La Délégation générale à l'armement (DGA) dispose d'une enveloppe annuelle de 6,5 milliards de francs pour les études destinées aux programmes de défense. Paradoxalement, ces recherches sont avant tout réalisées par des civils, ce qu'illustre l'exemple brestois.
En juin dernier, une journée "Science et défense" consacrée à l'océanographie, se déroulait à l'Ecole navale, près de Brest. En 1985, une journée similaire organisée dans la ville du Ponant avait conduit à la création du Centre militaire océanographique (CMO) et au renouveau de l'océanographie militaire en France. Le seul exemple du "Triomphant", sous-marin en construction à Cherbourg, démontre l'importance de connaître les phénomènes océaniques d'une manière extrêmement poussée. Ce sous-marin lanceur d'engins, le plus moderne que la France ait jamais construit, a pour vocation d'être indétectable aux sonars adverses, une "course au silence" à laquelle participent bien sûr les bâtiments de surface. Ainsi parle-t-on aussi bien de discrétion acoustique que d'immunisation magnétique d'un navire. Dans ce dernier cas, à l'aide d'un réseau de boucles magnétiques placées à l'intérieur du navire, on crée un champ opposé au champ magnétique créé par le bâtiment, ce qui permet de minimiser, voire d'annuler, le champ magnétique rayonné global. La nécessité d'un tel système se conçoit facilement pour les bâtiments de lutte contre les mines, souvent équipées de capteurs sensibles.
LE CENTRE MILITAIRE OCÉANOGRAPHIQUE
Le CMO est partie intégrante de l'EPSHOM, l'Etablissement principal du Service hydrographique et océanographique de la Marine, implanté à Brest et réputé pour ses cartes marines, dont la version électronique est d'ailleurs une réalité imminente. Au sein de l'EPSHOM, le CMO s'occupe des activités à finalité militaire, en d'autres termes l'utilisation de l'océanographie pour l'emploi des systèmes d'armes. "Compte-tenu de leur importance, explique Jean-Claude Gaillard, chef du CMO, nous nous intéressons surtout aux systèmes sonar (détection sous-marine) et à la connaissance des propriétés de propagation acoustique dans la colonne d'eau". Malgré la consistance des recherches militaires, assurées à l'intérieur de la Direction des constructions navales, mais aussi par la DRET(1) et le SHOM, le concours des laboratoires civils est indispensable afin d'obtenir des résultats rapides dans un domaine complexe et stratégique. Ce fut d'ailleurs l'un des leitmotive de la journée "Science et défense" du mois de juin : "les militaires doivent absolument s'unir aux laboratoires civils engagés dans des programmes internationaux", estimait par exemple Jean-Claude Gaillard. En réponse, les chercheurs non-militaires présents avouaient "ne plus avoir depuis longtemps d'inhibitions à travailler avec la défense".
LES FORCES DE RECHERCHE CIVILES
Justement, quels sont ces partenaires civils dont a tant besoin la recherche militaire ? A l'échelle nationale, et quel que soit le domaine d'investigation, ce sont les grands industriels (Aérospatiale, Alcatel, Matra, Thomson, etc.), qui se partagent 55 % des 6,5 milliards alloués. Reste environ 10 % des crédits à l'usage du CEA, du CNRS, de l'Ifremer(2) et des universités, établissements qui s'intéressent à l'océanographie. Au niveau brestois, ce sont, on l'aura compris, les laboratoires de l'Ifremer, de l'université, et du CNRS (via, entre autres, l'Institut national des sciences de l'univers). Les autres partenaires du CMO se trouvent être la Météorologie nationale, le Centre national d'études spatiales ou encore des industriels, des sociétés de service en informatique ou des sociétés d'études... Tous travaillent dans le même sens, "vers des systèmes de prévision océanique".
UNE FUSION D'INFORMATIONS
Pour donner une idée de ce que recouvrent les "prévisions océaniques", prenons l'exemple d'un sonar quelconque sur la piste d'un sous-marin : "Pour une bonne utilisation de ce sonar, on a besoin de la connaissance des propriétés des fonds, du niveau et de la directivité du bruit ambiant et surtout des conditions de propagation acoustique (vitesse du son dans l'eau). Cette connaissance est nécessaire non seulement à l'endroit où l'on se trouve, mais aussi dans une zone autour de son propre bâtiment, ailleurs et dans le futur".Seule la fusion d'informations rend possible ce genre d'exercice. Ces informations émanent à la fois des mesures effectuées in situ, de la connaissance statistique (les cartes bathymétriques du SHOM par exemple) et de sources extérieures, entre autres celles de Météo France et des satellites européen ERS-1 et franco-américain Topex-Poséïdon. "Or,commentait au mois de juin le Commandant du GASM(3), plus les moyens d'appréhender l'environnement sont perfectionnés, plus la variabilité du milieu et le nombre croissant de paramètres sont apparus déterminants",d'où le recours à l'informatique embarquée et à la modélisation, spécialité du professeur Colin de Verdière, directeur du laboratoire de physique des océans commun au CNRS, à l'Ifremer et à l'Université de Bretagne occidentale.
Notes :
(1) DRET : La Direction des recherches, études et techniques de la DCA.
(2) CEA : Commissariat à l'énergie atomique ; CNRS : Centre national de la recherche scientifique ; Ifremer : Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer.
(3) GASM : Groupe d'action sous la mer de la Marine nationale.
Contact : Michel Bouvet, Ingénieur principal de l'armement,
Tél. 98 22 14 07
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