ÉDITORIAL
II est temps de réconcilier Environnement et Culture Scientifique et Technique. Certes, le progrès technique et scientifique a largement permis et provoqué les gigantesques perturbations que supporte l'environnement de la planète. Ce n'est pas une raison pourtant pour le rejeter et retourner aux croyances et aux mythes. C'est au contraire en permettant au plus grand nombre de s'approprier le savoir scientifique en permanente évolution que se développera un nécessaire contre-poids au développement de techniques ou de filières de production comportant des aspects nettement nuisibles à l'avenir de l'humanité.
Il est important que les décideurs, les acteurs économiques, les techniciens puissent trouver en face d'eux des citoyens et des consommateurs capables d'un dialogue technique et scientifique. Leur tâche en sera peut-être rendue plus difficile ; c'est la règle de la démocratie, mais il en résultera une amélioration notable de la façon dont seront prises en compte les préoccupations de l'Environnement.
La démocratie supposait à l'origine des citoyens sachant lire et écrire. Aujourd'hui, compte tenu du développement prodigieux des techniques qui transforment avec une puissance inégalée l'environnement, un citoyen se doit de posséder une culture suffisante lui permettant de s'exprimer sur des choix technologiques et des projets susceptibles de perturber les éléments vitaux nécessaires à sa survie (l'eau, l'air notamment). La loi le permet déjà, notamment dans le cadre des enquêtes publiques, de l'accès aux études d'impact ; mais a-t-on suffisamment formé et informé les citoyens qui ont aujourd'hui droit à s'exprimer ?
Des citoyens ne possédant aucune des bases de culture scientifique, soit ne s'exprimeront pas et laisseront place aux excès de choix techniques aveugles, soit interviendront de façon passionnelle et irrationnelle ne permettant pas un débat constructif et efficace.
Il est essentiel aujourd'hui que scientifiques, techniciens et citoyens se rapprochent. Le développement économique et social suppose, certes, que le citoyen ne rejette pas tout progrès technique mais il impose aussi au technicien d'accepter les compromis nécessaires à sa propre vérité. L'UNESCO, dans son programme "l'homme et la Biosphère", a défini le concept de développement durable ; un développement qui ne saccage pas l'environnement et ménage les ressources. Le dialogue citoyen-scientifique qui se développe à travers le mouvement de la Culture Scientifique et Technique doit contribuer à faire de ce concept, encore utopique, une réalité.
Patrick Singelin
Délégué Régional à l'Architecture et à l'Environnement