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Le transfert de technologie en Bretagne

 


TOUT CE QUE VOUS AVEZ TOUJOURS VOULU SAVOIR... SUR LE TRANSFERT DE TECHNOLOGIE
EN BRETAGNE



OUI le transfert de technologie est un sujet "bateau", mais c'est aussi devenu, en Bretagne, une réalité qui compte dans le paysage scientifique et économique régional. Bien sûr, il faut bien reconnaître un effet de mode dans le large consensus qui s'est développé autour de l'idée du transfert de technologie, mais il y a les modes "durables" et les modes éphémères. Une mode durable, il serait plus adéquat de dire un mouvement d'opinion, peut difficilement ne pas reposer sur des réalités concrètes : c'est bien le cas en Bretagne depuis une dizaine d'années : à preuve, par exemple, la diffusion de l'ultra-filtration dans le secteur agro-alimentaire à partir du laboratoire de technologie laitière de l'INRA de Rennes, le développement de l'annuaire électronique et du traitement de l'image à partir du CCETT, l'essor de l'aquaculture, soutenu par le savoir-faire de l'IFREMER, ou encore la mise au point d'une première, SIRENE, un réseau/serveur d'imagerie médicale à partir notamment du CHU de l'Université de Rennes et du CCETT.




NON
le transfert de technologie n'est pas un processus simple, car il peut revêtir de multiples formes, et c'est pourquoi il est difficile d'en évaluer l'ampleur réelle dans une région comme la nôtre.

Peut-être le transfert de technologie est-il souvent perçu et même vécu de façon trop restrictive : on imagine alors volontiers le cas schématique où un produit ou un procédé est concocté et peaufiné dans un laboratoire jusqu'au stade préindustriel, puis transféré en bloc à tel industriel désireux de l'industrialiser dans les meilleurs délais. Sans doute peut-on percevoir de cette façon le processus qui a permis l'industrialisation par PROTECNO de l'écho intégrateur mis au point par IFREMER, ou par DATENO de liaisons hertziennes à partir de composants conçus par le CNET. Encore simplifie-t-on à l'extrême en introduisant une telle coupure entre l'amont et l'aval du transfert de technologie, qui s'accompagne en fait de relations soutenues d'information et d'assistance technique entre organismes de recherche et entreprises. Et comment imaginer un vrai transfert de savoir-faire sans relations confiantes et même chaleureuses entre les personnes ou les équipes concernées ?

Plutôt que de transfert de technologie, sans doute devrait-on parler plus largement des relations recherche-industrie dont il existe de nombreuses variantes, outre le transfert par concession de licence sur un produit ou procédé et le transfert de savoir-faire :

• le stage en entreprise d'élèves-ingénieurs, ou d'élèves d'IUT, de futurs Maîtres es Sciences et Techniques ou de jeunes chercheurs,

• la consultance, ponctuelle ou régulière, pratiquée par les chercheurs pour le compte d'entreprises,

• le séjour de cadres d'entreprises en laboratoire,

• l'assistance technique d'un laboratoire à une entreprise (ou vacation technologique) pour la mise au point d'un procédé ou d'un produit nouveau, ou la résolution de difficultés concernant ses fabrications actuelles,

• le séjour de chercheurs en entreprises,

• les programmes communs de recherche entre laboratoires et entreprises.

A l'exception des deux dernières modalités, les autres sont plus largement pratiquées en Bretagne qu'on ne le pense. Pour des raisons bien compréhensibles de secret industriel ou scientifique, ces coopérations ne peuvent, en effet, être rendues publiques dès l'origine, mais on peut évoquer l'effort fait, par exemple, par l'INSA, l'IFSIC ou l'Université de Brest en matière de stages d'élèves-ingénieurs ou d'étudiants en PMI, le rôle de consultants joué par de nombreux chercheurs de l'INRA, d'IFREMER ou des Universités en faveur des PMI de l'agro-alimentaire, de la mer et de la pêche ou de l'électronique, l'accueil de longue durée de cadres techniques d'entreprises par l'IRISA, ou encore l'assistance technique apportée par l'INSA à BRETAGNE AUTOMATISMES pour ses chariots filoguidés, par SUPELEC à SEMA-METRA pour ses systèmes d'édition informatisée, ou par l'ADRIA à de très nombreuses PMI agro-alimentaires pour la mise au point de produits nouveaux répondant mieux aux modes modernes d'alimentation.

Quelques indicateurs quantitatifs existent cependant pour cerner l'importance du transfert de technologie en Bretagne :

• Chaque année, parmi les programmes d'innovation soutenus par l'ANVAR, environ un tiers font l'objet d'une coopération industrie-recherche.

• Depuis trois ans, le réseau de conseil technologique, BRETAGNE TECHNOLOGIES et le réseau PRODUCTIB de diffusion de la productique ont réalisé 600 interventions en entreprises qui ont débouché sur une centaine de coopérations.

