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La biodiversité Le concept de biodiversité a envahi le monde depuis le sommet planétaire des Nations unies sur l'environnement et le développement de Rio de Janeiro. Ce concept est désormais associé aux principes régissant le développement durable, c'est pourquoi il intègre l'estimation du nombre des espèces vivantes, leur variabilité génétique, mais aussi toute la complexité et la diversité de fonctionnement des communautés au sein des écosystèmes, y compris ceux qui subissent les effets multiples des activités humaines : agriculture, exploitation des océans, urbanisation, industrialisation etc. La perte de la biodiversité est-elle catastrophique ? Sans revenir sur les estimations du nombre d'espèces disparaissant chaque année, disons simplement qu'en faisant référence à la destruction des habitats et en particulier la déforestation, il s'est produit une accélération très sensible des taux de disparition d'espèces depuis deux siècles. Si cette observation est maintenant bien vérifiée sur les oiseaux et les mammifères, elle fait encore l'objet d'estimations chez les invertébrés et les micro-organismes. Imputable aux activités humaines, elle constitue un grave problème, de portée générale, dont les conséquences économiques et sociales sont encore mal connues. Je ferais une grave erreur si je limitais mon propos à une simple comptabilité d'espèces, compte tenu de la complexité du monde vivant. Le concept d'espèce ne peut pas être dissocié de nos connaissances de l'évolution et la biodiversité recouvre les différents niveaux d'organisation de notre biosphère, des molécules et des gènes à l'organisme, des populations et des communautés aux écosystèmes. Il est en conséquence indispensable de comparer le rythme d'érosion au rythme de renouvellement de la biodiversité. Ce dernier dépend de la capacité des espèces à s'adapter à de nouveaux milieux, et dans certains cas à les coloniser. C'est l’exemple des algues vertes, des goélands, des étourneaux, du Grand Cormoran etc... Ces invasions, ces pullulations, s'accompagnent bien souvent de l'apparition d'aptitudes nouvelles inscrites dans le génome de ces espèces, en réponse à des contraintes du milieu : c'est le cas de la résistance aux insecticides chez les moustiques du genre Culex du littoral du Languedoc. Ces nouvelles aptitudes peuvent dans certains cas aboutir à l'apparition de nouvelles formes et, à plus long terme, de nouvelles espèces. Elles peuvent également entraîner de nouvelles fonctions, des associations nouvelles entre espèces, de nouvelles formes de maladies et de nuisances. La dynamique des espèces Notre histoire est parsemée de nombreux exemples bien connus par leurs effets négatifs comme par exemple la Graphiose de l'Orme en Europe en 1921, et de nuisances graves de conséquences, comme la Caulerpe en Méditerranée ou la pullulation de la Crépidule en Manche aujourd'hui. Ces phénomènes traduisent bien ce que l'on nomme la dynamique de la biodiversité, ils sont inéluctables et, pour certains, indispensables et permanents. Chez d'autres organismes et en particulier les bactéries, la notion d'espèce est plus fluctuante car elle est directement associée à des fonctions précises, essentielles, telles que le cycle de l'Azote, l'assimilation racinaire et les défenses des végétaux contre les parasites, la dégradation de nombreuses molécules organiques etc... Ces fonctions exprimées par certains micro-organismes ne constituent qu'une part infime des potentialités fonctionnelles des communautés bactériennes présentes dans chaque écosystème... Cette énorme biodiversité potentielle, en réorganisation permanente, est impossible à inventorier : il s'agit en quelque sorte d'une assurance contre les perturbations à venir. En conclusion, rappelons que la mise en place de programmes de recherche sur la biodiversité est une priorité nationale et internationale, objet d'une coordination scientifique et technique. La prise en compte des concepts de développement durable suppose d'améliorer encore les moyens d'information, de formation et de sensibilisation, c'est bien le but de ce numéro spécial de la revue Sciences - Ouest .
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