ACCUEIL > Sciences Ouest > Année 1993 > 93 > Dossier du mois > La nutrition en Bretagne > Les nitrates et la santé
La nutrition, un concept global
Société Larzul à Plonéour : l'imagination au service de la diététique
Les nitrates et la santé
Cholestérol et athérosclérose : un nouveau pôle en Bretagne
Le Néré d'Afrique étudié à Ploufragan
Quelques notions sur la nutrition

 


LES NITRATES ET LA SANTÉ



En dépit des fortes suspicions, la relation entre l'absorption prolongée d'aliments riches en nitrates et les cancers du tube digestif n'est pas encore prouvée en ce qui concerne l'homme. C'est l'objet des recherches du docteur Hervé Gouérou, chef du service Hépato-gastro-entérologie au Centre hospitalier universitaire de Brest.


L'hépato-gastro-entérologie recouvre l'ensemble des maladies du tube digestif, ainsi que les pathologies des glandes annexes, telles le foie et le pancréas. "La Bretagne recense un nombre élevé de tumeurs malignes", rappelle le docteur Gouérou, qui enseigne sa spécialité à la faculté de médecine de Brest. Le cancer de l'œsophage est la conséquence d'une surexposition à l'alcool et au tabac. Le cancer de l'estomac pourrait être favorisé par la consommation prolongée d'eaux riches en nitrates, auxquelles il faut ajouter les aliments salés et fumés. Si l'arrivée du congélateur a réglé le second problème (on ne fume plus la viande pour la conserver), le premier reste d'actualité.


PLUS DE 100 MG/L

"Pour provoquer un cancer de l'estomac chez un animal, il suffit de lui donner des nitrosamines". Ces nitrosamines proviennent de la transformation chimique des nitrites, l'un des stades du cycle de l'azote. La vérification est moins aisée chez l'homme. "Pour arriver à une certitude, nous suivons deux axes de recherche". La première voie est l'épidémiologie (1). L'équipe du CHU travaille à partir du registre des cancers digestifs sur le Finistère : "Constatons-nous davantage de cancers gastriques dans les secteurs réputés pour la forte teneur des eaux en nitrates ?". Le docteur Gouérou veut être prudent sur les secteurs en question et les premiers résultats, "afin de ne pas créer de crainte inutile" justifie-t-il. La prise en compte du facteur temps est également très importante. L'apparition des tumeurs malignes n'interviendrait qu'au bout d'une exposition prolongée. Si les aliments fumés et salés d'autrefois contenaient beaucoup de nitrates, les apports azotés de l'agriculture intensive datent au plus d'une quarantaine d'années. Il existe encore des puits localisés où le taux de nitrates dépasse 100 mg/l, mais en général les eaux d'adduction n'excèdent plus 50 mg/l, norme européenne oblige.


DÉMONSTRATION ÉTAPE PAR ÉTAPE

Le constat de départ reste pourtant vrai : "il y a plus de cancers de l'estomac dans le Finistère qu'ailleurs". Selon les modes de calcul de l'Organisation mondiale de la santé, le taux pour les hommes est de 31 cas par an et pour 100 000 habitants. Il est de 20,1 pour les femmes. Aussi la deuxième voie envisagée est-elle plus expérimentale que la précédente : "Nous voulons doser les nitrites et les nitrosamines à l'intérieur de l'estomac, et par là mettre en évidence la relation entre les taux obtenus et les lésions cancéreuses ou pré-cancéreuses". Ces examens, en association avec le laboratoire de Coopagri-Bretagne et le service de biochimie du CHU Morvan, se feraient au moyen simple de l'endoscopie. La chose reste au conditionnel : "Nous attendons le financement promis par le Ministère de l'agriculture. Nous entendons aussi montrer le rôle des microbes dans l'apparition des lésions", explique le docteur. Chez les animaux, l'atrophie gastrique provoque la prolifération des microbes, qui eux-même favorisent la transformation chimique des nitrites en nitrosamines. "Pour être crédibles, il nous faut prouver ce processus étape par étape".



Notes :

(1) Epidémiologie : discipline qui étudie les différents facteurs intervenant dans l'apparition des maladies.


Contact : Docteur Hervé Gouérou, tél. 98 22 33 33


"A force d'avoir des cours d'eau trop riches en nitrates, on ne pourra plus faire les mélanges de provenance qui permettent d'obtenir un taux normal dans les adductions collectives" estime le docteur Gouérou.



Truites : les physico-chimistes aux fourneaux.

Qu'est-ce qu'une bonne truite de mer ? La couleur rosée de sa chair est-elle gage de qualité ? Quelle est la cuisson la plus appropriée ? Comment l'élever pour répondre au mieux aux besoins des transformateurs et notamment des fumeurs ? C'est pour répondre à toutes ces questions que des physico-chimistes de l'INRA de Rennes et Nantes et de l'IFREMER analysent les caractéristiques physico-chimiques et les qualités sensorielles des truites fario élevées en mer par la société ELSAMER de Camaret (29). Premières conclusions qui balayent un certain nombre d'idées reçues : la couleur rosée de la chair n 'est pas un bon indicateur de qualité car elle résulte de la présence de molécules de caroténoïdes apportés par la nourriture. Concernant la cuisson, il semble inexact que la chair du poisson s'amollisse quand la cuisson se prolonge. Le programme d'étude se poursuit par une recherche notamment du rôle de l'alimentation, qui semble modifier notablement la composition chimique des chairs, mais peu les qualités gustatives (c'est tout le contraire pour les volailles, dont le goût varie beaucoup en fonction de l'alimentation).

Contact : ELSAMER, tél. 98 27 87 91.



Arômes alimentaires d'Isnard Lyraz : 

"rien ne vaut le naturel"

La société Isnard Lyraz de Quéven (56), appartenant au groupe Jouveinal, a eu comme première activité la valorisation des sous-produits de la mer pour l'obtention de protéolysats destinés aux secteurs pharmaceutique et diététique. Depuis 1980, l'activité est recentrée sur une niche de marché très pointue : les extraits aromatiques. La gamme de produits comporte des extraits (à base de produits de la mer et de végétaux) et des arômes obtenus par mélange de produits de la mer avec des acides aminés ou encore des molécules volatiles naturelles. Toujours à la recherche de nouveaux produits et process, l'activité recherche et développement de cette société biotechnologique représente 13 % de son chiffre d'affaires.

Contact : Isnard Lyraz, tél. 97 05 27 65.