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La facade Atlantique
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La façade Atlantique : Croissance ralentie



En 1990, la façade atlantique française demeure jeune et accueillante, mais sa croissance se ralentit au profit du bassin parisien.

Carte de France représentant le dynamisme démographique (1982 - 1990)

Le recensement de 1990 a mis en évidence trois vastes régions françaises, cumulant excédent naturel (davantage de naissances que de décès) et excédent migratoire (davantage d'immigrants que d'émigrants). Ces trois régions sont le bassin parisien, le sillon rhodanien et la façade atlantique. Les trois systèmes de peuplement, relativement indépendants, apparaissent sur la carte "Dynamisme démographique".


Paris, toujours Paris

Le bassin parisien vient en tête. Son développement déborde l'Ile-de-France, épousant les vallées de la Seine et de la Loire, France historique, domaine des rois. 12 départements cumulent ainsi excédent naturel et excédent migratoire. Ils ont gagné 750 000 habitants entre 1982 et 1990, dont 330 000 par immigration nette. Au centre, avec un excédent naturel de 335 000 et un bilan migratoire négatif de 280 000 personnes, Paris et les trois départements voisins alimentent la tache d'huile. A la périphérie, avec un excédent naturel de 600 000 et un bilan migratoire négatif de 455 000 personnes, 24 départements font de même. Au centre l'exode urbain, en périphérie l'exode agricole et industriel. Ainsi croît la région parisienne.
Ouverte sur la Méditerranée, la vallée du Rhône est la France des rapatriés et de l'immigration. 14 départements y cumulent excédent naturel et excédent migratoire. Ils ont gagné 590 000 habitants en 1982-1990 dont 400 000 par immigration nette. Bouches-du-Rhône et Rhône ont un bilan migratoire légèrement négatif, l'exode urbain affectant les agglomérations marseillaise et lyonnaise.
De Brest à Bordeaux enfin, 7 départements côtiers enregistrent eux aussi excédent naturel et bilan migratoire positif. La croissance de cet ensemble est limitée à 265 000 habitants dont 135 000 par excédent migratoire.
Ce dernier provient en partie d'Ile-de-France : retour des jeunes et des retraités. Le développement de cet ensemble semble indépendant de celui du bassin parisien, mais il manque de profondeur et semble s'essouffler.


Essoufflement ?

La période 1982-1990 est loin de reproduire la période 1975-1982. La comparaison des taux de variation annuelle de la population révèle accélérations et décélérations. Il y a accélérations dans certaines régions périphériques et en Ile-de-France.
Dans les autres régions, la croissance ralentit. Le recul est particulièrement notable en Bretagne (0,60 puis 0,40 %) et Pays de la Loire (0,82 puis 0,54 %). Cet infléchissement tient essentiellement à la reprise de la concentration parisienne. Seules en Bretagne, les zones d'emploi de St-Malo, Ploërmel et Auray voient leur taux de croissance augmenter. Au niveau départemental et régional, pour les trois régions armoricaines, c'est toujours la décélération qui l'emporte.

Evolution démographique des régions Bretagne et pays de Loire entre 1982 et 1990
Extraitde "l'atlas de Bretagne", publication INSEE


Une régulation nécessaire

Par sa croissance annuelle, l'Ile-de-France est passée de la 15e à la 4e place régionale. Comment expliquer ce fait dont les contrecoups marquent toute la péninsule armoricaine ?
En cette fin de siècle, le poids démographique et politique des banlieues est devenu supérieur à celui du monde rural, et particulièrement du rural profond. 10 millions de banlieusards en 1982 contre 5,7 millions de ruraux hors zones de peuplement industriel ou urbain. En 1990, le nombre de banlieusards dépasse 11 millions.
Corrélativement, la part du budget de l'Etat allant aux populations de l'agglomérat parisien n'a fait qu'augmenter. Déjà en 1982, la dotation globale de fonctionnement par habitant versée par l'Etat aux municipalités était en moyenne de 1125 francs en Ile-de-France et de 769 francs en Franche-Comté. L'effet d'entraînement de ces crédits d'accompagnement est indéniable : l'Etat subventionne le gigantisme.
De fin 1981 à fin 1988 en France, le secteur primaire a perdu 358 000 emplois et le secteur secondaire incluant le bâtiment 959 000. Le secteur tertiaire en a gagné 1 365 000. Or cet emploi est souvent l'apanage des grandes métropoles. L'Ile-de-France embauche. En Ile-de-France, en 1990, 20 % seulement des chômeurs ont moins de 25 ans, contre 30 % en Bretagne.
La croissance du bassin parisien comme celle du sillon rhodanien a été dopée enfin par l'immigration étrangère. En Ile-de-France, 12 % des actifs sont étrangers en 1982 et 26 % des naissances légitimes sont de père étranger en 1988. En Provence-Alpes-Côte d'Azur, ces chiffres sont de 8 % et 14 %.


La ténacité des régions atlantiques

Ainsi les motifs de grossissement de la région parisienne et du sillon rhodanien sont-ils profondément inscrits dans la réalité. Le maintien du dynamisme propre à la façade atlantique n'en est que plus remarquable. Il y a eu résistance au déracinement, traduite par un niveau de vie moindre et une plus forte proportion d'actifs installés à leur propre compte.
Cette résistance est liée à l'attachement des populations à des paysages et à un mode d'urbanisation constituant une alternative à la concentration dans les grandes métropoles. Un choix ayant valeur économique, car il évite de rassembler les populations là où il est le plus coûteux de les satisfaire.
Une recherche d'une toujours plus grande équité territoriale dans les dotations budgétaires et les possibilités de délocalisation du travail tertiaire par télétraitement, une moindre concurrence enfin d'un littoral méditerranéen saturé, peuvent permettre à la façade atlantique de reprendre sa croissance aux rythmes antérieurement observés.


Loeiz Laurent
Directeur régional de l'INSEE Bretagne.