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Enjeux et avenir de la productique en Bretagne

 


ENJEUX ET AVENIR DE LA PRODUCTIQUE EN BRETAGNE



Les marchés, que les entreprises bretonnes attaquent, exigent rigueur et qualité, délais de plus en plus courts et précision. Depuis deux décennies, la Bretagne a accueilli de nouvelles industries placées sur des secteurs en fort développement. Mais l'automobile et les télécommunications, les industries agro-alimentaires et l'électronique sont aussi parmi les secteurs qui verront les évolutions les plus rapides. La concurrence est tantôt mondiale, tantôt européenne. Elle porte autant sur les produits que sur les procédés de fabrication. La Bretagne est alors engagée en première ligne dans la révolution productique.

Le montage des composants électroniques en surface, la technologie CMS, voilà par exemple une nouvelle technique de production que met en œuvre la société Erulec. La découpe de la céramique au jet d'eau, voilà une nouvelle technique de production que met en œuvre la société Creaser. L'enjeu de la maîtrise de la productique, c'est-à-dire à la fois des nouvelles techniques de production, et des techniques de production et de gestion assistées par ordinateur, est donc clair : la survie des entreprises existantes et leur développement sur leurs marchés respectifs.


Robot de report de composants montés en surface (CMS). Société Erulec à Langon.




La gestion de production assistée par ordinateur permet de maîtriser coûts et délais. Les machines les plus récentes d'usinage, d'injection, de tissage, améliorent le respect des dimensions des pièces, l'adéquation des productions aux exigences qualitatives des clients. Mais ce rôle essentiel de la productique (conformité du produit à un cahier des charges sévère) ne saurait faire oublier celui qu'elle a en matière d'évolution des produits. Les équipements de production de la Générale du Granit lui permettent de présenter à une clientèle nouvelle des produits nouveaux. Les techniques du traitement des aliments maîtrisées par les industriels bretons, entraînent la mise sur le marché de nouveaux pro
duits. Et la maîtrise informatique, par la CAO, permet seule de concevoir et d'offrir des produits d'une grande complexité.

L'avenir des équipementiers de la Bretagne industrielle et de la productique est là. Parce qu'elles seront les fournisseurs d'industriels bretons en pointe au niveau mondial (Guyomarc'h, Thomson, Bolloré, Citroën...), des sociétés de services et de conseils en automatique acquerreront des compétences utilisables bien ailleurs en Europe. Des spécialisations se dessineront qu'il faudra admettre : Bretagne Automatisme et Samovie Sydel se tournent aussi vers la transitique. Des développements importants ont lieu dans la manipulation des fruits de mer, le conditionnement des aliments...

Le grand public, et les spécialistes de l'industrie, pourront constater lors des prochaines JIPEO (Journées Informatiques, Productiques et Electroniques de l'Ouest), des 25, 26 et 27 mai 1988, ce développement de la productique. Le réseau PRODUCTIB de diffusion de la productique en Bretagne accueillera une plateforme exceptionnelle, où fonctionneront ensemble des machines provenant d'industriels divers. Elles formeront, le temps d'un salon, une chaîne de production semblable à celles qui existent dans les entreprises. Cette opération démontrera les capacités des ingénieurs de Bretagne à réaliser des installations sans cesse nouvelles, interconnectées. La coordination de cette première aura ainsi été assurée par les ingénieurs de l'antenne de Bretagne de l'Agence de Développement de la Productique (ADEPA).

Pour le public, pour chacun de ceux qui travaillent dans des entreprises industrielles, grâce à cette animation particulière et à la participation, comme exposants, de dizaines de sociétés spécialisées, la productique sera comprise comme un enjeu essentiel de la vie de toute l'entreprise.

La conduite d'installations automatisées et la maintenance deviendront des métiers de pointe. Des capacités de réaction rapide se conjugueront à la faculté d'analyser des installations complexes. Et la maintenance de remise en route sera souvent associée à une maintenance de modification, d'amélioration de la fiabilité, de la qualité de production.

Le rôle de l'Etat sera vraisemblablement à l'avenir, et comme dans les années récentes, de soutenir les initiatives exemplaires et structurantes.

Le Contrat Etat-Région a permis ainsi la réalisation de 14 Opérations Pilotes Productiques. Il s'agit chaque fois d'accompagner la réalisation d'une opération industrielle exemplaire par sa qualité technique, par sa mise en place (études, formation des opérateurs) et de faire partager cette expérience à tous les industriels bretons qui le souhaitent à l'occasion d'une visite. Dans les prochains mois, des entreprises aussi réputées que CB Industries (textile), la Société Fougeraise des Ceintures et Bretelles (textile), la Générale du Granit (granit), montreront par l'exemple quels types de solutions il est possible d'adopter, quel pari il est possible de réussir.

Dans cette même optique de diffusion des compétences, l'opération Citroën Superforce est destinée à étendre dans toute la Bretagne, les méthodes de travail qui ont conduit à la réussite des usines de Rennes, grâce à des partages d'expériences. Elle contribuera aussi à l'extension de la productique en Bretagne, en faisant mieux connaître les techniques mises en place dans l'un de ses pôles d'excellence.

Le réseau PRODUCTIB a été mis en place dans le cadre du Contrat Etat-Région. Une dizaine de laboratoires de recherche en sont les membres actifs. Leurs travaux ont préparé et préparent le futur à l'endroit où il s'approche de nous le plus vite, à la jonction de la science et de la technique. Plusieurs de ces chercheurs ont acquis, par leurs travaux, une réputation nationale ou internationale. A eux de se placer encore davantage sur des spécialités qui sont leur force, à eux de connaître l'évolution de cette jonction science-technique ailleurs en Europe et en France. Ils deviendront les consultants de pointe des entreprises bretonnes performantes, alliés en cela des experts de l'ADEPA, des conseillers productiques des Chambres de Commerce et d'Industrie, et bien sûr des ingénieurs des sociétés de services et de conseils en automatisme. A eux tous de se prendre en charge, de se regrouper dans un futur proche, et de profiter au mieux de ce champ d'expérience privilégié que constitue le tissu industriel breton.


Gérard MANTEL
Directeur Régional de l'Industrie et de la Recherche de Bretagne