L'un des problèmes posés par la diffusion de la culture scientifique et technique est celui du langage. Le spécialiste utilise obligatoirement des expressions, des concepts... propres à sa discipline. Certaines sciences — la physique, au premier chef — se sont développées grâce à l'emploi, à partir de Galilée, des mathématiques et il est aujourd'hui très difficile — voire périlleux — de tenter d'expliquer leurs chapitres les plus récents en laissant de côté l'arsenal mathématique sur lequel s'est appuyée leur évolution. La tâche du vulgarisateur est cependant de traduire les connaissances anciennes et modernes sous une forme compréhensible par le plus grand nombre possible. Ceci en essayant de ne pas trahir ou déformer le sens de ce que l'on veut exposer. C'est souvent difficile mais c'est nécessaire, sauf à renoncer à tout combat pour la culture scientifique et technique.
Ce qui vaut pour les sciences et technologies s'applique aussi, ce me semble, aux autres domaines. Et particulièrement... au discours sur la vulgarisation scientifique. Aussi est-on étonné des formulations pour le moins obscures de quelques "penseurs" qui s'interrogent sur ce sujet. La lecture du livre "Vulgariser la science"* m'a, à cet égard, laissé quelque peu perplexe. Il est très utile que des linguistes, des philosophes, des théoriciens de la communication... analysent le parcours de la vulgarisation, son histoire, certaines de ses implications idéologiques... C'est plus qu'utile, c'est indispensable. Mais il serait souhaitable qu'ils le fassent en cherchant à être compris, notamment de ceux auxquels leurs réflexions seraient les plus bénéfiques, c'est-à-dire les professionnels de la culture scientifique et technique... et les scientifiques eux-mêmes. Sinon leur entreprise conduit à ajouter une petite chapelle ésotérique... à côté de multiples constructions du même genre. On n'en voit pas très bien l'intérêt.
Jean ROSMORDUC
Notes :
* "Vulgariser la science - Le procès de l'ignorance", Paris, éd. Champ Vallon, 1988.