• Chaque année, le Conseil Régional attribue, après instruction confiée à l'ANVAR,
10 bourses technologiques régionales. Dans le même ordre d'idée, 26 chercheurs ont bénéficié de contrats CIFRE dans des entreprises régionales.


NON
toutes les difficultés liées au transfert de technologie ne sont pas aplanies et d'ailleurs certaines d'entre elles ne peuvent sans doute pas être résolues dans l'immédiat : les chercheurs ne voient pas toujours l'intérêt du transfert de technologie quand ils n'y sont pas hostiles, craignant qu'il ne porte préjudice à leur activité de recherche (par diversion de moyens) et leurs publications. A ce propos :


OUI
les aides à l'innovation de l'ANVAR peuvent aussi être accordées à des laboratoires pour leur permettre de financer leurs charges supplémentaires en personnel et matériel liées à la préparation d'un transfert de technologie.


NON le transfert de technologie n'est pas incompatible avec la publication scientifique : il suffit, comme cela est pratiqué couramment aux USA, de prendre préalablement les précautions contractuelles nécessaires, en particulier en ce qui concerne les mesures nécessaires de protection industrielle.

Quant aux responsables d'entreprises, combien font réellement de la veille technologique pour préparer l'évolution de leurs produits et leurs marchés ? Et combien pensent à faire appel aux scientifiques, qui disposent, à travers les publications, la participation aux colloques, les relations entre équipes de recherche françaises et étrangères, de sources d'information et de relations internationales ?

Il y a souvent différence de langage et d'échelle de temps entre l'Industriel et le chercheur. Ce dernier ne peut et ne doit se consacrer trop largement au court terme. La difficulté doit être résolue par l'existence de "traducteurs" au sein des entreprises, c'est-à-dire par un noyau minimal de cadres, ne serait-ce qu'un chargé de la recherche-développement. Cette absence d'interlocuteur pour la recherche au sein des entreprises bretonnes semble encore assez largement répandue. Une enquête menée actuellement par l'ANVAR devrait, plus généralement, permettre d'y voir prochainement plus clair sur l'état de la recherche industrielle en Bretagne.


OUI l'Etat et la Région de Bretagne ont considéré très tôt qu'il leur appartenait de créer les conditions favorables au transfert de technologie en Bretagne. Bien sûr, de nombreuses mesures relèvent du niveau gouvernemental, tel a d'ailleurs été largement l'objet du récent Comité Interministériel pour la recherche et l'innovation.

C'est ainsi, qu'au niveau régional :

• Le Conseil Régional de Bretagne et l'ANVAR ont passé des conventions de coopération pour l'abondement de l'aide à l'innovation afin de la porter à 70 % en cas de transfert de technologie notamment, et pour la mise en place et l'instruction de bourses technologiques régionales.

• L'Etat (Ministère de l'Industrie, des PTT et du Tourisme) et le Conseil Régional de Bretagne ont mis en place le programme CELT en faveur de la création d'entreprise liée au transfert de technologie, dont l'animation est confiée à la Direction Régionale de l'Industrie et de la Recherche. L'impact économique du transfert de technologie par la création d'entreprise n'est pas négligeable puisque, depuis un an, le programme CELT a enregistré de nombreux projets, dont une bonne part sont en bonne voie de réalisation ; ce programme, outre l'appui qu'il apporte au démarrage de tels projets, contribue à la mise en place de pépinières d'entreprises dans les zones de Rennes (Atalante), Brest, Lannion, Vannes (Parc d'Innovation Bretagne Sud), et facilite le séjour de cadres industriels dans les laboratoires de recherche (opération "cadres pour innover"). Il a facilité également la création, à l'initiative de l'ANVAR, du club régional de financement et de parrainage industriel BRETAGNE FUTUR qui a déjà examiné
10 projets.

• II faut enfin rappeler le travail accompli par les conseillers technologiques et les CRITT (Centres Régionaux d'Innovation et de Transfert Technologique).

En définitive, le transfert de technologie, les relations recherche-industrie, c'est un état d'esprit de la part des chercheurs et une nécessité pour les industriels. Il y a là une évolution des mentalités, initiée dans les années 1970 par la création de l'ANVAR, puis l'implantation des Délégués aux relations industrielles et enfin la création des délégations régionales de l'ANVAR début 1980. Ces actions commencent désormais à être amplifiées par l'intérêt apporté à cette démarche par de nombreux organismes à vocation économique : en témoigne par exemple la création par la Chambre Régionale de Commerce et d'industrie de Bretagne, avec l'appui de l'Etat et du Conseil Régional de l'Agence Régionale d'Information Scientifique et Technique.


OUI il est possible d'être raisonnablement optimiste pour l'avenir du transfert de technologie et son impact en Bretagne, surtout si les efforts engagés sont poursuivis dans les prochaines années. Nul doute que ce sera alors un atout pour notre région à l'heure du grand marché européen.


Gérard MANTEL
Directeur Régional de l'Industrie et de la Recherche
Délégué Régional ANVAR Bretagne