ÉDITORIAL
L'INCERTITUDE ET L'EVIDENCE
Nous n'allons pas réunir un colloque pour savoir si Vinci aurait utilisé l'ordinateur ou Meliès la vidéo. C'est oui. L'influence de la technologie sur les créateurs est certaine ; Georges de La Tour + l'électricité auraient donné une autre lumière au tableau du musée, les plateaux de théâtre ont des éclairages programmés, et la musique électro-acoustique remplit les ondes du meilleur et du pire.
Le Festival des Arts Electroniques de Rennes a plusieurs ambitions, ou plus modestement plusieurs envies : débusquer l'homme caché dans les circuits intégrés, mélanger les catégories, casser les cloisons, confronter les différences, ouvrir les laboratoires, montrer les expériences artistiques, collaborer avec les animateurs d'initiatives semblables à travers le monde. Et proposer des commandes aux créateurs, ils en ont besoin.
En effet, à l'heure où des armées de robots règlent la circulation des villes, où la télévision est partout, l'art-vidéo n'est pas le commensal du repas quotidien, et la France reste frileuse devant la modernité. Pourtant, il n'est pas besoin de donner dans la science-fiction pour découvrir aujourd'hui le nouveau visage de la magie. Sans tomber dans le ridicule du genre "l'art sera électronique ou ne sera pas", nous disons simplement que de nouveaux outils s'offrent aux artisans du spectacle, et que le futur de l'art ne peut que gagner en richesse d'idées s'il commence dès à présent.
Dans cette symbiose du vivant et de l'artificiel, prenant le risque des productions originales et des créations, nous tâcherons cependant de faire l'économie de l'incompréhension : pour cela, nous ne sollicitons rien d'autre que la curiosité. Jacques Lacan aurait dit que nous revendiquons "l'incertitude du risque propre au poète", face à "l'évidence expérimentale de la science".
Mais à Rennes, la science fait jeu égal avec la poésie.
Bernard MOUNIER