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À l'Espace des sciences

 



DOSSIER DU MOIS :
Les micro-ondes


 


EDITORIAL :

Utiliser les synergies locales et régionales

Au début des années 70, le mot télécommunication désignait des services comme le téléphone, le télex, la radiodiffusion sonore et visuelle. A cette époque les réseaux étaient spécifiques d'un service et n'avaient pour fonction que d'établir des relations simples entre deux terminaux ou entre une source et un grand nombre de récepteurs. De plus, l'attente des usagers, notamment dans le secteur des services résidentiels, précédait l'offre technologique et l'ingénieur pouvait avoir le sentiment d'être très largement maître du jeu.

Il l'était si bien qu'il a su faire adopter un grand nombre de nouveaux services devenus depuis des produits d'usage quotidien : fax, minitel, télévision à péage,... ou de nouvelles technologies : transmission et commutation numérique, réseaux à intégration de service, satellite de télécommunication et de diffusion directe,... et la Bretagne peut s'enorgueillir d'avoir été le berceau d'un grand nombre de ces nouveaux produits.

En 1993, l'ingénieur n'est plus maître du jeu, il a cédé sa place de leader à ses collègues du marketing stratégique. Son travail est orienté, piloté pour atteindre la cible constituée par la conjonction de la fenêtre technologique avec celle du marché. Si l'une de ces deux fenêtres n'est pas au rendez-vous, c'est l'échec pour le service ou le produit proposé. L'une des grandes difficultés de l'exercice réside dans les vitesses relatives d'évolution de ces deux fenêtres temporelles, l'une peut accélérer sa maturité tandis que l'autre peut, au même moment, se contracter ou ralentir. Aujourd'hui, chacun peut observer la contraction régulière de la fenêtre technologique, chaque progrès, chaque évolution ne semble même plus disposer d'une pérennité supérieure à 5 ans. Faudra-t-il se résoudre à développer des produits dont on sait qu'ils seront technologiquement dépassés lorsqu'ils arriveront sur le marché ?

Alors, dans cet environnement de plus en plus difficile, y a-t-il pour notre recherche régionale des télécommunications des perspectives encourageantes ?

La recherche régionale est avant tout celle des ingénieurs et non celle des états-majors ou du marketing stratégique. Ces derniers, très largement concentrés en région parisienne, exercent, mais c'est probablement l'une des conditions de nos succès futurs, une forte influence sur l'évolution des programmes des laboratoires de recherche.

Dans ces conditions, de quelles libertés disposent encore les ingénieurs pour s'organiser au niveau régional ?

C'est bien évidemment dans l'organisation des pôles de compétences et de leur développement que nous pouvons et devons agir en utilisant les synergies locales et régionales.

Ces synergies peuvent se développer dans le cadre de projets régionaux comme ceux qui naîtront du contrat entre l'état et la région, mais la dimension de la recherche étant désormais au moins européenne, c'est sans doute dans ce cadre qu'il convient aussi de déployer nos efforts pour contribuer à alimenter notre tissu industriel local. Par exemple, la région pourrait se mobiliser pour mieux utiliser les sources de financements que permettent les contrats européens de recherche coopérative. Dans ce cadre, le CCETT est partenaire de 20 programmes européens représentant une contribution annuelle de l'ordre de 40 hommes. Cette contribution comprend une part significative de réalisations technologiques confiées à des tiers et contribue donc à développer le bassin régional des emplois de haut niveau. Cette illustration montre que la Bretagne devrait, grâce à son potentiel de recherche du secteur des télécommunications, pouvoir prétendre à des aides significatives provenant de projets européens.

Le quatrième Programme Cadre de Recherche et de Développement (4ème PCRD) de la Commission européenne devrait être l'occasion d'une mobilisation pour atteindre cet objectif.

A l'approche du XXIème siècle, la recherche régionale dans le secteur des télécommunications doit pouvoir conserver des cartes maîtresses, notamment grâce à ses pôles de compétence qui portent sur l'informatique, l'optique, le traitement du signal, la diffusion, l'architecture de données. Pour cela, il revient à chaque responsable de jouer trois cartes : celle de son groupe ou de son entité d'appartenance, celle de l'Europe, grâce aux projets coopératifs, et celle de la synergie régionale qui s'appuie sur des compétences qui doivent continuer à se développer et à se conforter mutuellement.


Daniel Pommier
Directeur du CCETT, le Centre Commun d'Etudes de Télédiffusion et Télécommunications, de Rennes.

Contact : Tél. 99 12 42 95.