ces macrophages au niveau du cerveau.
 

Affiner les traitements

Cet examen, renouvelé tous les trois mois pendant un an sur des patients qui arrivent avec les tout premiers signes cliniques de la maladie, va permettre aux médecins de suivre l’évolution de la lésion. Dans ce projet, l’expertise des informaticiens de l’équipe Visage, à l’Irisa, est indispensable. « Grâce à eux nous pouvons obtenir des images de très haute qualité pour effectuer des comparaisons, entre patients et dans le temps, souligne Gilles Édan, chef du service neurologie au CHU de Rennes. Nous allons pouvoir étudier leurs différentes formes, leurs intensités, et différencier les stades d’évolution de la maladie. » Car, même aux prémices, tous les patients ne présentent pas les mêmes symptômes, « or il est primordial de bien traiter la maladie dès qu’elle se déclare. Nous voulons trouver des critères pour affiner les traitements. »
 

Les recherches accélèrent

Dans une étude épidémiologique publiée en avril 2010, l’équipe de Gilles Édan a déjà montré que les handicaps progressent différemment au début et à la fin de la maladie. « Nous avons mené cette étude

avec le réseau sclérose en plaques Bretagne, indique-t-il, qui rassemble tous les professionnels, hospitaliers ou libéraux, en lien avec cette maladie. Nous avons pu recueillir des données sur 1609 patients sur 15 ans. C’est unique d’avoir accès à autant d’informations. Cela fait avancer plus vite la recherche clinique. » Et cela ne risque pas de ralentir. En effet, un projet vient d’être déposé pour créer au CHU un département hospitalo-universitaire en neurosciences, structure mise en place cette année afin de réunir les soins, l’enseignement et la recherche sous un même contrat.


 

CELINE DUGUEY

 

 

Contacts

Gilles Édan - Tél. 02 99 28 41 22
Gilles.edan@chu-rennes.fr

Nicolas Wiest-Daesslé - Tél. 02 99 28 99 06
Nicolas.Wiest-Daessle@irisa.fr

 

 

NEURINFO, UNE PLATE-FORME DE RECHERCHE EQUIPEE POUR LA CLINIQUE !

 

Vu de l’extérieur, c’est un IRM classique, dans une salle d’examen classique de l’hôpital Pontchaillou à Rennes. Il fournit chaque matin des images indispensables au diagnostic de dizaine de patients. Mais l’après-midi, cet équipement haute technologie, plus puissant que les IRM traditionnels, récolte des données pour des projets de recherche en neurologie. « C’est rare, mais essentiel que cet IRM soit installé directement en site hospitalier, explique Christian Barillot, chercheur en informatique à l’Irisia et directeur de la plate-forme Neurinfo, qui rassemble des acteurs de la recherche en neurologie – informaticiens et médecins - et gère l’équipement. Cela nous permet de faire des recherches sur des patients hospitalisés, de recueillir des données qu’on ne pourrait pas obtenir autrement, et de passer des modélisations mathématiques aux problématiques plus concrètes de la recherche clinique. » Qu’il s’agisse de psychiatrie, de la maladie de Parkinson, de la sclérose en plaques, ou encore de la démence, la plate-forme a ainsi pu investiguer de nombreux terrains depuis sa création en novembre 2009. Elle devrait recevoir d’autres équipements au cours des années à venir, afin de poursuivre les recherches de haut niveau.

 

 

CELINE DUGUEY

 

 

Contact

Christian Barillot - Tél. 02 99 84 75 05
christian.barillot@irisa.fr

 

 

 

 

 

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Article publié en mars 2011
dans Sciences Ouest n°285