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Dossier du mois
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DOSSIER DU MOIS : L'ÉCRAN PLAT COULEUR





ÉDITORIAL



LES SCIENCES MOLLES A L'AIDE DES NOYAUX DURS


Il est classique, sinon judicieux, d'ordonner les sciences selon une "dureté" dont l'échelle, héritée d'une classification d'Auguste Comte, va de la sociologie au "noyau dur" des mathématiques via la biologie et la physique. Il est cependant paradoxal de constater que l'objet de ces sciences est d'autant plus complexe, multiparamétrique, qu'elles sont "molles". Anomalie du sens commun qui réunit ici mollesse et complexité !

Les progrès récents des sciences humaines ont montré que les noyaux durs de la recherche n'obéissent pas à une pure logique de l'esprit mais à la logique des rapports sociaux à l'intérieur du monde scientifique, ou entre celui-ci et l'ensemble de la société. Tel était déjà le thème d'une étude commandée par le Commissariat au Plan au début des années 70 et dont le titre est évocateur : "Incidence des facteurs sociaux sur le développement scientifique et technique".

Cela signifie que l'analyse et la prospective de notre recherche, de nos Universités, de nos technopoles... doivent s'appuyer sur une réflexion pluridisciplinaire, un retour critique permanent de la part des sciences humaines. Il est temps qu'économistes, sociologues, historiens, géographes... se groupent pour produire ensemble un discours scientifique sur la science. De telles équipes, trop rares en France, existent à l'étranger. Notre recherche progresse trop souvent comme une voiture sans chauffeur, selon les lignes de plus grande pente ; aucune autre activité humaine, pareille consommatrice d'intelligences et de crédits, n'accepterait d'être gérée avec aussi peu de méthode et de recul. La recherche échapperait-elle aux lois générales applicables aux autres activités humaines ? Créons d'urgence des laboratoires "mous" pour étudier les sciences "dures".


Jacques de CERTAINES