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L'informatique française est malade

   

L'informatique française est malade



Informaticien, spécialiste des systèmes d'information de gestion, le brestois Jean-Yvon Birrien a récemment publié dons la collection "Que Sais-Je ?" une histoire de l'informatique, qui connaît un vif succès. Dans une note complémentaire à cet ouvrage, l'auteur s'est par ailleurs livré à un diagnostic sur l'informatique française. Voici quelques points de cette analyse, dont la dure réalité se traduit par des suppressions d'emploi.

A une période de guerre économique acharnée, dans laquelle le traitement et la communication de l'information, c'est-à-dire l'informatique, vont jouer un rôle fondamental, il est inutile de se voiler la réalité : l'informatique française va très mal. Si l'on souhaite "redresser la barre" dans ce secteur vital, il est urgent de prendre un ensemble de décisions et de dispositions appropriées, d'autant plus que notre pays dispose du meilleur atout qui soit dans ce secteur : un riche capital de matière grise, qui ne demande qu'à être exploité avec intelligence.


Occasions perdues

Derrière le voile des déclarations et des présentations officielles de bon séant que tous les gouvernements ont effectuées (indépendamment de leur couleur politique) au cours des quarante dernières années sur l'informatique nationale, existe en fait une réalité cruelle : celle d'un amoncellement d'occasions perdues, de désillusions, de gâchis financiers et, donnée beaucoup plus importante pour notre avenir, de faiblesses prospectives structurelles pour cette fin de siècle. Si maintenant, parallèlement à cette dimension politique, nous portons notre regard du côté des SS2I(1) et des constructeurs informatiques, nous apprenons que notre industrie nationale du logiciel ne représenterait que 5 % du marché mondial.


La fuite des cerveaux

Dans l'impossibilité et/ou l'incapacité de réussir dans les structures et les mentalités de leur pays natal, un nombre important d'informaticiens français occupent des positions de plus haute responsabilité dans les entreprises US telles que INTEL, BORLAND, HEWLET-PACKARD, SYBEX, etc... Une question se pose alors : pourquoi ne pouvons-nous exploiter chez nous une telle sorte de talents ?


Identifier les coupables

Trois causes principales, étroitement corrélées, peuvent être avancées pour justifier la situation d'échec de la France. En premier lieu vient l'état d'esprit français, naturellement attiré par une certaine brillance intellectuelle d'apparat, couplée à une répulsion classique vis-à-vis de l'opérationnel pratique. Nous avons consacré davantage de temps et d'énergie à créer des mots, "ordinateur", "informatique", qu'à trouver des applications économiquement et éducativement utiles. Viennent ensuite les structures du système étatique français, particulièrement inadaptées à la rapidité du développement de l'informatique. Les passations de relais entre les trois pôles successifs de la politique, des structures administratives et de l'économie, auxquelles s'ajoutent inévitablement des aller-retour nombreux, ont d'abord englué puis fait sombrer de trop nombreux projets. Enfin, quant à l'Education nationale, son rôle était et est toujours de promouvoir l'utilisation de l'informatique au plan des enseignements secondaire et supérieur. Force est de constater que ce ministère n'a pas su établir de plans ou de schémas directeurs, ni fournir aux utilisateurs, élèves et enseignants, les supports standards appropriés.


Préparer l'avenir

Le Japon (avec le MITI et ses nombreuses unités d'exploitation de l'information) et les USA (avec entre autres l'Office of technology Assessment) possèdent déjà depuis longtemps de puissants dispositifs nationaux de veille sur la haute technologie informatique. En France, on cherche désespérément un existant quelconque en la matière. A nos doubles yeux, d'informaticien et d'historien de l'informatique, il est de salut public de commencer à combler d'urgence ce vide.


Jean-Yvon Birrien
Tél. 98 44 83 91.


NOTE :
(1) SS2I : Société de service en ingénierie informatique.