|
Comme tous les secteurs industriels, le secteur automobile a largement bénéficié de l'apport des nouvelles technologies ces 30 dernières années. En Bretagne, l'exemple de Citroën nous est rappelé par Auguste Génovèse, directeur du centre de production de Rennes. Avec 12000 emplois directs et 6000 emplois induits, Citroën est le premier employeur de la région. "On estime à 150000 le nombre de Bretons directement concernés par la sphère Citroën, et donc par la place croissante des nouvelles technologies dans l'automobile", explique Auguste Génovèse.
|
 Auguste Génovèse est directeur du centre de production Citroën de Rennes.
|
 Moule de raccord d'air à l'usine Citroën de la Barre Thomas, à Rennes.
|
Sciences-Ouest : Comment les nouvelles voitures sont-elles devenues plus confortables, plus économiques, plus sûres ?
Auguste Génovèse : Depuis 1955, date d'arrivée de la suspension hydraulique avec la DS, nous avons sans cesse travaillé pour améliorer encore le confort de nos véhicules. C'est ainsi qu'aujourd'hui, les vibrations du moteur sont filtrées par des suspensions hydroélastiques, le confort et la tenue de route sont encore améliorés par les liaisons de train arrière autobraqueuses. Nous avons mis au point un système de contrôle actif du roulis (en service sur la Xantia Activa), qui permet à la voiture de prendre les virages à plat sans malmener les passagers. L'amélioration de l'isolation acoustique des habitacles accroît encore le confort des passagers. L'objectif d'économie est aussi une donnée ancienne : dès 1985, l'AX ne consommait déjà que 3,5l aux 100 km. Enfin pour la sécurité, en plus de la sécurité active (tenue de route), nous travaillons à la sécurité passive de façon à préserver les occupants du véhicule en cas de choc latéral (cas le plus fréquent), par la mise en place de barres de renfort dans les portes et de sacs gonflables latéraux, dérivés des sacs gonflables (les air-bags) déjà en place pour limiter les effets des chocs frontaux. Confort, économie, sécurité : il faut composer avec tous ces éléments : alléger la voiture pour diminuer sa consommation, tout en la rendant plus solide, grâce aux nouveaux matériaux, mais sans que cela n'augmente le prix de la voiture ! Nos clients sont de plus en plus exigeants.
Sciences-Ouest : En quoi les nouvelles technologies ont-elles permis d'améliorer la production des voitures ?
A.G. La robotisation a conduit à la suppression des tâches les plus pénibles, comme par exemple la pose des garnitures de pavillons, des pare-brise, des lunettes arrières ou encore de la planche de bord. La robotisation a permis aussi de gagner en précision et en fiabilité, particulièrement dans le cas de la soudure des éléments de carrosserie lors de leur assemblage. Les points de soudure sont toujours effectués à l'endroit souhaité, quelle que soit l'accessibilité des pièces ou des parties à souder. Outre les améliorations de qualité et de conditions de travail, la robotisation a entraîné une réduction du prix de revient de nos véhicules.
Sciences-Ouest : Dans ce contexte des technologies de pointe, comment évolue le réseau des fournisseurs dans l'industrie automobile ?
A.G. Au début de l'automobile, toute la production était intégrée, puisque le constructeur définissait et fabriquait lui-même toutes les pièces dont il avait besoin pour fabriquer ses voitures. Dans les années 80, nous produisions encore 45 % de nos pièces en interne. Ce chiffre est aujourd'hui tombé à 33 %, le reste étant confié à nos fournisseurs. Les nouvelles technologies du secteur automobile demandent maintenant un tel niveau de spécialisation et une telle réactivité, qu'il nous est essentiel de pouvoir nous appuyer sur ce réseau, avec lequel nous évoluons tous les jours, en parallèle. Depuis l'adoption, en 1986, du fonctionnement en "flux tendu", ou "juste à temps", nos fournisseurs sont en majorité situés en Bretagne, à proximité du centre de production de Rennes. Pas de stock, pas de délai, les pièces sont montées au fur et à mesure de leur arrivée à l'usine. Après avoir mené à bien notre démarche qualité au cœur de Citroën Rennes, nous l'étendons maintenant aux entreprises de la région qui nous alimentent tous les jours. Ces entreprises soustraitent elles-mêmes 40% de leur activité avec d'autres PMI de la région que nous aidons dans leur démarche qualité au travers de "Performance 2010". Ces fournisseurs de proximité bénéficient de nos outils, de notre méthodologie, afin de toujours améliorer la compétitivité et la productivité de l'ensemble du secteur automobile breton.
Sciences-Ouest : Pour finir, pouvez-vous nous dire un mot de la Citroën Alto ?
A.G. Cette voiture regroupe toutes les innovations mises au point dans le cadre du programme européen de coopération technologique Prométhéus, qui vient de s'achever après huit années de recherche (1986 - 1994). C'est à proprement parler la première "voiture intelligente", comportant cinq nouvelles technologies électroniques : la vision de nuit (à l'aide d'une caméra sensible dans le proche infrarouge), le suivi des lignes blanches (avec alerte du conducteur et correction automatique en cas de "dérive"), la conduite coopérative (communication véhicule-infrastructure), le suivi de véhicule (respect automatique de la distance de sécurité avec le véhicule qui précède), et le guidage autonome informé, grâce aux informations sur le trafic, transmises par des balises placées le long des itinéraires. Ceci nécessite de mettre en place des infrastructures, c'est-à-dire d'équiper toutes les routes d'Europe de balises permettant la transmission et le guidage des véhicules. Le guidage est assuré par un système de positionnement par satellite GPS(1). Un équipement vidéo assure le guidage autonome, ainsi que la vision de nuit.
Contact :
Jean-Claude Bronner, Relations extérieures
Tél. 99 86 36 19
Notes :
(1) GPS : Global position System, système de repérage par satellite, très utilisé par les navigateurs : il permet de situer un véhicule avec une précision inférieure à 10 mètres.
|
 (Photo : Citroën)
|
Vue aérienne du site de production de la Janais, au sud de Rennes.
|
|
Augmentation de la part des équipements dans le budget d'une voiture depuis 1988 :
• Echappement (antipollution) : x 2,3
• Turbocompresseur : x 3,2
• Freinage (ABS) : x 2,4
• Climatisation : x 3,3
Le multiplexage
Parmi les innovations nées à la direction des études et techniques automobiles du groupe PSA Peugeot Citroën, citons le multiplexage inter-systèmes. Le multiplexage repose sur la simplification et la rationalisation du système de connexion électrique des véhicules. À l'heure actuelle, pas moins de deux kilomètres de fils électriques sont présents dans un véhicule moderne. Grâce au multiplexage, le nombre de fils et de connexions peut être réduit (exemple : le nombre de fils électriques du tableau de bord a ainsi été divisé par 4 sur les XM multiplexées). Les innombrables fils sont remplacés par des "bus". Ce sont des nappes de 4 fils reliés entre eux, 2 transportant de l'énergie nécessaire pour faire fonctionner les organes et 2 pour conduire le signal. Une unité centrale contrôle le flux d'information entre le conducteur et les organes, ceux-ci étant eux-mêmes gérés localement par des modules. Ces recherches ont été menées en collaboration avec l'INSA (Institut national des sciences appliquées) de Rennes et ont fait l'objet d'un dépôt de brevet.
|
|