Le Néré d'Afrique étudié à Ploufragan

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Quelques notions sur la nutrition

 


LE NÉRÉ D'AFRIQUE ÉTUDIÉ À PLOUFRAGAN



Au zoopôle de Ploufragan, dans les Côtes-d'Armor, Michel Pinel poursuit ses recherches sur le Néré. Cet arbre nourricier vénéré des africains pourrait, en effet, apporter une solution efficace aux graves problèmes de nutrition que connaît l'Afrique.


* L'arbre de Néré : à partir de ses fruits les Africains fabriquent le "sumbala",
un condiment très nourrissant.



C'est à l'initiative de Jean Stalaven, le charcutier breton, que les recherches sur le Néré ont débuté il y a deux ans au zoopôle de Ploufragan, près de Saint-Brieuc. Enthousiasmé par le projet de Kaled Aït Amou, chercheur à l'AUDEC (1), en Côte-d' Ivoire, Jean Stalaven confie à Michel Pinel, directeur du LDA (2), une étude sur la valeur nutritionnelle et les possibilités de conditionnement de la poudre de Néré.


SUMBALA DANS LES SAUCES

Cet arbre nourricier, qui poussait autrefois en abondance dans les zones de savane et du Sahel, est une légumineuse dont les fruits sont de longues gousses suspendues en grappes, contenant de nombreuses graines noires enrobées de pulpe jaune. La poudre extraite de ses gousses est, le plus souvent, consommée sous forme de boules de pâte à l'odeur très forte : le Sumbala. Cet aliment traditionnel est un condiment utilisé en Afrique dans la plupart des sauces, pour son intérêt aromatique et nutritionnel. Sa consommation, cependant, est en régression parmi les populations africaines, provoquant ainsi de graves carences. A cela trois raisons principales : la disparition des arbres, de plus en plus utilisés comme bois de chauffage, l'utilisation d'un procédé artisanal long et complexe pour fabriquer le Sumbala, et surtout le développement parmi les jeunes des bouillons-cubes Maggi : "le Sumbala des Blancs".


REPLANTER LE NÉRÉ

Persuadé de la qualité nutritive et des propriétés médicinales du Néré, Kaled Aït Amou avait réussi à convaincre Jean Stalaven de replanter des arbres en Côte-d'Ivoire, L'association Armor Développement, une organisation non gouvernementale (ONG) dont il est le président, a ainsi permis la plantation, en deux ans, de 200 000 Nérés grâce au soutien notamment de la Ville de Saint-Brieuc, du Conseil régional, du Conseil général des Côtes-d'Armor et de diverses entreprises locales. Il faudra attendre quelques années avant que les arbres plantés portent leurs fruits, car un arbre ne donne ses premières gousses qu'au bout de 6 ans. Il faut aussi prouver scientifiquement ses capacités nutritionnelles. Des études sont alors menées par le LDA de Ploufragan, mais aussi au centre d'algologie (CEVA)(3) de Pleubian sur la teneur en iode et à l'ADRIA (4) de Quimper pour le conditionnement du produit.


PROTÉINES, VITAMINES ET IODE

Les analyses chimiques et microbiologiques effectuées par Michel Pinel sont concluantes. Les graines contenues dans le fruit du Néré sont très riches en protéines (la farine de Néré apporte la totalité des acides aminés essentiels à l'organisme) et en fer (de l'ordre de 15,5 mg/100 g), mais aussi en vitamines C, ce qui permet de limiter les risques de scorbut. Réputé en Afrique pour sa capacité à résoudre les problèmes de goitre chez certaines populations, le Néré contient aussi de l'iode.


LA "MAGGI" DE L'AFRIQUE

"Ces études, selon Michel Pinel, demandent encore à être approfondies avant de mettre au point un produit répondant aux besoins des populations. " Selon lui, deux ans de travaux sont encore nécessaires avant de pouvoir concrétiser le projet de plaquettes de Néré, consommables à la manière des cubes Maggi qu'elles pourraient avantageusement remplacer. D'ores et déjà, la société Brimex a mis au point des machines décortiqueuses apportant ainsi une solution efficace au délicat problème du décorticage... Il reste à présent à mettre en place une unité de fabrication expérimentale au sein du zoopôle de Ploufragan. L'organisation Armor Développement vient, dans ce but, de déposer une demande de subventions auprès de la communauté européenne. Un projet de longue haleine, on le voit, mais qui a su mobiliser un certain nombre d'énergies en Bretagne. Un projet de coopération exemplaire entre les Côtes-d'Armor et la Côte-d'Ivoire qui, s'il se concrétise prochainement, pourrait faire de cette région d' Afrique un laboratoire expérimental en matière de nutrition. Et l'on se prend à rêver qu'une jour peut-être c'est d'Afrique que nous arriveront des produits aux qualités nutritionnelles supérieures à nos fast-foods modernes !



Notes :

(1) AUDEC : Antenne universitaire pour le développement et l'éducation communautaire, de Côte-d'Ivoire.

(2) LDA : Laboratoire de développement et d'analyses, zoopôle de Ploufragan.

(3) CEVA : Centre d'étude et de valorisation des algues.

(4) ADRIA : Association pour le développement de la recherche appliquée aux industries agricoles et alimentaires.


Contact : Michel Pinel, LDA 22, Zoopôle de Ploufragan

Tél. 96 01 37 22