ACCUEIL > Sciences Ouest > Année 1991 > 67 > Gros plan > Réflexion > Le pouvoir de changer l'homme
Le pouvoir de changer l'homme

   

Le pouvoir de changer l'homme



Le Comité consultatif national d'éthique a décentralisé ses débats et Rennes a eu l'honneur d'accueillir le 4 avril dernier, le professeur Jean Bernard, Président du Comité d'éthique. Les ateliers et la conférence publique ont mobilisé un public fort nombreux.

Photo : Ville de Rennes
le conseil des sages, avec de gauche à droite :
Jacqueline Lagrée, philosophe, Jean Bernard, Président du comité national d'éthique, Bernard lobel, Président du Comité régional d'éthique et Olivier Sabouraud, neurologue.


Dans une salle archicomble, plus de 1000 personnes ont suivi au Triangle une conférence en trois actes, suivie d'un débat passionné et passionnant avec le public.
Jacqueline Lagrée, philosophe, a introduit la soirée en abordant les questions relatives aux définitions de l'homme. Qu'est ce que l'homme ? "Un animal cultivé qui évolue, s'adapte, modifie son environnement, mais qui aujourd'hui peut brutalement et de manière irréversible se modifier lui-même". La réflexion était lancée... Le professeur Sabouraud allait ensuite remarquablement préciser que "l'entreprise de changer l'homme ne date pas d'aujourd'hui et qu'elle est dans l'existence même de la médecine". Des propos développés dans le cadre de la rapide évolution des connaissances, notamment dans le domaine de la reproduction, ont débouché sur la question suivante "Où vont conduire ces nouveaux pouvoirs - Comment décider et qui décidera ?" Et de préciser : "L'éthique est un enjeu collectif majeur basé non seulement sur les connaissances elles-mêmes, mais aussi sur les valeurs morales, philosophiques, religieuses".


Du colibacille à l'homme

Le terrain était bien préparé pour la conférence du professeur Jean Bernard. Après quelques apologues et quelques définitions aussi riches qu'humoristiques "L'homme est l'arrière-neveu de la limace qui a inventé le calcul intégral" (Jean Rostand), Jean Bernard allait réellement capter son auditoire en rappellant que "dès 1975 on pouvait modifier le patrimoine génétique du colibacille(1), en 1991 on peut le faire chez l'homme". En termes simples et dans un superbe exercice de vulgarisation scientifique, Jean Bernard proposera, sur ces importantes questions, de discuter avec le public des problèmes posés. Puis de préciser les grands principes du Comité d'éthique : respect de la personne, de la connaissance, responsabilité du chercheur, refus du lucre. Pour éviter de lire, par exemple, dans un quotidien du soir au Brésil "Francesco Gomez, 28 ans, vend son rein droit, prix à débattre - Tél...".


Changer l'homme, pour son bien-être

Au cours d'un riche débat où furent abordées les questions relatives au statut juridique de l'embryon et au vide juridique actuel en matière de bio éthique, Jean Bernard allait souligner : "Entre Archimède et Einstein, il y a une formidable évolution scientifique chargée de nouveaux pouvoirs, quelquefois terrifiants, mais qu'entre Platon et un philosophe contemporain - qu'il n'a pas voulu nommer - il n'y a pas eu cette évolution". Et c'est lors des périodes de grande discordance que des espèces ont disparu.
Pour terminer sur une note optimiste, Jean Bernard nous confia que l'aspect le plus positif des pouvoirs de l'homme, c'est l'extraordinaire possibilité de diminuer les malheurs de l'humanité, grâce aux progrès de la science et des connaissances.


NOTE :
(1) colibacille : bactérie en forme de bâtonnet, vivant normalement dans l'intestin de l'homme et des animaux.

 


Journée organisée par le Comité régional d'éthique présidé par le professeur Bernard Lobel, urologue, la Ville de Rennes et le Triangle. Rappelons que le Comité d'éthique a été mis en place en 1983 à l'initiative d'Edmond Hervé, alors Secrétaire d'Etat à la Santé.