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ÉDITORIAL
E comme Environnement... et comme Education
Peut-on de nos jours, se consacrer aux Sciences et Techniques de l'Environnement sans devenir moralisateur? Oui, sans doute si polluant puis dépolluant, l'on considère que "faire et défaire, c'est travailler". Encore oui, si l'on voue au "défi technologique" devenu une fin en soi, un véritable culte intellectuel. Mais ce n'est pas ainsi que, pour la plupart, sentent et raisonnent les spécialistes concernés ; ils moralisent donc, à peu près comme suit :
Dans le domaine de l'Environnement, l'homme de nos pays développés se montre d'une exigence croissante. Cela paraît tout à fait légitime, car c'est la qualité des conditions de vie quotidienne qui est en cause. Mais la validité des priorités ne paraît cependant pas toujours évidente : lorsqu'on compare la nocivité potentielle de 1 000 litres d'eau potable à celle... d'une seule cigarette, le bilan certes lourd des sinistres écologiques à celui... des accidents de la route, la rigueur du contrôle des eaux potables à celle, souvent bien moindre des autres aliments et boissons, le poids des principaux postes "environnement" (eau, assainissement, ordures ménagères) dans le budget des ménages à celui considérablement supérieur du logement, du véhicule ou de la santé... l'on comprend mal, parfois comment se hiérarchisent les préoccupations et récriminations des Français.
Quoi qu'il en soit, cette demande pour l'environnement est à considérer comme un facteur de progrès, et les spécialistes ont à cœur de la satisfaire.
Mais cette exigence vis-à-vis d'autrui (et des structures spécialisées en particulier) n'a malheureusement souvent d'égale... que le laxisme personnel, le refus de l'effort utile.
Non seulement chacun esquive son effort personnel "en nature" (consistant pour les riverains des cours d'eau à entretenir les berges, pour le producteur de déchets à ne pas consommer et polluer sans égards pour les autres utilisateurs...) mais chacun conteste aussi de payer l'effort fait par d'autres, dans son propre intérêt pourtant (l'épuration des eaux usées, le traitement et la fourniture d'eau potable, la collecte et le traitement des ordures ménagères et déchets industriels... sont toujours ressentis comme devant être gratuits).
Pour que les générations futures puissent vivre convenablement (ou peut-être survivre ?) elles devront apprendre de nous quelques vérités premières sur la notion de gaspillage, sur l'effet de l'amont sur l'aval, sur la difficulté de trier ce qu'on a eu le tort de mélanger, sur les gains d'aujourd'hui qui coûteront cher demain... Rappelons-leur aussi que le mot "effort" avant de signifier "acte pénible", qualifiait "une action énergique du corps ou de l'esprit".
Yvon MOGNO Directeur régional de la Compagnie Générale des Eaux
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