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DOSSIER DU MOIS
: Le grand rendez-vous des algues.




ÉDITORIAL

Bretagne : planète algue


(Photo : Société aquacole d'Ouessant)

Organisée par l'Université de Bretagne occidentale, se tiendra à Brest puis à Saint-Malo, du 16 au 21 août 1992, la plus importante réunion mondiale de chercheurs et industriels spécialistes des algues marines. 700 participants sont attendus, provenant de 49 pays différents. Certains de ces pays (Europe, USA, Japon) sont habituellement représentés dans ce type de manifestation, mais d'autres (Cuba, Russie...) sont rarement présents. Cette multiplicité de nationalités va évidemment permettre un échange fort intéressant.


Cette réunion a lieu tous les trois ans sur un continent différent : la dernière s'est tenue à Vancouver, Canada, en 1989 et la France n'en avait pas organisée depuis 30 ans. Le XIVth ISS (International seaweed symposium) est celui de l'Europe, organisé par l'Université de Bretagne occidentale, fortement ancrée dans la recherche en milieu marin.


Pourquoi la Bretagne ?

Pourquoi un congrès sur les algues, en France et plus particulièrement en Bretagne ? La France est l'un des premiers producteurs d'algues d'Europe. 75 000 tonnes y sont récoltées chaque année et 90% de cette récolte provient des côtes bretonnes. Les champs d'algues bretons sont uniques en Europe. Situés au confluent de courants froids et chauds, on y trouve un cortège d'espèces très diversifiées, aux propriétés intéressant des domaines industriels variés. Au total, près de 800 espèces d'algues sont recensées au large de nos côtes où l'on rencontre la plus grande richesse floristique de l'Atlantique Nord-est(1).

Depuis bientôt deux siècles, les industriels des algues sont présents sur nos côtes et participent à l'évolution des techniques de récolte et des méthodes de transformation (Sobalg et Sanofi, leaders de l'industrie des gélifiants, sont particulièrement bien implantés). De plus, depuis une décennie, la Bretagne est le siège d'un bouillonnement d'activités autour des algues, tendant vers la recherche d'applications nouvelles : éclosion d'entreprises (Goémar, Science et Mer...), essais de cultures d'algues en mer (IFREMER), naissance d'un centre de transfert (CEVA).

Mais en confiant à l'Université de Bretagne occidentale l'organisation de ce Symposium, le Comité international a surtout marqué sa reconnaissance pour le travail de recherche accompli à la pointe de la Bretagne depuis 30 ans sur les algues marines. Les travaux de l'Université de Brest et de la Station biologique de Roscoff n'ont pas toujours fait la une des médias, mais par leurs échanges internationaux, par leurs publications scientifiques, ces deux centres de recherche sont connus depuis longtemps bien au-delà des frontières voulues par les Etats.

La nouveauté c'est que, par l'organisation du XIVème Symposium, l'Université de Bretagne occidentale concrétise aujourd'hui plusieurs missions dévolues aux universités modernes. Principalement en réunissant chercheurs et industriels français dans un même comité d'organisation, elle a joué un rôle fédérateur incomparable qui renforce l'image de la Bretagne. Est-il besoin de souligner que c'est là une preuve d'ouverture sur l'entreprise, ouverture tant souhaitée par les promoteurs des "universités nouvelles" (voir Sciences-Ouest avril et mai 1992) ? "Par sa nature, l'université est plus que toute autre institution à l'écoute du monde" écrivait Jacques Hardy. En accueillant en août prochain ce symposium, nous avons voulu que la Bretagne soit le lieu d'échange optimal entre "chercheurs du monde entier, porteurs de leurs cultures nationales, ethniques, scientifiques". Par le programme que nous avons mis en place, nous avons voulu que cet événement, d'abord et foncièrement scientifique, soit également une manifestation culturelle et de soutien à l'économie locale et régionale.


Stimulation de la recherche

Parmi les 350 communications scientifiques programmées, 63 sont proposées par des Français. C'est dire la stimulation provoquée dans nos laboratoires, par l'annonce de ce congrès en France. Pour plusieurs de ces chercheurs, ce sera le baptême international. Puissent-ils franchir la rampe avec succès et y prendre goût. N'est-ce pas une des missions premières de l'Université que de stimuler la recherche ? Et que dire de l'ouverture sur la cité ? L'Université de Bretagne occidentale a choisi, pour l'occasion, de se déplacer en ville et même au cœur de 2 villes bretonnes, alors qu'il eut été certainement plus simple de se cantonner aux seuls amphis du campus, plutôt calmes en cette période estivale comme beaucoup d'entreprises d'ailleurs.

C'est toute la Bretagne qui est ainsi offerte aux chercheurs et industriels, et placée sous les phares de tous les pays maritimes du monde. A l'heure où les autorités françaises viennent de tracer les plans de l'université 2000, l'organisation de ce congrès n'est-elle pas la preuve de la maturité de l'Université de Bretagne occidentale, fortement ancrée dans la recherche en milieu marin, et qui affiche sa vocation de leader européen par son Institut d'études marines ? Puisse cet événement participer à l'essor des activités liées aux algues en Bretagne et contribuer, en particulier, à renforcer leur assise scientifique.

Enfin, puisse l'Université "ne pas perdre son âme" comme le souligne le recteur Herbert Maisl (Sciences-ouest avril 92). Pour cela, il faut lui procurer les moyens humains et matériels des multiples missions que tout le monde s'accorde à lui attribuer allègrement sur le papier. Il ne faut pas laisser le flot grandissant des étudiants se déverser sur les universités, sans l'accompagner de créations de postes en tous genres. En particulier il nous faut beaucoup d'enseignants-chercheurs et vite. C'est un cri d'alarme que je lance. La route est tracée, la pépinière de chercheurs existe à l'Université du bout du monde. Ne laissez pas tarir la source !


Jean-Yves Floc'h,
Professeur à l'Université de Bretagne occidentale,
Président du Comité d'Organisation du XIVth ISS (International seaweed symposium).




Notes : (1) "Guide des algues des Mers d'Europe", J. Cabioc'h, J.-Y. Floc'h, A. Le Toquin, C.-F. Boudouresque, A. Meinesz, M. Verlaque, 232 pages, 150 photos couleurs, avril 92,178 F.




Les partenaires :

Ministères des affaires étrangères, de l'éducation nationale, de la mer, de la recherche et de l'espace, Ville de Brest, Ville de Saint-Malo, Conseils généraux du Finistère, d'Ille-et-Vilaine, des Côtes-d'Armor, Conseil régional de Bretagne.

CNRS, IFREMER, Université de Bretagne occidentale.

Agrimer, Agrocéan, Air France, Algotherm, Ceva, Chambre de commerce et d'industrie de Saint-Malo, Chambre syndicale régionale des industries chimiques de Bretagne, Chambre syndicale nationale des algues marines, Colloïdes naturels international, Crédit mutuel de Bretagne, Goémar, Marinalg international, Phytomer, Sanofi-bioindustrie, Science et mer, Sobalg, Somodia.