Le Dôme du radar

Année 1991 > Le Dôme du radar
Introduction
Le Dôme du radar
Le barrage marémoteur de la Rance
La Cervoise de Morlaix

 


Le Dôme du radar



Au touriste qui nonchalamment sillonne les routes du Trégor, la vision du Radôme,
cette énorme bulle blanche posée sur la lande de Pleumeur-Bodou, évoque une scène de science-fiction. C'est pourtant du passé dont il s'agit : voici l'histoire du Radôme.


Vue en coupe du Radôme et de l'antenne PB1.


En 1961, les Etats-Unis décident d'envoyer dans l'espace un satellite de télé-communications afin de correspondre en direct avec l'ancien continent. A cette époque, il n'était pas encore possible d'expédier des satellites suffisamment haut pour qu'ils suivent la rotation de la Terre.


Le manège de Telstar

Avec une altitude moyenne de 3 500 km, le satellite américain Telstar faisait le tour de la Terre en 2 heures 30 minutes. Pour capter ses émissions, il fallait construire des antennes mobiles, capables de suivre la course du satellite. En 9 mois, deux antennes mobiles ont été construites, l'une à Andover, sur la côte Est des Etats-Unis, l'autre, PB1, à Pleumeur-Bodou, sur la côte Ouest de l'Europe. Telstar a été lancé le 8 juillet 1962 : c'est le premier répéteur (1) hertzien placé en orbite : il régénère le signal reçu avant de le transmettre. Les émissions françaises et américaines utilisant deux bandes de fréquence différentes, Telstar peut transmettre dans les deux sens simultanément. C'est ainsi que le 11 juillet 1962, pour la première fois les deux pays ont pu échanger 20 minutes d'émission télévisée, 20 minutes d'images et de son de bonne qualité.


Une oreille bien protégée

L'antenne du Radôme, un cornet d'alliage très léger, à base d'aluminium, mesure 54 m de long, s'évasant progressivement jusqu'à l'ouverture, de 20 m de diamètre. Montée sur deux axes de rotation, elle guette toutes les 2 h 30 le signal du satellite et pivote d'environ 40° pour suivre sa course le plus longtemps possible, 20 minutes, puis revient en position initiale en attendant le prochain passage. Pour protéger l'antenne des perturbations atmosphériques, il fallait une enveloppe sans armature métallique, qui aurait perturbé les signaux. D'où ce gros ballon blanc, gonflé par des turbines qui, automatiquement, règlent la pression interne par rapport au vent extérieur. Très solide, cette enveloppe de dacron de 2 mm d'épaisseur n'a subi d'autres restaurations que deux rustines (en octobre 87) et quelques tonnes de peinture blanche.


Un monument historique

Dès 1965, le premier satellite géostationnaire (2), Intelsat 1, est mis en orbite suffisamment haut (36 000 km) pour tourner à la même vitesse que la Terre. L'antenne PB1 n'a plus besoin de se déplacer, et achemine les conversations téléphoniques et les programmes de télévision en continu. D'autres antennes paraboliques, PB2, PB3, jusqu'à PB9, plus simples et plus petites, sont progressivement construites. En 1985, PB1 cesse toute activité commerciale. A Andover, aux Etats-Unis, l'antenne jumelle est démantelée, celle de Pleumeur-Bodou est conservée. Pourquoi ? Elle a servi encore récemment d'instrument de mesure pour quelques chercheurs. Mais elle est surtout une mémoire pour les générations futures. Comme les navires-câbliers, qui déroulaient le fil de la communication au fond de l'Atlantique dès 1858, le Radôme et son antenne sont les vestiges d'un passé proche, 30 ans à peine, où communiquer avec les Etats-Unis était encore une aventure.


Le Musée des Télécoms

René de Verdière, Président de l'association pour la promotion du musée des télécommunications de Pleumeur-Bodou, invite tous ceux que l'histoire des sciences et des techniques intéresse, à venir visiter le nouveau musée, qui au pied du Radôme, sur 2500 m2, retracera à partir du 6 juillet, l'épopée des télécommunications. Du passé au futur, les 8 espaces du musée illustrent un siècle et demi des techniques mises au point par l'homme pour transmettre l'information d'un continent à l'autre, sur terre, sous la mer et dans l'espace. Dans la continuité du Musée, sous le Radôme, un spectacle audiovisuel grandiose fait revivre PB1, le temps d'une poursuite d'un satellite fantôme.


Visite du Radôme : tous les jours, entrée 20 F. Tél. 96 23 99 99.


Notes :

(1) répéteur : joue le rôle d'un amplificateur.

(2) géostationnaire : fixe par rapport à un observateur terrestre.





A droite, le Radôme, et à gauche, comme une flèche pointée vers la bulle blanche, le nouveau Musée des Télécommunications.