"Villes-santé" est un programme ambitieux. Lancé par le bureau de l'Europe de l'OMS, la toute officielle Organisation Mondiale de la Santé il y a 3 ans, ce qui n'était qu'un mot, qu'une idée est devenu un véritable réseau dont les mailles s'étendent rapidement : déjà 25 villes en Europe, plusieurs réseaux régionaux, dont celui de l'Ouest.
Au cœur de ce projet est présente l'idée d'impliquer les citoyens dans l'amélioration de leur santé à une échelle "palpable" : la ville. Décision éminemment politique, certes, mais dans son acception noble du terme : la participation des communautés aux décisions. Mais si on analyse plus à fond le concept de "Villes-santé", c'est l'ensemble du système sanitaire français qui est interpellé. S'agissant du système de soins, il est commun de dire que tous les efforts ont porté, jusqu'à maintenant, à mettre en place un système de plus en plus perfectionné, de plus en plus technicisé. Sans remettre en cause les acquis, nous savons bien que cette course à la technicité a des limites et que d'autres facteurs doivent être considérés : l'environnement des individus, leurs habitudes et comportements, leurs limites biologiques. C'est le rôle de la santé publique de replacer le système de soins dans un cadre plus vaste, où prévention et promotion de la santé ne seront pas oubliés.
Mais "Villes-santé", c'est aussi interpeller les professionnels de santé publique français : qui sont-ils, que font-ils ? Après plus de 8 ans passés au Canada, où la santé publique est une discipline reconnue et valorisée, il me faut dire que la situation est loin d'être semblable en France. Nous avons des outils, des techniques, des savoir-faire qui ont trop souvent été négligés. La santé publique (communautaire, dit-on au Québec), ce ne sont pas seulement des actes administratifs, ou de la recherche "fond de tiroir". C'est une activité qui se doit d'être vivante, collée à la réalité des problèmes de santé des populations.
L'Ecole Nationale de la Santé Publique s'est engagée à valoriser cette compétence dans le cadre du programme "Villes-santé" : enquêtes auprès de la population sur leur perception de la santé, étude épidémiologique sur la santé bucco-dentaire dans les écoles, participation au comité permanent "Villes-santé"... Un premier pas, qui mérite d'être poursuivi et multiplié.
"Villes-santé", c'est donc un espoir, espoir de voir l'émergence d'un véritable travail multi-disciplinaire dans lequel les professionnels de santé publique sauront trouver leur place, à côté d'une volonté politique réelle de promouvoir la santé dans la ville.