La lente mise en place des universités bretonnes

ACCUEIL > Sciences Ouest > Année 1993 > 93 > Gros plan > Histoire > La lente mise en place des universités bretonnes
La lente mise en place des universités bretonnes

 


LA LENTE MISE EN PLACE DES UNIVERSITÉS BRETONNES



Rennes accueille la première grande université bretonne car le Maire de Nantes, en 1728, préfère que sa ville s'oriente vers le commerce plutôt que vers les études. Au XVIIIe, les scientifiques et les intellectuels n'avaient pas bonne presse !

La première Faculté des sciences de Bretagne ne s'est installée qu'en 1840, soit quatre siècles après les premières facultés "traditionnelles" : théologie, droit, médecine et arts. Le bâtiment, à Rennes, est maintenant occupé par la Faculté d'odontologie.


Près de 50 000 étudiants pour quelques 200 000 habitants : Rennes détient ainsi un record qui en fait, avant Strasbourg, Montpellier ou Toulouse la première ville française par l'importance de sa population estudiantine relativement à sa population totale. De son côté, Nantes a retrouvé tardivement son ancienne vocation universitaire, cependant que Brest est dotée d'une université et que tout récemment Saint-Brieuc, Lorient et Quimper se voient pourvus d'établissements post-baccalauréat. Cette situation est le résultat d'une longue histoire.


UN PREMIER SOUCI D'INDÉPENDANCE

C'est le 4 avril 1460 que le duc de Bretagne François II, soucieux d'affirmer son indépendance vis-à-vis du roi de France, obtient du Pape la création à Nantes d'une université comprenant les quatres facultés traditionnelles, arts, théologie, droits, médecine. Même si le chiffre de mille à quinze cents étudiants avancé par certains auteurs est sans doute exagéré, il n'en reste pas moins qu'à la fin du XVe siècle et durant les deux siècles suivants, les gradués formés dans le duché sont nombreux, surtout en droit et en théologie. Pourtant, au début du XVIIIe siècle, l'université de Nantes connaît un déclin bientôt irrémédiable. L'une des raisons en est que la ville est toute entière tournée vers le commerce et que ses élites s'intéressent de moins en moins à cette institution purement intellectuelle. En 1728, le maire Gérard Mellier écrit à l'intendant que l'université bretonne "serait mieux placée à Rennes, pays de lettres, qu 'à Nantes où l'on ne respire que le commerce".La requête est partiellement entendue, puisqu'en 1735 la faculté de droit est transférée à Rennes, siège du parlement de Bretagne. Les trois autres facultés restent dans le port de la basse Loire, mais celle de médecine est moribonde, celle de théologie déchirée par le jansénisme et leurs effectifs sont squelettiques.


LA FACULTÉ DE DROIT, PREMIÈRE À RENNES

Après la coupure de la Révolution, au cours de laquelle sont supprimées universités et facultés, l'enseignement supérieur se remet peu à peu en place. Sont ainsi rétablies à Rennes, en 1806, une faculté de droit et, en 1810, une faculté des lettres. Supprimée au lendemain de l'Empire, celle-ci est rétablie en 1839, avec cinq chaires (littérature française, littérature ancienne, littérature étrangère, histoire, philosophie).
En 1840, c'est au tour d'une faculté des sciences d'être créée, également avec cinq chaires. Ce n'est qu'à partir de 1880 que le nombre de chaires augmentera de façon significative, aussi bien en lettres qu'en sciences. Sans lien entre elles pendant longtemps, les trois facultés rennaises ont un premier organe commun en 1885 sous la forme d'un conseil des facultés.



UNE UNIVERSITE BIENTOT CENTENAIRE

La loi de 1896 les groupe enfin en université, administrée par un conseil sous la présidence du recteur de l'Académie de Rennes. Le ressort de l'université rennaise, de même que celui de l'Académie, déborde d'ailleurs les cinq départements bretons, puisqu'il englobe les trois départements limitrophes, Mayenne, Maine-et-Loire et Vendée. En ce qui concerne la médecine, il faut attendre 1954 pour que l'école de plein exercice de médecine et de pharmacie, existant à Rennes depuis 1876 et elle-même héritière d'une école de médecine datant de 1808, devienne faculté, complétant ainsi les trois facultés existantes.
Cependant, la croissance de la population et surtout de la demande en matière d'enseignement supérieur entraîne la création à Nantes, par le décret du 29 décembre 1961, d'une université dont le ressort s 'étend sur les trois départements de Loire-Atlantique, Maine-et-Loire et Vendée. Enfin, en 1969, la structure des anciennes universités françaises subdivisée en quatre facultés éclate pour faire place à la structure actuelle en universités autonomes, le même mot ne recouvrant donc plus exactement les mêmes réalités avant et après cette réforme capitale. Mais derrière ces changements de structures, ce qu'il faut lire, c'est, depuis plus de cinq siècles, la lente évolution de l'enseignement supérieur breton et la prodigieuse accélération de cette évolution depuis trente ans.

François Lebrun, Professeur à l'Université de Haute Bretagne



LES UNIVERSITÉS BRETONNES

Il y a aujourd'hui, dans le cadre de la Bretagne des cinq départements, quatre universités au nouveau sens du terme : Rennes I (droit, économie, gestion, santé, sciences), Rennes II (arts, communication, langues, lettres, sciences humaines et sociales, sports), Brest (toutes disciplines), Nantes (idem), chacune de ces universités ayant des antennes délocalisées, notamment à Saint-Brieuc, Lorient, Vannes, Quimper...