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Qui ne souscrirait à ce constat simple : l'innovation est une des clés de notre avenir et la recherche, le secteur essentiel de l'innovation dans tous les domaines. On s'attendrait alors à ce que nos grandes écoles, fleuron d'excellence de notre enseignement supérieur, lieux de convergence des meilleurs de nos bacheliers, triés sur le volet au terme d'une rude sélection, soient tout particulièrement performantes en ce domaine. Or, à y regarder de plus près, tel n'est pas le cas, loin s'en faut, notamment pour les écoles les plus prestigieuses comme Polytechnique, les Ecoles Normales Supérieures ou les Hautes Etudes Commerciales. Certes, les laboratoires ne sont pas absents et l'on trouve même à cet égard des infrastructures de grande qualité à Ulm ou Polytechnique. Ainsi, l'X dispose de 15 laboratoires regroupant environ 500 chercheurs, associés au CNRS, qui passent à juste titre pour être parmi les meilleurs du monde. Pourtant, les élèves de nos grandes écoles n'ont que des relations limitées avec le monde de la recherche.
A cela, plusieurs raisons. J'en retiendrai trois. La première se situe en amont du concours : rien dans la scolarité des futurs élèves des grandes écoles ne les familiarise vraiment avec la recherche. Celle-ci est absente, aussi bien avant le baccalauréat qu'après celui-ci, dans les classes préparatoires où l'on dispense un enseignement qui cède aux travers d'un bachotage classique sans jamais inciter à l'imagination ou à la créativité. La seconde tient à la conception de la scolarité : peu de place donnée à la recherche, peu de motivation des élèves pour une discipline dont l'importance est minime, tant au niveau du temps qui lui est consacré que de l'impact en termes de coefficient sur le classement de sortie. La troisième se situe en aval, à la sortie des écoles : dévalorisées, les carrières de chercheurs présentent, pour les anciens des grandes écoles, bien moins d'attraits que l'administration ou l'industrie. Déjà en 1981, Laurent SCHWARTZ notait que "les anciens de l'X aiment être cadres, y compris directeurs de labos de recherches, mais pas chercheurs" et Bernard ESAMBERT, Président du Conseil d'Administration de cette école lui donnait raison 5 ans après : "Les élèves fréquentent marginalement ces laboratoires à l'occasion d'options sans que ces visites déclenchent suffisamment de vocations ".
Globalement donc, la place donnée à la recherche dans les grandes écoles est marginale, reflétant en cela l'insuffisante estime dans laquelle on tient la recherche et les chercheurs dans notre pays : pas d'interaction entre les élèves et les laboratoires, manque de travaux pratiques dans la scolarité, peu de sensibilisation à la recherche, faible participation des laboratoires à des enseignements de synthèse, liens insuffisants entre ces laboratoires et l'industrie. Ce qui vaut pour les écoles scientifiques vaut aussi pour les écoles de gestion où le management de l'innovation et la compétence technologique ne sont guère enseignés, ce qui explique les insuffisances de notre industrie dans ces domaines (calculs de risques approximatifs ; pusillanimité des décideurs quand il s'agit d'innovation ; incompréhensions, notamment de langage, entre ceux qui innovent et ceux qui gèrent).
Résoudre la crise des vocations et donner à la recherche la place qui lui revient dans l'effort national de modernisation et de compétitivité, exploiter ce formidable gisement qui recèle bien des potentialités, cela n'est pas impossible. Paradoxalement d'ailleurs, les universités, si souvent décriées, ont accompli depuis une décennie un effort, en matière de recherche fondamentale et de recherche appliquée, effort souvent méconnu mais qui mérite, d'être salué, alors qu'en ce domaine, les grandes écoles, supposées plus performantes, n'ont guère évolué.
Partout, dans les grandes écoles scientifiques mais aussi dans celles qui forment les hauts cadres du commerce et de l'administration, la recherche doit être promue. Pour cela, il convient tout simplement, car il n'est guère de stimulants autres que matériels, de lui donner dans la scolarité le poids qui convient, tant dans la durée des enseignements qu'en termes de coefficients, pour le classement de sortie ou les concours de recrutement (agrégation dans le cas des ENS). Mais cela ne servirait pas à grand chose si la situation de ceux qui choisissent la recherche à l'issue de leur scolarité n'était pas dûment revalorisée. Tant qu'il sera plus attrayant, financièrement et socialement, d'être cadre et non chercheur, il ne faudra pas s'étonner du peu d'attrait qu'exerce ce métier sur les meilleurs de nos diplômés. Comment ne pas être d'accord avec Bernard ESAMBERT qui écrivait récemment (Le Monde 8.10.86) : "Je lance donc un solennel appel à tous les managers pour qu'ils prennent conscience de la nécessité de redonner ses titres de noblesse à la recherche en améliorant la rémunération et le statut social de leurs chercheurs".
Là où l'effort de recherche-développement augmente, la production et la productivité s'accroissent et, bien souvent aussi, l'emploi suit. La recherche doit être l'une de nos grandes ambitions, si l'on veut préparer les décennies qui viennent. Les chercheurs doivent trouver dans notre pays la place qui convient à ceux qui ensemencent le futur. Cela suppose de modifier les contenus des enseignements secondaires comme les critères de recrutement et le contenu des scolarités de nos grandes écoles qui ne jouent pas leur rôle en ce domaine. Cela implique que ceux qui, formés pour cela, choisiront de s'y consacrer, trouvent dans l'exercice de ce métier des perspectives plus gratifiantes.
Jean-Michel GAILLARD
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