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Capital risque et haute technologie

 


CAPITAL RISQUE ET HAUTE TECHNOLOGIE



Le capital-risque peut-il, en France et, en particulier dans une région comme la Bretagne, jouer efficacement le rôle de levier du développement des industries dites de haute technologie ?

De fait, l'exemple américain nous instruit de la position tout à fait centrale qu'occupe dans ce pays le "venture-capital" et ses effets indéniables sur les industries "high-tech". Que n'avons-nous tous en mémoire les fameuses "success-stories" que constituent APPLE, FAIRCHILD, INIEL, GENENTECH, BIOGEN, etc... Si nous pouvons avec quelque raison être admiratifs à l'égard du capital-risque américain, reconnaissons cependant que tel qu'il est conçu et pratiqué
Outre-Atlantique, il s'agit d'un métier d'entrepreneur, de professionnel, s'inscrivant dans un environnement industriel, juridique, financier et culturel spécifique à ce pays. Mode de pensée et taille des marchés suffisent à eux seuls à interdire sa transposition, en l'état, en France. Il est sans doute plus intéressant de constater que l'âge d'or du venture-capital américain a vécu et que celui-ci rencontre aujourd'hui ses propres limites ; sous la poussée d'un Etat cherchant à orienter massivement l'épargne vers la Recherche, le Développement et l'Innovation, le venture-capital américain procède maintenant d'une large institutionnalisation, il ne connaît plus les taux de retour sur investissement aussi élevés qu'il y a 8 ou 10 ans, enfin, et surtout, une certaine saturation du marché se fait jour - excès de projets par rapport à la capacité d'absorption du marché financier (on considère que le marché boursier américain peut raisonnablement accueillir 500 nouvelles entreprises par an, or c'est précisément le nombre de sociétés de capital-risque installées aux E.U....) - ceci conduisant à des effets pervers tels que pression anormale à la hausse sur les prix d'introduction, élévation des exigences de rentabilité des capitaux investis, surcapitalisation des projets au démarrage, etc...

Saurons-nous en France, en nous gardant de ces excès, favoriser néanmoins autant qu'aux E.U. la création et le développement des entreprises de pointe ?



Le capital-risque à la française existe bien.

Certes :

il est récent - n'ayant fait son apparition qu'avec la création des SDR en 1955 - et n'a connu un réel démarrage que début 1980 ;

il représente une offre annuelle cherchant à s'investir de l'ordre du milliard de F, répartie entre quelque 130 établissements, dont 72 sociétés de capital-risque et
55 Fonds
Communs de Placement à Risque ;

il est réellement risqué et sa rentabilité demeure encore très modeste, comprise selon les établissements entre quelques points et 15 % ;

il est moins "piégé" que dans le passé avec l'instauration en 1984 du second marché ;

enfin, il est bien français, s'étant doté, avec la SOFARIS, d'une société d'assurance remboursant, en cas de sinistre, la moitié de la participation souscrite par l'organisme ayant signé une convention avec elle.

Même avec le "parapluie" SOFARIS, des mentalités encore largement héritées du monde bancaire, et assez peu d'enthousiasme à intervenir dans les créations, la France se situe en pointe en Europe en matière de capital-risque, sans doute légèrement devancée par les Britanniques.

Nous n'avons donc pas à rougir, mais pour autant, répondons-nous bien à l'attente des industriels de la haute technologie ?

Globalement, ce secteur d'activité, à très forte croissance potentielle, basée sur des dépenses de R. & D. élevées et soutenues et où l'innovation est moteur, exige de la part des sociétés de capital-risque une appréciation plus fine encore des affaires se présentant.

Qu'il s'agisse d'information, de communication, d'électronique, de médical, d'ingénierie génétique ou d'automation industrielle, ici, plus qu'ailleurs, l'équipe compte pour 90 % et le projet pour 10 % seulement.

Pourquoi ? Là où les produits, les techniques, les marchés évoluent très rapidement, il importe avant tout de s'assurer de la complémentarité des hommes d'une équipe, de leur capacité d'adaptation et de réaction, de leur aptitude à gagner de l'argent et de leur volonté d'en gagner... avant même leur niveau de compétence.

L'approche de projets dans des domaines de pointe nous impose bien sûr une bonne connaissance des nouvelles technologies, des tendances du marché, des besoins spécifiques engendrés.

Mais, au-delà de l'inévitable et nécessaire "business-plan", ce qu'un "venture-capitalist" essaie de soupeser est la cohérence d'un projet au niveau du couple produit-marché, au niveau des moyens financiers par rapport aux besoins physiques et incorporels estimés, au niveau des hommes par rapport à l'ensemble.

Enfin, un "venture-capitalist" n'est pas désintéressé : il recherche bien sûr le profit maximum - même s'il ne le trouve qu'une fois sur trois en moyenne - en misant essentiellement sur la sortie et non sur la distribution de dividendes. Cet objectif de plus-value est une absolue nécessité car sans retour sur investissement, les investissements eux-mêmes ne seraient plus possibles.


Le capital-risque français, face aux nouvelles technologies, évolue :

il doit être plus proche du terrain, afin de mieux connaître les hommes d'une équipe ;

il doit aussi être à la fois plus commercial et plus professionnel : une concurrence renforcée entre établissements de capital-risque l'y pousse ;

il doit intégrer des données jusqu'alors délaissées : - incorporelles (dépenses R & D, innovation, frais commerciaux, etc...) - humaines (opiniâtreté, ambition, souplesse, etc...) ;

il se fera de plus en plus en pool, afin de lever des capitaux plus importants.

Aujourd'hui, force est de constater que les réels projets de qualité animés par des hommes avec lesquels un courant de confiance peut s'établir - éléments sine qua non pour déclencher une intervention en fonds propres - ne courent ni les rues, ni les ZIRST...

Dans cette recherche du bon projet, les Sociétés de Développement Régional -1er réseau français de capital-risque, avec plus d'1,3 milliard de F d'encours actuel en fonds propres au profit de 2 000 PME régionales - disposent assurément de plusieurs atouts sérieux :

les S.D.R. sont les pionniers en France du capital-risque ;

c'est un réseau national composé de 16 têtes décentralisées : une double force ; certaines, comme la SDR Bretagne (1) comptent même une délégation par département afin d'être plus proche du tissu industriel.

Expérience, décentralisation et goût du risque, les SDR sont à même, en région, de répondre aux plus ambitieux projets de haute technologie pourvu d'avoir, en face d'elles, les meilleures équipes.

Alors, place au "capital-aventure" !


Thierry PASTRE,  SDR Bretagne


Notes :

(1) La SDR Bretagne est intervenue dans le capital de 200 PMI dont quelques fleurons de technologie avancée telles que : la SOREP à Châteaubourg, la SERPE et IESM à Guidel, STATEC à Vitré, BOLLORE TECHNOLOGIE à Quimper.