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DOSSIER DU MOIS : Les biotechnologies en Bretagne




ÉDITORIAL


LE PHILOSOPHE ET LES BARBARES

"Une barbarie d'un type nouveau pénètre notre société et précipite sa ruine". C'est la science que le philosophe Michel Henry* décrit ainsi dans un livre récent "La barbarie" qui a largement retenu l'attention des médias. Qu'un philosophe dénonce, une fois de plus, l'impérialisme totalitaire de la méthode scientifique, cela n'est guère original même si Michel Henry le fait avec un incontestable talent. Que ce même philosophe refuse de voir que la science trouve dans son objet même sa propre finitude, cela peut paraître surprenant mais c'est pourtant là que son impérialisme théorique laisse la place à un domaine inaccessible à la méthode expérimentale. Que la presse salue largement cette attaque de la science élevée au rang de modèle de barbarie, II y a là un phénomène de société qui doit nous interpeller. Après
l'anti-scientisme soixante huitard et la technocratie triomphante de la relance économique, nous voilà de nouveau en rébellion ! Le caractère cyclique de ces remises en question de la science, de ces oppositions manichéennes de la science et de la culture, n'en diminue pas l'importance. Même si Michel Henry caricature pour opposer, c'est à un choix de société que nous sommes confrontés. Aucune civilisation n'avait eu auparavant à vivre avec la science : tel est probablement le plus grand enjeu de notre génération.


Jacques de CERTAINES



Note :

*Michel Henry, "La barbarie", Grasset, Paris 1987.