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Une initiative pour rapprocher les docteurs des entreprises
Le Laboratoire de psychologie expérimentale de Rennes 2

 
Une initiative pour rapprocher les docteurs des entreprises

Rencontres du troisième cycle


Les docteurs sont aujourd'hui bien décidés à se débarrasser des étiquettes d'"étudiants attardés et inadaptés à la vie réelle" qu'on leur colle souvent. "La thèse, c'est une première expérience professionnelle" affirme l'un des organisateurs des rencontres du troisième cycle, une initiative étudiante (1) visant à devenir un rendez-vous annuel entre les mondes de la Recherche et de l'Entreprise. La première édition de cette manifestation s'est déroulée à l'Ispaia (2) de Ploufragan , les 21 et 22 mars derniers.


Celui qui se lance aujourd'hui dans une thèse de doctorat sait qu'il aura à affronter deux épreuves : celle de la thèse et celle de l'après-thèse. Le temps est bien fini où ce diplôme prestigieux débouchait sur un emploi assuré. Une autre époque est en train de se terminer : celle où les difficultés d'insertion des docteurs étaient passées sous silence. Depuis quelques mois en effet, des voix s'élèvent -et parmi elles, celle du ministre Claude Allègre-, et des dispositifs d'insertion sont créés, comme celui des doctoriales (voir Réseau n°139). Quant aux thésards eux-mêmes, ils sont bien décidés à prendre leur avenir en main. Témoins, ces étudiants de la formation doctorale "Vie et santé" qui ont imaginé, organisé et animé les "Rencontres du troisième cycle", où ils invitaient thésards et industriels à engager le dialogue.



Trois ans de recherche: une richesse

Au centre de ces deux journées se tenait une table ronde consacrée à la "valorisation des compétences des docteurs dans l'Entreprise". Dans valorisation, il y a "valeur" et plusieurs intervenants ont tenu à rappeler que la thèse formait des gens de valeur : " Ces jeunes chercheurs sont très sélectionnés, notamment au niveau du DEA", a rappelé Michel Philippe, responsable de l'école doctorale "Vie et santé". "La formation par la recherche est la formation la plus riche qui existe", a ajouté Pierre Thivend, directeur de l'Ensar. " Ce n'est quand même pas pour rien qu'une école d'ingénieurs comme l'Ensar forme, en plus, des docteurs !". "Vous n'avez jamais été aussi bien formés", a renchéri Jean-Luc Grosbois, chef du service "Recherche et innovation" de la région Bretagne, soulignant aussi que le manque de postes est la cause principale des difficultés d'insertion des docteurs.

Et pourtant, c'est bien du côté des docteurs que pourraient se trouver les gisements d'emplois. C'est ce qu'ont souligné deux acteurs locaux, le sénateur maire de Saint-Brieuc, Claude Saunier, et Yves Kermorgan, directeur de la pépinière d'entreprises de Saint-Brieuc : "Les docteurs sans emploi, mais qui ont des idées, ça nous intéresse !". A l'image de Bruno Chevalier, PDG de la jeune société Adiagène (voir p19), les docteurs peuvent créer leur propre entreprise. De plus, à l'intérieur des entreprises, les docteurs semblent tout désignés pour être les acteurs de l'innovation. Pourquoi ? Parce qu'ils savent se remettre en question, qu'ils ont de l'imagination, et qu'ils sont ouverts : des qualités qu'ils ont développées au cours de la pratique quotidienne de recherche. Ils ont aussi un autre atout : ils savent chercher de l'information.



Deux mondes qui ont peur l'un de l'autre

Deux mondes qui ont peur l'un de l'autre Pour autant, on doit reconnaître qu'entre la formation doctorale et le monde de l'Entreprise, "il y a un gouffre". Plus généralement, le monde de la Recherche et celui de l'Entreprise ne se connaissent pas. "Ils ont peur l'un de l'autre", reconnaît Jean Pierre Brun. Cet universitaire imaginerait bien inviter des industriels pour des "petits déjeuners dans les laboratoires". Mais comme l'a souligné Jean-Luc Grosbois, "le meilleur moyen de connaître l'entreprise reste de travailler pour l'entreprise". Pourquoi ne pas alors imaginer une formation doctorale qui comprendrait des stages industriels : une solution qu'ont adoptée les Pays-Bas, où 15 % du temps de la thèse se déroule en entreprise.
Quel bilan tirer de ces premières "rencontres du troisième cycle" ? Sans doute la nécessité de faire des efforts, de part et d'autre. Du côté des industriels, il faudrait avoir une image plus juste et plus actuelle des docteurs ; ils n'étaient à Ploufragan qu'une vingtaine. Des sujets comme la cohésion des fromages, les poissons transgéniques, les oligosaccharides des algues ne les intéressent-ils pas ? Quant aux docteurs, ils doivent aussi faire de gros efforts pour rendre leurs recherches accessibles : présenter son travail à des industriels ne devrait pas ressembler à une soutenance de thèse ! Soulignons aussi que ces rencontres n'ont mobilisé qu'un quart des doctorants ciblés. Sont-ils réfractaires au monde de l'industrie, peu soucieux de leur avenir, ou retenus au laboratoire par leurs directeurs de thèse ?
Quoiqu'il en soit, on ne peut que se réjouir de cette initiative de rapprochement des mondes de la Recherche et de l'Entreprise, et admirer la passion de ces étudiants, qui, comme Zarah Lamkadmi, en thèse à l'Ensar, considèrent que "faire une thèse, c'est un choix intellectuel, un privilège".

C.P.


Contact :

Vincent Gerfault, Inra
tél. 02 99 28 50 58
fax 02 99 28 50 80

E-mail :
gerfault@st-gilles.inra.fr



Notes :
 (1) Les organisateurs sont les étudiants de l'école doctorale "Vie et santé" de l'université de Rennes 1 et de l'Ensar (Ecole nationale supérieure agronomique de Rennes). 

(2) Ispaia : Institut supérieur des productions animales et des industries agro-alimentaires.