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La vie est belle : les surprises de l'évolution

 


La vie est belle

Les surprises de l'évolution



La vie est belle, certes, mais d'où vient-elle ? et où va-t-elle ? éternelles questions qui ont toujours déchaîné les passions et mobilisé philosophies et religions.

Après divers ouvrages consacrés à l'homme et à l'évolution(1), Stephen Jay Gould a écrit en 1989 "Wonderful Life", publié en français en 1991 sous le titre "La vie est belle"(2). Gould a emprunté ce titre au film de Frank Capra qui illustre le poids, dans le déroulement de la vie, d'événements mineurs et totalement imprévisibles. Si la Terre a 4,5 milliards d'années, le développement des organismes pluricellulaires ne s'est effectué que pendant les 700 derniers millions d'années. Durant les périodes antérieures, la vie n'était pas absente mais tous les organismes étaient unicellulaires. L'apparition des pluricellulaires semble avoir procédé par "explosions" successives :

- environ 700 millions d'années : explosion d'organismes à corps mou, très peu diversifiés sur le plan de l'organisation : c'est la faune d' Ediacara ;

- environ 570 millions d'années : développement brutal d'organismes à squelette dur qui, pour la plupart, disparaissent très rapidement ;

- environ 530 millions d'années : apparition de toute une série d'organismes à corps mou, correspondant à des plans d'organisation très diversifiés : c'est la faune de Burgess.


Etranges merveilles

Découverts en 1909 par C.D. Walcott, dans les Montagnes Rocheuses canadiennes, les organismes de la faune de Burgess ont été décrits entre 1910 et 1930. Walcott les classe tous dans des groupes connus (essentiellement vers et arthropodes) et les considère comme les précurseurs de la faune actuelle.
Depuis la fin des années 1960, le matériel récolté par Walcott puis lors de missions plus récentes a été réétudié principalement par Briggs, Collins, Conway Morris et Whittington. Les résultats obtenus sont étonnants à plus d'un titre et il apparaît, en particulier, que sur la trentaine d'organismes décrits, 8 ont des plans d'organisation inconnus, 12 sont des arthropodes uniques et 1 possède l'organisation typique de la lignée des vertébrés : baguette dorsale rigide et bandelettes musculaires. Parce que tous ces organismes sont très étranges, comme Opabinia avec ses 5 yeux ou Hallucigenia avec ses piquants et ses tentacules sur le dos, Stephen Jay Gould leur donne le nom d' "étranges merveilles".


L'homme, un "accident" ?

Le problème le plus important posé par les recherches récentes découle directement de la constatation suivante : jamais la diversité des plans d'organisation des organismes n'a été plus grande qu'au moment de la mise en place de la faune de Burgess ; puisque, pour la plupart, ces plans d'organisation ne se perpétuent pas, on doit en conclure que l'évolution ne procède pas par améliorations successives à partir d'un stock ancestral d'organismes. Dans ce cas quels sont les mécanismes de l'évolution ? "La vie est belle" foisonne d'idées dont il est bien difficile d'établir une synthèse concise mais on peut cependant retenir quelques axes de réflexion ;

- si les causes et les mécanismes des grandes "explosions" (Ediacara, Burgess) nous restent inconnus, il apparaît qu'à partir des populations plus ou moins diversifiées d'organismes, l'évolution procède par décimations massives n'épargnant que de rares survivants ;

- sur la base des connaissances actuelles, il est impossible de prévoir, parmi les organismes de Burgess, ceux qui vont "réussir" et ceux qui sont voués à la disparition. Les causes essentielles de la décimation massive relèvent de la notion de contingence : elles sont variées, imprévisibles et le plus souvent d'importance mineure. Si l'on pouvait dérouler et rembobiner plusieurs fois le "film de la vie", le résultat serait donc vraisemblablement différent à chaque fois.

Dans ce cadre, c'est donc parce que le petit organisme à baguette dorsale de Burgess a survécu à la décimation que les mammifères se sont développés et que S.J. Gould est là pour nous le dire. L'homme ne serait-il qu'un petit rameau échappé fortuitement à une destruction massive et non une "tendance de l'évolution" ?

Jean-Jacques Chauvel



Notes :

(1) Darwin et les grandes énigmes de la vie (Pygmalion 1979, Le Seuil 1984) -

Le Pouce du Panda (Grasset 1982, Livre de Poche 1986) -

La Malmesure de l'homme (Ramsay 1983, Livre de Poche 1986) -

Quand les poules auront des dents (Fayard 1984, Le Seuil 1991) -

Le Sourire du flamant rose (Le Seuil 1988) -

Aux racines du temps (Grasset 1990).

(2) La Vie est belle. Les surprises de l'évolution (Le Seuil 1991).




(D'après les illustrations
de Marianne Collins.)