ÉDITORIAL :
D'AUTRES ENJEUX POUR L'AVENTURE TECHNOPOLITAINE
Les technologies ouvrent la porte du futur : elles seront cultivées dans de nouveaux espaces, les technopôles où déjà, il ne s'agit plus seulement de produire, mais de créer produits ou procédés. Le "technopolitain" sera le héros de cette aventure du XXIème siècle.
Pourtant l'aventure technopolitaine ne peut se réduire à ces images d'Epinal. Pour devenir une véritable réponse à la crise, la technopôle doit autant être un lieu d'innovations sociales que d'inventions purement techniques.
Réussir une technopôle, c'est regrouper une population spécifique tout en augmentant les contacts entre cette population et l'extérieur. Sur ce point déjà, les solutions divergent : les uns refusent toute territorialité aux technopôles et proposent un "câblage des cerveaux", oubliant ainsi que les chercheurs restent des hommes et niant par là même les contacts humains directs qui, hors des bureaux et des laboratoires sont à l'origine de bien des innovations.
En rassemblant les hommes au lieu de "câbler les cerveaux", ne risque-t-on pas cependant de créer des ghettos intellectuels ?
Le problème est de réussir et de gérer l'osmose entre les communautés scientifiques, les entreprises et l'ensemble de la population. Le développement de la culture scientifique et technique comme outil de partage du savoir, dans le public le plus large possible doit y contribuer.
Réussir une technopôle, c'est aussi ne pas oublier de prendre en compte la question de la répartition des activités et des richesses à l'échelle planétaire. La concentration de moyens de production ultra-modernes et de produits à très haute valeur ajoutée dans quelques zones choisies accentuent la division internationale du travail et le déséquilibre Nord-Sud dans les modes de consommation.
L'aventure technopolitaine comme toute aventure humaine n'est pas programmée pour réussir. Son succès ne sera complet que si la réussite scientifique et économique engendre un progrès pour tous les hommes. Tel doit-être l'objectif des acteurs des technopôles ; tel est aussi le sens du prix de la Mutation Technologique créé par la Ville de Rennes en 1985.
Jacques de CERTAINES, Adjoint au Maire de Rennes, chargé de la recherche et de ses applications.
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