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DOSSIER DU MOIS : LES CERVEAUX ÉDITORIAL FAUT-IL ETRE INQUIET DEVANT LES PROGRES DE LA SCIENCE ? Le Président de la République, François Mitterand, au Colloque International de Bio-éthique à Rambouillet disait : "Dès lors que l'on maîtrise la reproduction, que l'on domine l'hérédité, la vie ne suit plus tout à fait les mêmes lois physiques ! Qu'en sera-t-il des lois morales ?" Interrogation inévitable ! Aucune société dite développée ne peut échapper devant les progrès de la science à une réflexion sur les valeurs qui fondent son identité. Chaque étape du progrès de la science provoque un ébranlement des certitudes et des espérances mais suscite aussi des craintes. A nous de faire en sorte qu'au progrès scientifique corresponde un égal mouvement dans la liberté des personnes ! L'homme a acquis - ou est en passe d'acquérir - trois maîtrises : la maîtrise de la procréation, de l'hérédité et du système nerveux. Ces trois maîtrises posent des problèmes d'éthique. L'homme ne se contente plus, comme il le fait depuis des millénaires par l'élevage, la sélection des plantes et des animaux ou par la thérapeutique, de changer le cours d'une hérédité prédéterminée, il s'apprête à changer l'homme. Changer notre environnement ne laisse quiconque indifférent de nos jours ! Que dire lorsqu'il sera question d'influer sur les patrimoines héréditaires par les modifications génétiques, de prévoir les prédispositions aux maladies, c'est-à-dire de gérer la reproduction de l'homme ! A nous de savoir être sage...en nous gardant des fantasmes comme de l'indifférence, sinon nous serons les victimes de ce que l'on appelle l'accélération de l'histoire et qui fait que à certaines phases du développement technique nous ne semblons plus en mesure de maîtriser socialement et d'intégrer culturellement les produits de ce développement que nous suscitons. Certains principes doivent être sans cesse rappelés : - c'est d'abord le respect de la personne, - c'est ensuite le respect de la science. Il ne faut pas freiner le progrès au risque d'étouffer des voies de recherche qui peut-être déboucheront sur une meilleure compréhension des mécanismes intimes du cancer ou des troubles nerveux du vieillissement. Tout juste peut-on dans certaines voies proposer un moratoire, un temps de réflexion ! -- c'est enfin la prise de conscience par les hommes de sciences de leur responsabilité. C'est dans cette triple perspective que se placent parmi d'autres centres de réflexion, le Comité National d'Ethique et par extension, les comités régionaux. Médecins et biologistes, théologiens, représentants des grandes familles spirituelles, philosophes, sociologues, moralistes, historiens, juristes, représentants du monde politique, du monde du travail se rassemblent pour confronter leur sensibilité et l'acuité de leurs vues prospectives, pour orienter les voies de la recherche dans les directions les plus raisonnables et les plus favorables à l'homme. Les comités d'éthique brillent par leur absence de pouvoir, sinon leur pouvoir moral, celui que leur donne la sagesse éventuelle de leurs avis. Bernard LOBEL Président du Comité de réflexion bio-éthique de Rennes Professeur en Urologie au C.H.R. de Rennes ![]() |