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Dossier du mois

 



DOSSIER DU MOIS : AVIS DE RECHERCHE




ÉDITORIAL


LES DONS D'ORGANES, UNE SOLIDARITE NATIONALE


Alternative thérapeutique à certain nombre de maladies organiques, la transplantation offre aujourd'hui une meilleure qualité de vie.

Mais on a souvent tendance à ne voir dans les transplantations d'organes que les prouesses chirurgicales, les progrès considérables de l'immunologie ou la découverte de nouveaux médicaments. Si la France a su constituer des équipes de renommée mondiale et fait figure de pionnier en matière de recherche, il n'en est pas moins vrai qu'elle se situe parmi les pays les plus mal placés : 24 greffes par million d'habitants. Ce retard numérique est d'autant plus surprenant qu'elle s'est dotée d'un arsenal législatif quasi unique au monde (la Belgique vient de rejoindre les quelques rares nations ayant adopté cette démarche).

Les raisons de cette situation sont nombreuses et peuvent se classer en deux :
• Les causes structurelles, complexes, liées aux communications entre les réseaux intervenants : transports, hôpitaux, autorisations administratives et légales, formation des équipes, laboratoires, services d'urgences, médecins, chirurgiens,... En 1986, environ 1 300 greffes rénales ont été pratiquées, il en faudrait 3 000 pour satisfaire les malades sur la liste d'attente. Michèle Barzach vient de lancer un plan de développement pour l'horizon 1989 destiné à réduire le fossé qui se creuse entre l'offre et la demande pour ne citer qu'un exemple.

• Reste le problème de l'individu. La loi Caillavet de 1976 autorise le prélèvement d'organes sur toute personne majeure n'ayant pas fait opposition de son vivant. Les décrets d'application de 1978 obèrent partiellement l'esprit de la loi et laissent le médecin avec sa conscience. Par respect de l'individu, c'est d'emblée auprès de la famille qu'il vérifiera que la personne décédée n'avait pas exprimé son opposition. De cette réponse dépend l'acte de prélèvement ; qu'elle que soit la compétence de l'équipe chirurgicale, la maîtrise de sa technique, il n'y aura pas de transplantation s'il n'y a pas au préalable un prélèvement.

Le malade receveur espère tout du greffon prélevé. Ce greffon si utile issu d'un drame qui se noue dans une autre famille.

Mais les faits sont têtus : les refus de prélèvement continuent de signer l'arrêt de vie d'enfants, de jeunes ou d'adultes pour qui ce greffon représente l'espoir.

Alors pourquoi ne pas prendre aujourd'hui un peu de temps pour réfléchir, sereinement, à ce que la loi appelle un prélèvement et que les hommes nomment un don.

L'information, il est vrai, est complexe et peu médiatisable. Les besoins en reins, cœur, foie, moelle osseuse sont importants. Les moyens matériels existent ; encore faut-il qu'il y ait une volonté commune, un mouvement de solidarité qui puisse créer l'adéquation entre l'acte légal et l'opinion personnelle, un consentement éclairé, en somme.


Christian LEFORT
Vice-Président de la Fédération Française pour le Don d'Organes et de Tissus Humains