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Au cur de la communication : le chercheur...
Plus personne n'imagine qu'un chercheur doit être muré dans sa tour d'ivoire. Mais redevable à la communauté du soutien qu'elle lui apporte, pressé par les médias sur l'avancement de ses travaux, le scientifique doit déterminer une façon de communiquer. Claude Férec explique à Sciences-Ouest comment il choisit de parler, et les pièges qu'il s'efforce d'éviter.
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(M-E .Pau)
Claude Férec, directeur de l'Établissement de transfusion sanguine de Bretagne occidentale, "Informer est une dette envers le public".
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Directeur de l'ETSBO, l'Établissement de transfusion sanguine de Bretagne occidentale(1), le Dr Claude Férec est responsable du laboratoire de biogénétique, abrité par le CTS de Brest, dont le thème de recherche est la génétique moléculaire et le transfert de gènes. Titulaires depuis fin 1995 d'un contrat Inserm(2) de cinq ans, Claude Férec et son équipe d'une dizaine de personnes sont des spécialistes bien connus de la mucoviscidose, une maladie génétique grave, présente en Bretagne de façon notable par rapport au reste du territoire national.
Sciences-Ouest : N'est-il pas difficile de communiquer sur de telles recherches ?
Claude Férec : "Pendant des années, les chercheurs, les scientifiques "purs" sont restés dans leurs laboratoires. Il est vrai qu'il est difficile de communiquer sur certains thèmes... Qu'est-ce qu'un gène, comment marche-t-il ? Pour les médecins, cela a été plus facile que pour les autres scientifiques : l'habitude de dialoguer avec un patient ! Mais il y a dérive si le chercheur en vient à occuper plus les micros que les labos !" Il faut tout de même faire face aux diverses demandes. Celle des médias, mais aussi celle du public, financeur par le biais de l'impôt, et aussi promoteur de l'aide directe, avec des opérations comme le Téléthon, ou d'autres actions de soutien. "Le risque vient du fait que les règles sont différentes de celles d'une publication scientifique... Mais j'essaye toujours de répondre à la demande, qu'elle émane d'une université du troisième âge, ou d'une classe d'une petite commune. Il faut éviter de se murer, mais sans être présent tout le temps. La bonne position est entre les deux... Informer est une dette envers le public. C'est devenu d'autant plus difficile qu'il y a eu ces dernières années de graves problèmes de santé publique (sang contaminé, vache folle, hormones de croissance), cause de défiance. Il faut être extrêmement prudent."
Sciences-Ouest : Mais face aux malades, et envers ceux qui financent, quelle est l'attitude adoptée ?
C.F. : "En fait, les gens qui organisent les actions de financement sont aussi ceux qui sont malades ou ont des malades dans leurs familles. Ce sont de véritables catalyseurs des aides financières. Et le discours n'est pas forcément le même envers eux, c'est vrai. Quand les recherches avancent pendant quelques années, on véhicule un message peut-être trop positif. On génère une espérance. Et si prendre un retard de deux ans par rapport à des estimations plus optimistes semble peu de choses, pour les familles et les patients, c'est énorme. La maîtrise du temps est un facteur difficile à gérer dans la communication. Pour moi, il y a des signaux "danger" lorsque l'on me pose des questions concernant la longévité des patients. Comment peut-on répondre à cela de façon générale, et susciter des désespoirs ? Chez un jeune qui atteint la limite théorique, c'est un coup de poing dans la figure. Il risque d'arrêter son traitement en disant : "Je suis foutu !". L'autre clignotant, c'est de savoir comment un journaliste, pas forcément spécialisé dans le domaine, risque de retranscrire l'information donnée... En dépit de cela, il faut prendre le risque. Cela dit, la presse quotidienne régionale comme Ouest-France ou Le Télégramme, dispose de journalistes suivant les affaires médicales ou scientifiques, et ayant des connaissances rodées."
Sciences-Ouest : Et les attentes des institutionnels ?
C.F. : "Tous n'ont pas la même attente. L'université a l'habitude d'un travail de recherche au long cours. Les collectivités locales sont, elles, à la recherche de répercussions sur le tissu régional, en terme de notoriété et de développement de compétences. Des organismes comme le CNRS ou l'Inserm, qui fournissent une part du budget, se placent sur un plan plus scientifique. Le système d'évaluation, et donc de financement, se fait sur les publications spécialisées uniquement..."
Sciences-Ouest : Le fait d'avoir accès plus facilement que d'autres chercheurs à la communication pose-t-il problème ?
C.F. : "Oui ! Et avec raison ! Il y a eu frustration, irritation de la part d'autres scientifiques, qui parfois mènent des recherches très importantes. Par exemple, travailler sur des courants marins qui affecteront le climat du monde entier est essentiel. Mais cela intéresse moins le public..."
Sciences-Ouest : Tous ces efforts, ce temps passé en valent-ils la peine ?
C.F. : "Oui ! Notre métier ne doit pas être coupé du monde. Cela remet les pieds sur terre d'essayer d'être clair et d'expliquer simplement ! Et puis, c'est important, quand on est aidé par toute une région."
Propos recueillis par M.-E.P.
Notes :
(1) Trois Centres de transfusion sanguine (CTS) à Quimper, Brest et Lorient.
(2) Inserm : Institut national de santé et de recherche médicale.
Contact :
Claude Férec,
tél. 02 98 44 50 64,
e-mail : claude.ferec@univ-brest.fr
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