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La mucoviscidose en Bretagne
La mucoviscidose est la maladie héréditaire de l'enfant la plus fréquente dans la population d'Europe de l'ouest. Un nouveau-né sur 2500 en France est concerné par la maladie, un nouveau-né sur 1600 en Bretagne.
 le docteur Férec et son équipe (Claude Férec est assis au premier plan, en blouse blanche).
Cet hiver, le quotidien "Le Télégramme" a mené une vaste opération de collecte de dons en faveur de la lutte contre la mucoviscidose. 4,7 MF ont ainsi été récoltés : la moitié ira au centre hélio-marin de Perharidy, près de Roscoff, où sont soignés les enfants malades. L'autre moitié va servir à financer un laboratoire de transfert de gènes au centre de transfusion sanguine de Brest. En Bretagne, un sujet sur 20 est porteur du gène anormal pour la mucoviscidose, cette maladie de transmission autosomique récessive(1). Cette maladie est mortelle et l'espérance de vie des enfants à l'heure actuelle se situe aux environs de 25 ans, ceci malgré les progrès de la prise en charge clinique de la maladie. Deux points importants sont à mettre en avant en ce qui concerne la recherche moléculaire sur cette maladie génétique au cours des dix dernières années.
Localisation du gène
La première étape a été franchie en 1985, par la mise en évidence d'une liaison génétique entre des marqueurs polymorphes de l'ADN(2) et le gène de la mucoviscidose. De la localisation du gène à son clonage(3), il s'est écoulé 4 ans au cours desquels des stratégies de saut sur le génome, alliées aux démarches plus classiques de la génétique par l'étude des recombinants et du déséquilibre de liaison, ont permis aux équipes de Tsui et Riordan d'aboutir à la connaissance du gène. Sous l'égide de Lap Chee Tsui, directeur de l'équipe américano-canadienne qui a identifié le gène, un consortium international d'étude des mutations de ce gène s'est mis en place en octobre 89, de manière à accumuler le plus rapidement possible une somme maximale d'informations. A l'heure actuelle, plus de 60 mutations différentes ont été rapportées grâce à cette collaboration internationale. Nous-mêmes avons décrit deux mutations originales, l'une en juin, l'autre en décembre 90.
Perspectives
Les voies de recherche actuelles sont multiples mais deux axes sont capitaux pour les années à venir. L'un concerne la compréhension du rôle de la protéine CFTR (Cystic fibrosis transmembrane regulator) dans la biochimie du transport électrique membranaire. L'autre priorité est la recherche d'une thérapie que l'on entrevoit soit par la voie du transfert du gène (un phénotype cellulaire normal a déjà été restitué à des cellules en culture présentant l'anomalie de la mucoviscidose), soit par la recherche d'agent pharmacologique capable d'agir efficacement sur la régulation du transit du chlore à la membrane cellulaire. La démarche qui a conduit à la localisation du gène, à son clonage et à l'expression aujourd'hui du produit de ce gène, est exemplaire. Ceci témoigne à l'évidence de la puissance des stratégies dites de "génétique inverse" pour la localisation et le clonage des gènes de maladie.
Docteur Claude Férec Centre de Biogénétique, Centre de transfusion sanguine de Brest.
NOTES : (1) récessif : Ne produit le caractère qui lui est lié que s'il existe sur les deux chromosomes de la paire. Ex : le caractère des yeux bleus est lié à un gène récessif.
(2) ADN : Acide désoxyribonucléique. (3) clonage : Reproduction d'un grand nombre de copies conformes à partir d'un individu.
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