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Introduction
Le développement durable en Bretagne
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 (Ifremer)
Développement soutenable ou développement durable ? C'est une affaire de traduction de l'expression anglaise "sustainable Development". Il est donc question des conditions du développement à long terme, c'est-à-dire de ses dimensions économiques, sociales et écologiques. Il s'agit de la prise en compte, par le système économique et social, de l'ensemble des ressources naturelles, afin de concilier les activités économiques et le respect de l'environnement. Si l'on admet que les ressources sont le patrimoine de l'humanité, peut-on les consommer aujourd'hui sans tenir compte des générations à venir ?
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La dimension planétaire
Les moyens d'exploration de l'espace, des océans, les moyens de mesure de la compo- sition de l'atmosphère terrestre, de la composition isotopique des glaces et des sédiments marins, permettent de reconstituer avec de plus en plus de certitude l'évolution des climats de la planète à l'échelle des temps géologiques, les bilans et les flux d'énergie à l'échelle des continents et des masses océaniques, la teneur en gaz à effets de serre, la répartition de la couche d'ozone et bien d'autres paramètres, qui nous renseignent sur le fonctionnement global de la planète Terre.
Il ressort de cette possibilité qui nous est offerte de connaître les effets planétaires de nos activités, deux principes fondamentaux :
- d'une part, la dimension planétaire des phénomènes environnementaux est, dans de nombreux cas, la conséquence de l'accumulation de phénomènes et de pratiques locales, voire individuelles. Ceci veut également dire que les constats faits aujourd'hui peuvent avoir des causes très anciennes.
- d'autre part, les échelles de temps correspondantes sont mesurées en siècles et en millénaires, de telle façon que les conséquences de mesures prises en 1996 ne produiraient leurs effets que dans plusieurs décennies pour les unes et plusieurs siècles pour d'autres.
La dimension régionale
À l'échelle régionale, l'eau est une ressource consommable renouvelable et épuisable. Elle sera très probablement l'un des enjeux économiques les plus importants du prochain siècle, car aux problèmes quantitatifs vient s'ajouter la dégradation permanente de la qualité de l'eau. La Bretagne est concernée au premier plan par ce type de problème et la réponse aux questions posées à ce sujet dépendra de notre aptitude à maîtriser l'organisation de l'espace, l'érosion des sols, l'intensification de l'agriculture, le respect de normes d'installations industrielles, agricoles...
Les effets différés des activités humaines touchent en réalité au problème de l'estimation des risques à moyen terme. Un exemple pris dans une liste très longue illustre bien cette notion de risque quasi imprévisible à effets retardés. Il s'agit de l'envahissement actuel des fonds marins du littoral de la Bretagne par la crépidule(1), mollusque introduit de façon passive et involontaire vers 1945. En baie de SaintBrieuc, il s'est multiplié et le stock est aujourd'hui estimé à plus de 250000 tonnes. Cette prolifération a des conséquences aujourd'hui, entre autres, sur le développement des peuplements de coquilles Saint-Jacques et les stocks naturels d'huîtres. Ainsi, un incident, totalement insignifiant il y a 50 ans, est à l'origine aujourd'hui d'un risque majeur non encore entièrement évalué sur une ressource essentielle pour notre économie.
Les exemples d'invasion, d'introduction involontaires ou de pullulations sont fréquents et soulignent la nécessité de prendre les précautions indispensables, d'autant plus lorsqu'il n'y a aucune certitude scientifique sur les possibilités de dispersion : on doit appliquer le principe de précaution. C'est la raison pour laquelle on doit se garder d'affirmer aujourd'hui que l'utilisation des plantes transgéniques en agriculture est sans risque écologique et sanitaire pour les générations futures. Il est certain que le colza et la betterave sont en mesure de s'hybrider avec des espèces sauvages et de leur transmettre des gènes indésirables. Par ailleurs, nos connaissances de la capacité de dispersion des gènes en sont à leurs débuts, c'est probablement l'un des axes majeurs des recherches à venir en écologie. Ce qui est vrai pour les plantes l'est encore plus pour les bactéries transgéniques.
La diffusion des connaissances
L'estimation des risques ou des impacts nécessite une prise en compte des critères de performance à long terme des projets. La réalisation de suivis à moyen et long termes paraît être en conséquence, le seul moyen pragmatique d'accompagner et de répondre le cas échéant à l'évolution qualitative et quantitative des ressources exploitées : l'eau, l'atmosphère, l'espace, la biomasse, la biodiversité, etc. D'autre part, le cloisonnement entre les différents intervenants sur une même ressource est l'une des causes majeures de la dispersion des responsabilités en matière d'environnement.
Par conséquent, un dialogue permanent doit être entretenu entre les acteurs de la recherche fondamentale et les organismes de décision. Les moyens à mettre en œuvre concernent donc aussi bien l'acquisition de données scientifiques et technologiques que la mise à jour permanente de nos connaissances et leur transmission. La diffusion des connaissances et de l'information scientifique et technique est importante et utile aussi bien aux chercheurs qu'aux décideurs et au public. Elle doit en effet s'adresser sous des formes adaptées aux différents acteurs selon leurs qualités et leur degré d'implication ; il y a là bien sûr une tâche très difficile et de grande envergure à réaliser.
Paul Tréhen, Maurice Basle
et Marie-Christine Henriot
Conseil scientifique régional
de l'environnement
Notes :
(1) La crépidule fore les coquilles d'autres mollusques.
Contact :
Paul Tréhen,
tél. 02 99 28 61 46. |
Les exemples d'introduction involontaire d'espèces sont nombreux en Bretagne. On a retenu les "affaires" de la palourde japonaise, de la crépidule, de l'algue sargasse ou encore de l'écrevisse américaine... Un récent article du journal du CNRS décrivait un nouveau venu sur les côtes françaises : Hemigrapsus penicillatus. Ce petit crabe mesurant moins de 3 cm, auparavant inconnu en Europe, a été découvert à La Rochelle en 1994. Originaire d'Asie, il est probablement arrivé sur les côtes européennes par l'intermédiaire des eaux de ballast apportées par les bateaux. Résistant au chaud comme au froid, mais aussi à la pollution, il se propage rapidement et devrait bientôt coloniser toute l'Europe. Selon Pierre Noël, du laboratoire de biologie des invertébrés marins du CNRS, ce petit crustacé ne constitue pas une menace pour les espèces locales, car il a colonisé des milieux à faible biodiversité comme les ports et les estuaires. Menaçantes pour l'environnement et pour le développement durable d'une région, ou, au contraire, source de biodiversité, voire nouvelle ressource à exploiter, ces espèces introduites doivent faire toujours l'objet d'une surveillance à long terme. Selon Paul Tréhen,"La notion de développement durable n'est pas opposée à
celle de progrès, mais il faut toujours pouvoir en surveiller les effets. Ce suivi extrêmement précis, que les Anglo-saxons nomment «monitoring», pourrait être une source nouvelle d'emplois pour tous les experts dans les domaines de la science et de la technologie. Ils permettront sans doute de mieux prévoir ce que l'on nomme parfois des catastrophes et qui en "il réalité sont les conséquences d'expériences malheureuses d'apprentis sorciers".
C.P.
(Photo : Le petit crabe Hemigrapsus penicillatus, originaire d'Asie, colonise peu à peu les côtes françaises.)
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