|
Jean-Pierre Chevillot, conseiller pour la science et la technologie à la représentation permanente de la France auprès des communautés européennes, était à Rennes le 25 novembre dernier dans le cadre des rendez-vous de l'ANVAR. Il a accepté de répondre à nos questions.
Sciences-Ouest : En quoi la science et la technologie sont-elles perçues comme étant des éléments de premier plan dans le cadre de la politique communautaire ?
J.-P. Chevillot : La science et la technolgie sont pour les Communautés européennes un des instruments majeurs pour préserver l'indépendance de l'Europe et relever les défis de la concurrence internationale. Les actions communautaires dans ce domaine connaissent d'importants développements, des résultats significatifs, et s'inscrivent dans le contexte nouveau créé par l'entrée en vigueur de l'Acte unique européen. La période actuelle est déterminante pour l'avenir de l'Europe. L'échéance du 31 décembre 1992 signifie la mise en place du grand marché intérieur avec ses 340 millions de consommateurs mais aussi un accroissement de la concurrence... Le budget communautaire en matière de recherche-développement devrait doubler entre 1987 et 1992, passant d'un milliard à deux milliards d'Ecus par an. Cet effort de la communauté en direction de la production comme de la standardisation est une des clés du développement socio-économique des pays membres, et de la compétitivité de leurs entreprises face à la concurrence internationale. La politique communautaire de recherche et de développement technologique a pour objet de fournir aux entreprises les bases scientifiques et techniques de leur compétitivité, gages de leur avenir.
S.-O. : Comment, selon vous, peut-on mettre en place cette politique, avec quels acteurs et quels moyens ?
J.-P. Chevillot : Un résultat essentiel de cette politique peut se résumer en un mot : les partenariats "européens" que constituent les entreprises et laboratoires rassemblés au sein des projets exécutés dans le cadre des programmes ESPRIT, BRITE, COMETT, ERASMUS,... Ce partenariat est à la fois transnational, interentreprises, entre la recherche et l'industrie, entre les grands groupes et les PME. Ce partenariat est à lui seul un résultat qualitatif aussi important que ceux escomptés sur le plan technique.
Partenariat signifie bien entendu aussi la mise en place et le fonctionnement à tous les niveaux de réseaux qui permettent aux participants engagés dans les actions communautaires, aux acteurs potentiels, aux responsables administratifs concernés, aux experts techniques consultés,... de se connaître et d'échanger leurs expériences, leurs informations... C'est dans le tissu économique régional que ces réseaux ont toutes leurs raisons d'être.
S.-O. : A ce propos, la Bretagne, caractérisée par l'abondance de PME, est-elle bien placée pour jouer la carte européenne ?
J.-P. Chevillot : La mise en place du grand marché intérieur communautaire placera les régions dans un contexte nouveau, dans lequel les problèmes de développement technologique et industriel pourront être abordés dans un cadre plus large. Les potentialités régionales y trouveront le moyen de s'exprimer plus fortement. Bien entendu, pour les PME qui ne disposent pas de moyens financiers ni de ressources humaines importants, l'accès à cette dimension européenne peut être plus difficile que pour les grands groupes. C'est précisément le développement du partenariat qui peut les y aider. L'affirmation du fait régional à l'échelle européenne est une opportunité à exploiter comme le font déjà par exemple les "Lânder" en Allemagne Fédérale. C'est à nos régions de suivre cet exemple et d'apprendre à travailler ensemble pour constituer des regroupements suffisament puissants.
Des efforts seront aussi à faire au niveau des structures intermédiaires pour renforcer l'environnement scientifique et technique des PME. C'est d'autant plus important en France que la recherche publique y joue un grand rôle et qu'elle doit se rapprocher de la recherche effectuée dans les entreprises.
La construction de l'Europe se fait par le rassemblement des compétences et la conjugaison des capacités. La science et la technologie doivent nous permettre de relever les défis de la concurrence internationale. Regroupons-nous et mobilisons-nous !
|