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Ce dossier spécial IRISA va permettre aux non-informaticiens de comprendre pourquoi la culture informatique, longtemps confinée à la défense et à l'industrie, fait désormais partie de la culture générale. Outil d'accès aux connaissances, l'informatique doit, elle aussi, bénéficier des immenses réseaux de communication pour se faire connaître. Laissons à Jean-Pierre Banâtre, directeur de l'IRISA, le soin de nous présenter cette "nouvelle" informatique.
Sciences-Ouest : Quels sont les enjeux de l'informatique aujourd'hui ?
Jean-Pierre Banâtre : La profonde mutation que connaît le domaine des technologies de l'information est maintenant assez bien comprise je crois. La numérisation et le rôle des logiciels deviennent prédominants dans l'ensemble du secteur informatique, télécommunications et audiovisuel. L'informatique apparaît comme un élément déterminant de la compétitivité de tous les secteurs économiques et même de l'évolution de la société, par son impact dans des domaines comme la santé, l'éducation, les loisirs, l'environnement... La réponse à cette demande passe par la mise en place de systèmes complexes, bien organisés, intégrant des machines très performantes et communiquant efficacement entre elles. Ces systèmes sont assemblés à partir de modules de base, qui doivent être conçus pour interopérer facilement en respectant des standards. L'industrie informatique comprendra donc essentiellement des fournisseurs de technologie ou de modules de base (matériels ou logiciels), ainsi que des spécialistes de l'intégration et de l'organisation. La recherche doit s'adapter à cet état de fait et concentrer ses efforts sur les méthodologies clés, qui sont à la base des nouvelles générations de technologie. Les chercheurs doivent, tout en conservant leur spécificité, s'efforcer d'adapter leurs résultats au monde des applications qui nous entoure. Cette analyse concerne tous les domaines de recherche de l'IRISA, aussi bien l'automatique que l'informatique.
Sciences-Ouest : En quoi, d'après vous, l'informatique va-t-elle "changer la vie" ?
J.-P.B. : II est toujours délicat de répondre à ce genre de question, mais on peut tenter d'imaginer l'avenir. L'avènement des "autoroutes de l'information", pour prendre un exemple à la mode, risque de constituer une révolution qui modifiera fondamentalement les structures économiques, les modèles d'organisation et de production, l'accès de l'individu à la connaissance, ses loisirs, ses méthodes de travail et ses relations sociales. Et c'est là que l'IRISA peut intervenir, en mettant à disposition ses compétences et ses moyens.
Sciences-Ouest : Quelles sont les particularités de l'IRISA par rapport aux autres centres de recherche ?
J.-P.B. : La spécificité de l'IRISA est de rassembler, au sein d'une même communauté, des personnels émanant de quatre tutelles : l'INRIA, le CNRS, l'université de Rennes 1 et l'INSA de Rennes. L'IRISA regroupe plus de 300 personnes, dont environ 120 INRIA, 25 CNRS, 60 universitaires et 120 doctorants. La recherche est structurée autour de 6 grands programmes : architecture des machines et des systèmes, programmation et génie logiciel, intelligence artificielle et communication homme-machine, robotique, image et vision, automatique et traitement du signal, calcul scientifique. Chaque programme comprend un certain nombre de projets (équipes) constitués de 8 à 25 chercheurs, ingénieurs et doctorants. Parmi ces projets, 14 sont communs à l'INRIA, au CNRS et à l'Enseignement supérieur, trois projets sont communs au CNRS et à l'Enseignement supérieur. Les activités de l'IRISA vont du développement de composants matériels à la mise en œuvre d'applications avancées. La conception de circuits et d'architectures nouvelles, mettant en œuvre un parallélisme important, est maintenant un axe de recherche privilégié. La construction de systèmes distribués, permettant de rendre transparente l'utilisation des multiples ressources composant l'architecture, donne lieu à des travaux tout à fait originaux. Enfin, il est nécessaire de fournir à l'utilisateur de tels machines et systèmes, des outils de programmation à la fois sûrs et puissants. Le traitement d'images est également un point fort de l'IRISA ; dans le domaine, deux actions essentielles sont en cours : l'une concerne le traitement d'images séquentielles, l'autre la synthèse d'images réalistes et animées. L'intelligence artificielle est aussi un domaine suscitant des travaux importants, notamment en ce qui concerne la représentation des connaissances et l'interaction homme-machine. Enfin, la construction de logiciels qui permettent de gouverner les systèmes temps réel occupe une place essentielle dans nos activités. Ces logiciels s'appuient sur des algorithmes de traitement de l'information, de commande, de contrôle et de surveillance.
Sciences-Ouest : Pour mener à bien ces recherches, quels sont vos partenaires ?
J.-P.B. : L'IRISA entretient des liens contractuels avec de nombreux industriels français ou européens (via les programmes Esprit et Eurêka) et cette tendance ne peut que se renforcer dans les années à venir. Nos travaux de recherche sont reconnus au niveau mondial. Ceci se reflète par les nombreux échanges et contacts que nous entretenons avec les laboratoires de pointe aux Etats-Unis, en Europe et au Japon, par la participation de nombreux membres de l'IRISA à des actions internationales, par un grand nombre de publications internationales et par les nombreuses visites de chercheurs étrangers. L'IRISA s'implique fortement dans des coopérations avec les centres de recherche présents en région Bretagne (CNET(1), CCETT(1), IFREMER(1)...), avec de grands industriels (tel Thomson) et avec des PME/PMI (OST(1), AQL(1), TNI(1), Timeat...). Ce dernier point nous tient à cœur et devrait connaître une progression dans les années à venir. Soulignons également l'implication de l'IRISA dans des opérations à vocation régionale, telles que le réseau Ouest-Recherche, le projet Immédiat conduit par Thomson, ou le projet de télé-formation conduit par le CNET. Enfin, l'IRISA entretient des liens privilégiés avec le monde de la formation. Plusieurs de ses chercheurs appartiennent à l'université de Rennes 1 (IFSIC(1), ENSSAT(1), IUT informatique de Lannion) ou à l'INSA(1) de Rennes. Un effort particulier a été fait pour mettre en place des partenariats avec les grandes écoles de la région (Télécom Bretagne, Ecole Navale, Supélec, Ecoles de Saint-Cyr, Ecole des Mines de Nantes et ENS Cachan/Bretagne).
Notes :
(1) CNET : Centre national d'études des télécommunications
CCETT : Centre commun d'éudes de télédiffusion et télécommunications
IFREMER : Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer
OST : Ouest standard télématique
AQL : Alliance qualité logiciel
TNI : Techniques nouvelle d'informatique
IFSIC : Institut de formation supérieure en informatique et communication
ENSSAT : Ecole nationale supérieure de sciences appliquées et de technologie
INSA : Institut national des sciences appliquées.
Contact : Jean-Pierre Banâtre
Tél. 99 84 71 00
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