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DOSSIER DU MOIS : NOUVELLES TECHNOLOGIES




ÉDITORIAL



NE DEPRECIONS PAS LE FUTUR !


Les calculs de rentabilité habituellement effectués déprécient le futur.

Ni l'individu, ni l'entreprise, ni l'Etat ne semblent pouvoir échapper à cette logique. Le "taux d'actualisation" de 8 % édicté par l'Etat pour le choix des investissements est un véritable taux de dépréciation du futur. Si une dépense de 100 cette année ne rapporte que 107 l'an prochain, il faut s'abstenir ; il y a mieux à faire avec les deniers publics.

Calculée pour aider la décision, la rentabilité d'un investissement n'est jamais réexaminée une fois l'opération menée à son terme. Pourtant les risques sont alors hélas mesurés : naufrage du superpétrolier, incendie dans la mine, explosion de la centrale, fuite de produits toxiques, modifications climatiques, désertification, manque d'intérêt de la population. La reprise des calculs à posteriori aurait un intérêt pédagogique évident. Mais l'homme préfère disserter sur le futur et oublier le coût de ses erreurs passées.

Cette logique est suicidaire.

Transcrite en terme de poids, la dépréciation de 8 % signifie qu'à nos yeux, un homme du 30ème millénaire ne pèse pas le 1/4 d'un puceron. Nous le traitons comme tel lorsque d'un cœur léger nous brûlons un litre d'essence ou nous utilisons certaines bombes-aérosols.

Avec ce taux de 8 %, l'humanité préférerait bénéficier 30 ans d'un niveau de vie majoré de 1 % que survivre 1 million d'années sans cette majoration.
40 000 générations heureuses contre 1 % de bonheur en plus pour la génération présente ! De fait, des pans entiers de la planète ont été réduits en désert. La Chine seule perd chaque année cinq milliards de tonnes de terre arable.

On n'empêchera pas l'individu, pour gagner cinq minutes par jour, d'emprunter une route plus dangereuse et de récidiver dès sa sortie de l'hôpital, ni l'affamé de manger son blé en herbe. Mais l'humanité ? peut-elle respecter quelques règles pour sa survie ? Lesquelles ?

L'indien d'Amérique avait pour règle de ne pas laisser derrière lui de traces. Pour lui, le taux d'actualisation était nul et la nature avait valeur infinie. Telle est notre attitude dans les parcs nationaux. Ne devons nous pas l'étendre ?

Ceux qui mettent en œuvre les technologies à risque doivent s'assurer de façon spécifique au lieu de se reposer sur la solidarité nationale et internationale en cas de gros pépin. Cela pourrait conduire à reconsidérer certaines options techniques.

De même nous pourrions introduire dans certains calculs des taux d'actualisation nuls. Ce devrait être la règle lorsque la dépense suit la recette. Diviser par 1000 le coût de démantèlement d'une centrale sous prétexte qu'il interviendra dans 25 ou 30 ans (1,0826 = 1 000) c'est faire payer notre électricité par nos descendants sans les consulter. Dès le début des travaux, EDF devrait régler à un fonds spécial le plein coût de ces travaux. Aux yeux des gestionnaires de ce fonds, chargés ultérieurement de l'effacement des traces, l'homme de demain aurait autant de prix que l'homme d'aujourd'hui, peut-être davantage.


Loeiz LAURENT
Directeur Régional de l'INSEE